En Chine, les fermes sont déjà passées aux 10.000 vaches

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Des employés d'une ferme laitière près du district de Gannan le 3 mai 2016. © AFP/Archives Nicolas ASFOURI

Gannan (Chine) (AFP) – La consommation de lait explose en Chine. A quel prix? Des fermes géantes comptant parfois 10.000 vaches y produisent des monticules de fumier noir pestilentiel et des effluents verdâtres qui s’infiltrent dans les sols.

L’industrie laitière, soutenue par le gouvernement, représente un chiffre d’affaires de 38 milliards d’euros en Chine. Elle illustre l’attrait croissant des 1,4 milliard de Chinois pour le lait, malgré une intolérance de nombre d’entre eux, plus ou moins forte, au lactose.

Pour répondre à cette demande, la production, naguère assurée par de petites exploitations, est confiée de façon croissante à des « méga-fermes ». Mais celles-ci génèrent en parallèle d’immenses quantités de déchets.

« En été, l’odeur du fumier est très forte », explique Ren Xiangjun, un paysan du district de Gannan.

Du doigt, il pointe la ferme géante du groupe agroalimentaire chinois Feihe International, de laquelle s’échappe un flux d’eau verte. Des seringues et des emballages de médicaments vétérinaires usagés jonchent le sol à proximité: « Après les injections, ils jettent tous ces déchets ici. Mes terres sont directement affectées ».

Lors de son ouverture en 2012 dans les vertes prairies de la province du Heilongjiang (nord-est), non loin de la Russie, la ferme Feihe s’enorgueillissait d’élever 10.000 vaches.

« Le fumier est aussi haut qu’une montagne. Pour nous, cela n’apporte rien de bon. Juste de la pollution et du bruit », peste Mme Ren, habitante du village voisin de Daxing.

L’industrie laitière a bondi de plus de 12% par an depuis 2000 en Chine. Un boom alimenté par l’attrait de la classe moyenne grandissante pour le lait, perçu depuis peu comme un aliment sain en Chine après une absence millénaire dans la culture et l’alimentation de ce pays.

En 2008, un vaste scandale de lait infantile frelaté, lors duquel six enfants sont morts et plus de 300.000 tombés malades, avait toutefois durablement affecté la confiance des consommateurs. Les petits producteurs avaient alors été accusés d’ajouter de la mélamine à leur lait, une substance chimique utilisée pour gonfler artificiellement le taux de protéines.

« Le gouvernement a alors pensé que des fermes géantes seraient plus faciles à gérer et inspecter », explique David Mahon, fondateur d’une société d’investissement spécialisée dans le secteur.

Des méga-fermes existent dans d’autres pays, comme la Nouvelle-Zélande, mais dépassent rarement les 3.000 têtes.

En 2014, la Chine possédait selon un média d’Etat 56 exploitations d’au moins 10.000 vaches, générant une série de problèmes de pollution dans plusieurs provinces, en raison de dizaines de milliers de tonnes d’effluents en tout genre.

Des règlements en Chine imposent aux fermes d’utiliser ces effluents comme engrais, mais ils sont souvent ignorés.

« A cause de cette montagne de fumier, mieux vaut visiter certains endroits de Chine en hiver, car au moment du dégel, l’odeur est insoutenable », souligne M. Mahon. « La Chine est en train d’apprendre, et son manque d’expérience en matière d’élevage laitier aboutit à ce genre de choses ».

Mais les comportements évoluent. « Plus la taille des fermes est grande, plus les problèmes d’environnement, de pollution et de biosécurité sont importants », convenait en 2014 Yang Liguo, vice-directeur de l’Association laitière de Chine, un organisme lié au gouvernement.

Les autorités sont en train de « vraiment repenser » la politique laitière et « ciblent de plus en plus l’objectif de fermes limitées à 350 têtes », souligne David Mahon.

La promiscuité des animaux augmente par ailleurs le risque de maladies comme la brucellose, provoquée par la bactérie Brucella et qui peut se transmettre à l’homme par contact ou par ingestion de produits laitiers et provoquer de l’arthrite.

Wang Dali, employé de Feihe autrefois chargé du nettoyage des étables à la ferme de Gannan, a contracté la brucellose en 2012. Aujourd’hui invalide, il souffre de douleurs quasi-permanente aux articulations. Et dénonce le manque d’hygiène des fermes laitières.

« Les vaches étaient serrées les unes contre les autres », explique-t-il, chacune ayant 12 mètres carrés en moyenne. « On n’était pas en mesure de traiter le lisier. Alors on creusait juste un trou… Aujourd’hui, tout s’y est empilé comme une montagne ».

De son côté, le groupe agroalimentaire Feihe rejette les accusations des riverains. « Ces choses sont impossibles », a assuré au téléphone à l’AFP une employée de l’entreprise à Gannan.

Non loin de l’immense pile de fumier, un paysan pointe l’horizon: « La pollution n’a pas été bien traitée. Bien sûr, ça a des répercussions », dit-il.

Puis il montre des plants de maïs poussant à côté de seringues abandonnées. « Ce maïs, on ne le mange pas nous-mêmes », souligne-t-il. « On le vend au marché ».

© AFP

4 commentaires

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    • Rozé

    Comme toujours, les financiers de l’agro alimentaire cherchent le profit par le biais du facteur d’échelle n’hésitant pas à parquer des milliers de vaches et leurs excréments. Avidité pour l’argent, désolation pour les bêtes, des êtres sensibles parait il, désolation pour les hommes qui sont soumis de près ou de loin à cette sauvagerie financière.
    Je note avec plaisir que les autorités chinoises veulent limiter les exploitations à 350 têtes. Sera-ce respecté ?
    Je note aussi une certaine stupidité des asiatiques qui veulent boire du lait alors qu’il ne tolèrent pas le lactose.

    • Francis

    Et pourtant il me semble que la Chine est gouvernée par son parti communiste…….

    • GRATELLE

    BOYCOTT !!!! et encore BOYCOTT !!! Il n’y a que çà qui marchera… C’est simple !… c’est la loi de l’offre et la demande. S’il n’y a plus, ou moins de demandes, je ne vois pas l’intérêt de faire ce genre de stupidité Je plains les pauvres bêtes, qui sont encore victimes de la bêtise humaine !!!! et je reste polie…. je suis écœurée et je n’arriverais jamais à m’y faire… Dans quel monde vivons nous ???? Nous consommons de plus en plus et de moins en moins bien… Il serait temps qu’on se pose les bonnes questions !!!!

    • pelerins

    HONTE à cette mafia agroalimentaire qui pourrit la planète avec les complices que sont les gouvernants et le commerce de libre échange .
    Honte à ces élevages cruels d’une agri qui tue le vivant et la beauté.
    Honte à cette consommation contraire au bien être animal et aussi à l’homme et surtout aux objectifs de la COP 22 car les élevages représentent 30% de l’empreinte carbone que l’on peut réduire illico en changeant notre comportement .
    « Quand la Chine s’éveillera »…. la planète et sa beauté mourront…
    7 milliards de PILLARDS……………… la planète n’en peut plus.

Un rapport de l'ONU demande la réaffectation de 470 milliards de dollars de subventions agricoles qui nuisent aux prix des denrées et nous éloignent des objectifs environnementaux et sociaux

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