La décharge flottante du Pacifique 3 fois la taille de la France

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Plage d'Omoa dans le département de Cortés au Honduras, le 11 novembre 2017 © AFP/Archives ORLANDO SIERRA

Paris (AFP) – Des milliards de morceaux de plastique, 80.000 tonnes de déchets: la gigantesque décharge qui flotte dans le Pacifique est bien plus importante qu’estimé précédemment, et s’étend sur une surface de trois fois la France, selon une étude publiée jeudi.

Alors que la production de plastique dépasse 320 millions de tonnes par an, une partie de ces sacs, bouteilles, emballages, filets de pêche abandonnés et microparticules dégradées s’agglutinent dans plusieurs zones des océans, sous l’effet de tourbillons géants formés par les courants marins, et ils menacent animaux et écosystèmes.

C’est le plus important de ces vortex, connu comme la « grande zone d’ordures du Pacifique » (Great pacific garbage patch, GPGP), que sont allés scruter, à mi-chemin entre Hawaï et la Californie, les auteurs de l’étude publiée dans la revue Scientific Reports.

Estimant que tout km2 contenant plus d’un kilo de plastique fait partie de cette poubelle du Pacifique, ils évaluent sa taille à environ 1,6 million de km2, soit trois fois la France continentale, même s’il ne s’agit pas d’une masse compacte.

Et en se basant sur la récolte de 1,2 million d’échantillons et sur des survols aériens, ils concluent aussi que 1.800 milliards de morceaux de plastique, pesant un total de quelque 80.000 tonnes, flottent dans ce magma qui « augmente de façon exponentielle ».

Ces estimations sont ainsi 4 à 16 fois supérieures à deux précédentes études de ce vortex, soulignent les chercheurs. Un résultat en partie lié à des méthodes d’analyse « plus fiables », les précédentes s’étant surtout concentré sur les microplastiques. Mais qui pourrait « aussi être attribué à l’augmentation de la pollution plastique des océans dans la zone », notamment en lien avec les débris du tsunami japonais de 2011.

De manière générale, le plastique représentait 99,9% des déchets récoltés, mais pas nécessairement sous forme microscopique comme s’y attendaient les scientifiques. Ils ont été surpris de découvrir qu’en poids, plus des trois quarts de cette décharge étaient constitués de débris dépassant 5 cm et près de la moitié de matériel de pêche abandonné.

Ces cordes et ces filets « fantômes » tuent beaucoup « de poissons, de tortues, et même de mammifères marins » qui s’empêtrent dedans, explique à l’AFP l’auteur principal Laurent Lebreton, de la fondation Ocean Cleanup.

Mais c’est malgré tout « plutôt une bonne nouvelle » parce que « les gros débris sont bien plus faciles à collecter que les microplastiques », souligne-t-il.

« Ces résultats nous fournissent des données-clés pour développer et tester notre technologie de nettoyage, mais il souligne également l’urgence de s’attaquer au problème de la pollution aux plastiques », a ajouté dans un communiqué Boyan Slat, fondateur de Ocean Cleanup.

Le jeune Néerlandais, qui s’est lancé dans cette aventure à 18 ans, développe avec ses 75 ingénieurs un système de barrières flottantes destinées à attraper les plastiques. Quand il sera opérationnel, il espère vider 50% de la décharge du Pacifique en 5 ans.

Mais ces barrières ne pourront pas ramasser les morceaux inférieurs à un centimètre, ce qui laisse entier le problème des microplastiques, particules néfastes pour la santé: ingérées par les poissons, elles entrent ensuite dans la chaîne alimentaire.

Combien de temps mettront-ils à disparaître ? « Ça dépend du type de polymère, des conditions environnementales, mais la réponse sincère est que nous ne savons pas vraiment », reconnaît Laurent Lebreton.

L’étude s’interroge également sur le risque que ces particules finissent pas couler. « Le niveau de la pollution plastique en eaux profondes et sur les fonds marins sous la GPGP reste inconnu », estiment les chercheurs, qui appellent à d’autres échantillonnages.

Malgré le constat inquiétant, Laurent Lebreton refuse de désigner des coupables. « Les gens voient la quantité de matériel de pêche et pointent du doigt l’industrie de la pêche, mais ils mangent aussi du poisson. Ce n’est pas la question d’un secteur ou d’une région, c’est principalement notre mode de vie et de consommation, les plastiques à usage unique, la société du tout-jetable », souligne-t-il.

« Nous devons prendre des mesures importantes en la matière. Nous résoudrons ce problème à l’échelle mondiale ».

© AFP

5 commentaires

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    • Claude Renaud

    Le nettoyage des océans est une utopie et impossible à l’échelle d’un petit groupe d’individus. On se demande pourquoi les Etats eux-mêmes ne s’y attaquent pas? C’est impossible par l’énormité des
    surfaces à traiter, par la masse des déchets accumulés, et surtout parce que les gyres sont alimentés
    en permanence par tous les fleuves du monde qui déversent leur lot de plastique dans les estuaires.
    80% des déchets plastique viennent de la terre. Ce n’est pas un accident comme une marée noire,
    c’est une pollution pérenne qui n’aura pas de fin.
    Boyan Slat ne dit pas combien de cargos il va devoir affréter, ni quel pays va bien vouloir héberger tous
    ces déchets qui ne sont pas recyclables, les gyres se trouvant tous dans les eaux internationales.
    Ce que je crois, c’est qu’il a trouvé-là un moyen de se faire de l’argent en comptant sur le financement
    participatif. On monte une opération bidon pour une cause sensible et on exploite la crédulité des gens
    en leur faisant croire qu’ils font une bonne action. Bien sûr, on demande peu : 10 ou 20 euros, mais
    multipliés par quelques dizaines de milliers de pigeons, cela fait rapidement beaucoup d’argent.
    Boyan Slat, qui a déjà fait parler de lui en 2014, avait récolté 2 millions de dollars en quelques mois.
    C’est de l’escroquerie pure et c’est scandaleux. Au fait ! il semblerait qu’il n’est pas beaucoup avancé
    dans son entreprise de nettoyage depuis 2014?
    La seule solution est d’arrêter de produire ce plastique qui est en train de nous envahir et de nous étouffer. Mais, ça non plus ce n’est pas possible !!!

    • Cher mr Claude, Etant donné que tout est impossible, on laisse, on ferme les yeux et on continue…
      Au moins on ne se casse pas la tête, il n’y aura que les producteurs de plastique, les pays pétroliers et autres milliardaires qui feront leur beurre.
      Merci claude pour les encouragements.
      Bon, je suis fatigué, je jette mes poubelles ds la rivière et je fais me recoucher.
      Ciao : bonne journée

      • Claude Courty

      D’autant que chacun se tait sur la cause de tous ces déchets. À commence par Goodplanet info qui est d’un mutisme rare quant à la prolifération de ceux qui les produisent.

    • Claude Renaud

    Désolé pour Dany, mais je dis simplement qu’il faut être réaliste et ne pas faire le jeu des
    opportunistes qui en profitent pour se faire de l’argent.
    Et puis, un optimisme béat ne va rien arranger. Faire croire qu’un nettoyage est possible, ne va pas
    inciter les gens à faire attention.
    Marin moi-même, il y a plus de dix ans que je suis de près la dégradation des océans qui sont devenus
    la poubelle de l’Humanité. Il y a une réalité qu’il faut regarder en face … et que chacun se sente responsable !

    • laurent

    Pollueurs = Payeurs : aux pétroliers de payer…

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