Trump élu: les défenseurs du climat sonnés mais déterminés

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Le président de la COP22, Salaheddine Mezouar, durant la cérémonie d'ouverture du sommet, à Marrakech (Maroc), le 7 novembre 2016 © AFP/Archives FADEL SENNA

Marrakech (Maroc) (AFP) – Un « désastre » pour le climat? Sonnés par l’élection de Donald Trump, les participants à la COP22 à Marrakech veulent croire que l’arrivée à la Maison Blanche d’un président « climato-réfractaire » ne va pas faire dérailler la lutte contre le réchauffement global.

La responsable climat de l’ONU a « félicité » pour sa victoire le président américain élu, qui au cours de sa campagne avait qualifié de « canular » le dérèglement climatique provoqué par les activités humaines et menacé d' »annuler » l’accord de Paris adopté fin 2015 par 195 pays.

« Nous avons hâte de collaborer avec son administration, afin de faire avancer l’agenda climatique pour le bénéfice des peuples du monde », a déclaré Patricia Espinosa dans un communiqué.

Le rôle des Etats-Unis, deuxième émetteur mondial de gaz à effet de serre après avoir longtemps été le premier, a toujours été central dans le dossier climat, qu’il s’agisse de le miner (sous le protocole de Kyoto) ou au contraire de le porter (comme Obama pour l’accord de Paris).

Mercredi les avocats du climat espéraient que le nouvel élu revienne à la raison, convaincus que l’avènement des énergies propres est inéluctable.

Le candidat républicain « a beaucoup fanfaronné cette année sur le changement climatique », souligne Hilda Heine, présidente des îles Marshall, très vulnérables aux impacts du réchauffement.

« Maintenant que la campagne est terminée et que les réalités du gouvernement s’imposent, j’espère qu’il réalisera que le changement climatique est une menace pour son peuple et pour des pays ayant, comme le mien, des océans en commun avec les États-Unis », ajoute-t-elle.

« Quoi qu’on pense politiquement du changement climatique, c’est une réalité qui ne va pas changer avec l’élection américaine », dit la négociatrice française Laurence Tubiana, pointant aussi que « 60% des Américains pensent que c’est un danger ».

« Il y a un énorme mouvement, dans énormément de pays, pour agir, et d’ailleurs l’économie qui avance est celle des énergies renouvelables, des nouvelles technologies, des transports propres », a-t-elle ajouté. « Je pense qu’un président réaliste va regarder tout ça. Donc attendons ».

A Marrakech, dans les couloirs de la COP22, beaucoup de participants mettent aussi en avant l’argument économique.

« L’un des grands défis que l’administration Trump devra affronter est le changement climatique », dit le Maldivien Thoriq Ibrahim, pour l’Alliance des petits Etats insulaires. « Les vues diffèrent sur la place à donner à cette question sur la longue liste des priorités d’un dirigeant du monde. Mais ce qui est incontestable est la promesse économique des énergies renouvelables », souligne-t-il.

Entre opportunités économiques et menaces climatiques, Mme Tubiana se disait mercredi prête à « parier que les autres pays vont dire +on continue+ » le combat. « A Paris, les pays se sont engagés à agir ensemble (…). Il y a bien des sujets internationaux compliqués, celui-là est un point de convergence ».

Donald Trump ne pourrait, seul, miner l’action mondiale contre le réchauffement, souligne-t-on dans les travées du centre de convention marocain.

Pour l’ONG 350.org, cette « élection est un désastre, mais ce ne peut être la fin du processus climatique international ».

L’ONG américaine, à l’origine d’une grande campagne pour la fin des investissements dans les énergies fossiles, responsables du réchauffement, appelle aussi le reste du monde à « regarder au-delà de la Maison blanche pour travailler avec la société civile, les entreprises, les élus locaux… »

Pour la ministre française Ségolène Royal, qui a présidé les négociations climat jusqu’à l’ouverture de la COP22, Donald Trump ne peut en outre « pas dénoncer » juridiquement l’accord de Paris.

Il est prévu dans l’accord même que les pays ayant ratifié – 103 à ce stade, dont les Etats-Unis – ne pourront en sortir avant quatre ans (dont un de préavis). Mais aucune sanction formelle n’est prévue en cas de non-respect des dispositions.

Plus qu’une sortie formelle de l’accord, les experts craignent surtout que Trump tourne le dos aux engagements pris par Obama pour réduire les émissions américaines. Pendant sa campagne, il a déjà promis de supprimer les mesures rendant obsolètes les vieilles centrales au charbon, et de relancer l’extraction offshore de pétrole et de gaz.

© AFP

7 commentaires

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  • Renouer avec les centrales au charbon qui produisent l’électricité en polluant l’environnement au détriment de la santé de ses compatriotes, qui plus est sans avoir solutionné le problème de réduction du CO2 émis par ces centrales, serait irresponsable de la part d’un Président élu qui représente un pays qui se veut être le modèle de ce qu’il faut faire dans le monde

    Balendard http://www.infoenergie.eu

  • Peut-être aussi étant donné qu’il a été magna de l’immobilier à New York pourrait-il profiter de son expérience pour chauffer plus intelligemment sa ville en consommant moins au lieu de produire plus. Ceci par exemple en profitant de l’expériene française de Thassalia

    Balendard novembre 2016

    • jipebe29

    « Les défenseurs du climat… » Ce ne sont pas les défenseurs du climat, mais les défenseurs du dogme du réchauffement climatique anthropique, dogme qui a généré la Sainte Religion du Réchauffisme, pilotée par le Grand Machin et qui n’a plus rien à voir avec de la science : c’est une idéologie intégriste. La doctrine est simple : nos émissions de CO2 ont une action forte sur la température globale, donc il faut réduire nos émissions, donc il faut supprimer les combustibles fossiles, utiliser les EnR, sauveuses de la planète (en oubliant tous leurs graves défauts : intermittence, faibles facteurs de charge, nuisances pour la santé publique et la biodiversité, prix élevé du kWh, impacts sur l’environnement …), ce qui entraîne mécaniquement un effondrement de nos économies, des désordres sociaux, la misère et la mort… C’est du néo-malthusianisme dans toute son horreur. Espérons que le nouveau Président des USA saura claquer la porte et dénoncer ce scandale. En tout cas , je suis ravi de voir la panique des adeptes de cette Sainte Religion…

      • sorlekua

      Nos économies ?
      Celles des plus pauvres qui subissent les conséquences de la croissance déifiée des plus riches soutenus par les multinationales cyniques, avides de toujours plus d’argent ?
      C’est cela être un climato-sceptique, au fait c’est quoi le « Grand Machin » ?
      Il le remplacerait par quoi ?
      Le partage des richesses et la justice sociale, les premières solutions pour éradiquer les maux de ce monde !

        • jipebe29

        Le Grand Machin, c’est l’ONU. Expression gaulienne…

        • jipebe29

        1) Le « nos économies » sont celles de tous les pays du monde.
        2) Si l’on impose aux pays pauvres de ne plus utiliser les combustibles fossiles (ou de réduire drastiquement leur usage), si on leur vend du vent (éolien aléatoirement intermittent, au faible facteur de charge – 23%- et au prix élevé du kWh) et du soleil (solaire intermittent selon les heures et les saisons, au facteur de charge faible -14% en France, sans doute 20% en basses latitudes, et au prix très élevé du kWh), alors nous serons complices d’un néo-colonialisme mortifère, sous couvert du « sauvetage de la planète ». Actuellement, dans les pays en développement, 4 millions de personnes meurent chaque année à cause des fumées des foyers domestiques, et donc il est essentiel que leurs citoyens aient accès à une électricité de qualité, fiable et peu onéreuse, ainsi qu’au gaz. Et peu importent les émissions de CO2, gaz de la vie.

    • jipebe29

    L’avènement des énergies « propres » est inéluctable ? Oui, c’est ce qui est envisagé dans le cadre du néo-malthusianisme mortifère. Voilà ce que cela donne avec la loi de transition énergétique en France. Elle a généré une inflation réglementaire et normative, et un développement inconsidéré des EnR intermittentes, aux faibles facteurs de charge : les surcoûts sont pharaoniques. En 2016, selon une analyse de l’IFRAP (http://www.climat-opthttp://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/transition-energetique-dites-la-verite-aux-francais ) les surcoûts générés par cette loi sont de 23 Md€, et pour des bénéfices nuls. Si cette loi « idéologique » perdure en l’état, les surcoûts seront de 70 Md€/an en 2030. Conclusion : les résultats sont décroissance, misère et mort. C’est ce que veulent les intégristes de la Sainte Religion Réchauffiste…

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