Plainte de familles contre l’UE et sa politique climat jugée « insuffisante »


Maurice Feschet, l'un des plaignants contre l'UE, constate que sa production de lavande est très impactée depuis 15 ans © AFP GERARD JULIEN

Paris (AFP) – Sécheresse, fonte de glaciers, inondations… Une dizaine de familles se disant victimes déjà des effets du dérèglement climatique ont saisi la justice européenne pour obtenir que l’UE réduise davantage ses émissions de CO2.

La plainte, la première de ce type au niveau européen selon ses promoteurs, été déposée mercredi devant la Cour européenne de Justice, par des familles de l’UE, kényane et fidjienne, a précisé à l’AFP le Réseau Action Climat (RAC), qui réunit des ONG de toute l’Europe et porte cette affaire baptisée « People’s climate case ».

« L’hiver, pluie et neige peuvent alterner et former une couche de glace au sol qui empêche les rennes de gratter et d’atteindre le lichen dont ils se nourrissent », raconte à l’AFP Sanna Vannar, présidente de Sáminuorra, association représentant en Suède des jeunes Samis.

Sécheresse ou gel tardif selon les années, « notre production de lavande a été impactée très fortement, notamment ces 15 dernières années, au point de compromettre la vie même de l’exploitation », relate de son côté Maurice Feschet, 72 ans, dont le fils a repris la ferme familiale dans le sud de la France.

Le paysan retraité français et les éleveurs de rennes samis font partie de la trentaine de personnes associées à cette plainte contre le Conseil et le Parlement européens, qui a fait l’objet d’une communication coordonnée dans toute l’Europe jeudi.

« Ce sont des familles qui vivent près des côtes, des familles qui ont des forêts, des familles qui vivent dans la montagne et voient les glaciers fondre », a expliqué à l’AFP leur avocate Roda Verheyen, précisant que cela pourrait prendre des mois avant que la Cour décide de juger l’affaire ou non.

Elles sont « déjà affectées par le changement climatique (…) et disent à l’Union européenne, +vous devez faire ce que vous pouvez pour nous protéger parce que sinon nos dommages seront catastrophiques+ », a-t-elle ajouté.

– Pas une question d’argent –

Dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat qui vise à limiter le réchauffement à maximum 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, les Etats se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Mais les plans nationaux actuels conduiraient à un monde à +3°C, avec son lot annoncé de sécheresses, ouragans et territoires submergés par les eaux.

Les Européens se sont fixé l’objectif de baisser de 40% leurs émissions d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990. Mais cet objectif est « insuffisant pour protéger les droits fondamentaux à la vie, à la santé, au travail et à la propriété », selon les représentants du « People’s climate case ».

« Je ne cherche pas à être indemnisé mais à alerter les autorités de l’UE », qui ont « une responsabilité de leader au niveau mondial sur ces questions », a expliqué à l’AFP Armando Carvalho, propriétaire forestier dans le centre du Portugal qui a vu tous ses arbres détruits par le feu en 2017.

Ces familles de huit pays demandent à la Cour de justice d’annuler trois directives réglementant notamment les émissions des secteurs industriels et des Etats membres, tout en les maintenant en vigueur jusqu’à leur renforcement.

Parmi les plaignants, une famille des Alpes italiennes qui peine de plus en plus à gagner sa vie en emmenant les touristes grimper sur des glaciers, des restaurateurs allemands d’une île de mer du Nord confrontés à la montée des eaux ou encore un berger roumain qui doit monter plus haut dans la montagne pour nourrir son troupeau.

Mais aussi une famille kényane victime de vagues de chaleur extrême dans le nord de son pays, et des Fidjiens subissant des pertes de revenus de la pêche en raison du blanchissement des coraux.

« L’UE partage la responsabilité (du changement climatique) avec d’autres pays dans le monde », a justifié Wendel Trio, directeur du RAC Europe.

Alors que les scientifiques estiment que la température mondiale a déjà augmenté d’un degré, les impacts du dérèglement se font de plus en plus sentir à travers le monde.

Dans ce contexte, des procédures judiciaires contre des entreprises ou des Etats commencent à fleurir en Asie, aux Etats-Unis ou en Europe.

© AFP

4 commentaires

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    • Claude Courty

    La science n’y suffisant pas et Dieu étant aux abonnés absents, il faut bien s’en prendre à quelqu’un. Si ça ne guérit pas ça soulage.

    • Patrice DESCLAUD

    Et si l’UE décide de ne pas juger, alors il ne se passe rien !? Il n’y aurait pas de pilote dans cette « avion » monstrueux qui ne cesse de donner des leçons et céder au chant des lobbies. Alors les citoyens de cette Europe et ses territoires d’outre mer ou d’ailleurs, elle donne des comptes envers qui ? Toujours la même chose, on croit qu’en faisant des lois et règlements on résous les problèmes. Mais qui les fait appliquer, qui contrôle et sanctionne ? Empilons les textes, gesticulons, gavons nous, mais on fait avancer quoi en fait ?
    Patrice

    • Le Bras Véronique

    Avancer c’est se faire fourmis et donner ou prendre la main qui se tend. C’est plus simple de donner un coup de main que de dénigrer, encourageons-nous pour faire au mieux.

  • Il est effectivement triste de constater que nos meilleurs responsables politiques: ceux qui cherche à faire avancer les choses et à ne pas retarder l’action ont tendance à dire

    « Une loi, aussi bonne soit-elle, doit être bouclée et appliquée »

    alors qu’une formulation du genre

    « Une loi, particulièrement lorsqu’elle bonne doit être bouclée et appliquée »

    Force est de constater que malheureusement que même lorsqu’elle est bonne il faut du temps pour l’appliquer. Voir

    http://www.infoenergie.eu/model-eco.htm

    Balendard juin 2018

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