La « haine du journalisme » menace les démocraties, selon RSF

haine du journalisme

Le rapport annuel de Reporters sans frontières présenté lors d'une conférence de presse, le 25 avril 2018 à Paris © AFP BERTRAND GUAY

Paris (AFP) – La liberté de la presse s’est encore dégradée dans le monde l’an dernier, et le climat de haine à l’encontre des journalistes qui se développe notamment en Europe et aux Etats-Unis menace les démocraties, s’inquiète l’ONG Reporters sans frontières dans son rapport annuel publié mercredi.

La carte du monde dressée par RSF à partir de son classement mondial de la liberté de la presse s’est encore assombrie: 21 pays sont désormais placés en situation « très grave », un niveau record, l’Irak ayant rejoint cette année cette catégorie où figurent des régimes autoritaires comme l’Égypte (161e), la Chine (176e) ou la Corée du Nord, toujours en 180e et dernière position.

Cependant, les discours de haine et les attaques contre la presse ne sont plus l’apanage des Etats autoritaires, confirme ce rapport.

Quatre des plus forts reculs enregistrés cette année concernent des pays européens : la République Tchèque dont le président Milos Zeman s’est présenté lors d’une conférence de presse avec une kalachnikov factice portant l’inscription « pour les journalistes », dégringole de 11 places à la 34e; la Slovaquie où l’ex-Premier ministre Robert Fico a traité les journalistes de « sales prostituées anti-slovaques » et « simples hyènes idiotes »; Malte où une journaliste anticorruption a été assassinée chute de 18 places au 65e rang, et la Serbie en perd 10 (77e).

Les Etats-Unis de Donald Trump, pays du 1er amendement qui sacralise la liberté d’expression, perdent quant à eux deux places au classement, et tombent au 45e rang.

« Ce classement traduit un phénomène malheureusement manifeste, la croissance dans bon nombre de démocraties de l’expression de la haine contre les journalistes, et la libération de cette haine est vraiment dangereuse », résume Christophe Deloire, secrétaire général de l’organisation, interrogé par l’AFP.

 

Un phénomène qui touche selon lui « des démocraties aussi différentes que les Philippines (133e), avec le président Duterte qui prévient qu’être journaliste +ne préserve pas des assassinats+, qu’en Inde (138e) où des armées de trolls à la solde des partis politiques appellent à la haine des journalistes, ou les Etats-Unis où Donald Trump les qualifie d’+ennemis du peuple+, une formule prisée par Staline ».

En outre, RSF s’alarme de la multiplication des violences verbales contre la presse en Europe, où deux journalistes ont été assassinés ces derniers mois (le Tchèque Jan Kuciak et la Maltaise Daphne Caruana Galizia).

Si la Norvège maintient son 1er rang au classement, « il y a une inquiétude très forte pour les démocraties européennes », estime M. Deloire.

« Alors que l’Europe est de loin le continent où la liberté de la presse est la mieux garantie, ce modèle européen s’affaiblit : 4 des 5 plus grandes baisses du classement sont en Europe, la zone dont l’indice global en plus grande dégradation c’est l’Europe, et l’expression de la haine mène in fine à des violences physiques », dénonce-t-il.

La France ne fait pas exception. Bien qu’elle progresse de 6 places, au 33e rang, un mouvement lié principalement au recul de plusieurs pays voisins, RSF y relève que « le +mediabashing+, ou le dénigrement systématique de la profession par certains leaders politiques, a connu son paroxysme pendant la campagne électorale de 2017 », et que « certains responsables continuent d’utiliser cette rhétorique pour attaquer les journalistes quand ils sont mis en difficulté », à l’instar du leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon qui a écrit récemment que « la haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine ».

Pour RSF, ce climat délétère envers la presse sape l’un des fondements essentiels des démocraties.

« Ceux qui récusent la légitimité des journalistes jouent avec un feu politique extrêmement dangereux. les démocraties ne meurent pas que par des coups d’Etat mais elles peuvent mourir aussi à petit feu, et l’une des premières bûches c’est généralement la haine envers les journalistes », prévient Christophe Deloire.

© AFP

6 commentaires

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    • CARON Élisabeth

    Lorsque les journalistes arrêteront de prendre parti pour les gouvernements en parlant de choses inintéressantes et futiles afin de diriger les projecteurs dans la mauvaise direction pendant que nos politiques passent sous silence des lois et des actions qui nous concerne au plus haut point, nous arrêteront de vous haïr mesdames et messieurs. Aujourd’hui, nous ne sommes plus des pantins, l’évolution des formes de renseignements technologiques font que le peuple sait et voit. Vous feriez mieux, au nom de la liberté de la presse, de vous battre à nos côtés et de nous aider à réveiller plus fort les masses au lieu d’accepter comme beaucoup les informations du gouvernement. Vous nous abreuvez d’informations inutiles et faîtes le jeu du gouvernement. Arrêtez. STOP !

    • lecreux

    Les diplômes, ne rendent pas intelligent Beaucoup trop de journalistes politiques, racontent n’importe quoi: tout et son contraire pour défendre le parti auquel ils sont attachés. Qu’ils se contentent, d’informer et le lecteur ou auditeur se fera, sa propre opinion.

      • Malvine

      Vous qui avez fréquenté l’école de la modération, êtes bien évidemment convaincue de détenir toute, et donc la seule, vérité.

      • Malvine

      Multiples sont les formes d’intelligence. Quelques grand.e.s. hommes et femmes, ou, femmes et hommes ?, à part, peu nombreux nous sommes, intellectuellement légitimes, à pouvoir exprimer un avis avisé tous azimuts.

    • Patrice DESCLAUD

    Là ou la presse perds pied la démocratie et la liberté (lorsqu’il y en a) sont en danger.
    Mais stigmatiser les journalistes eux mêmes ne semble pas être la méthode non plus. Qui possède la presse ? Un journaliste (même diplômé ou pas) restent bien souvent un salarié (parfois très précaire). Qui est prêt à perdre son salaire, son poste, sa vie pour défendre ses idées ? La censure des pouvoirs est une chose perverse qui ne se manifeste pas toujours par la violence ou la contrainte directe.
    Taper sur les journalistes et les textes qui prétendument émaneraient d’eux librement est une erreur.
    Quand un dirigeant décident des journalistes, qu’ils peuvent ou pas venir, est-on pleinement dans la liberté et l’indépendance ? Oui, en Turquie le Président les enferme comme les enseignants. Mais dans d’autres pays cela peut être plus sournois et devenir un instrument de pouvoir et alors se sont tous les citoyens et pas seulement les journalistes qui doivent le dénoncer.
    Cordialement,

    • Malvine

    La question de Spinoza est une affirmation dont l’exactitude se confirme nonobstant la multiplication des sources d’information lesquelles plus que nous éclairent, nous endoctrinent :

    Le « libre arbitre » n’est-il pas une illusion humaine ?

    Les sociétés humaines, transformées en « capital humain » au service des exigences de la finance, rien à voir avec les besoins de l’économie, ont été organisées dans l’abrutissement de la pensée, transformée en toutes formes d’ endoctrinement.

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