Un petit village de Dordogne inverse l’exode rural avec le « bio » et la qualité de vie

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Guillaume Claude, le jardinier en chef du village Saint-Pierre-de-Frugie enlève les mauvaises herbes devant l'église, le 12 septembre 2016. © AFP/Archives PASCAL LACHENAUD

Saint-Pierre-de-Frugie (France) (AFP) – Interdiction des pesticides, bistrot-épicerie « bio », école Montessori: en voie de désertification voici seulement quelques années, le village de Saint-Pierre-de-Frugie (Dordogne), aux confins du Périgord Vert, a radicalement inversé la tendance en misant sur l’écologie et la qualité de vie.

« Quand j’ai été élu (en 2008), le premier constat que j’ai fait, c’est que la commune où j’avais grandi avait changé », raconte Gilbert Chabaud, maire de cette commune de 400 habitants.

Comme ailleurs, les maisons s’étaient vidées, des anciens étaient morts et les jeunes étaient partis « à la ville », emportant avec eux emplois et enfants. En 2007, le rectorat fermait l’école et le seul bistrot, qui assurait aussi la cantine scolaire, mettait rapidement la clef sous la porte.

« On était là, derrière les fenêtres avec Véronique, mon assistante. Les rues étaient désertes. On s’est dit: +on doit bien pouvoir faire quelque chose+ », se souvient l’ancien concessionnaire automobile converti à l’écologie.

Pour enrayer ce déclin, le maire et son équipe décident de faire un pied-de-nez à cette « civilisation de l’hyper », source de tous les maux des villageois. Saint-Pierre-de-Frugie va prendre son temps là où tout le monde va vite et se lancer dans une transition écologique exemplaire.

Première décision: supprimer tous les pesticides et traitements phytosanitaires. Une décision visionnaire – elle s’appliquera à toutes les collectivités locales à partir du 1er janvier -, que les habitants accueillent d’abord avec scepticisme.

« Il a fallu renverser les mentalités, prouver que le monde est un écosystème global où tout est imbriqué. La nature est conçue pour nous aider. Il suffit juste de l’aider un peu nous aussi », sourit Guillaume, le jardinier en chef du village.

Huit ans après, pas une haie ou un bosquet de Saint-Pierre dont les fleurs ne soient visitées par des dizaines de papillons, abeilles et autres insectes pollinisateurs. « Ils font le boulot », résume le jardinier.

Ce premier pari remporté, Gilbert Chabaud crée, dès 2010, un jardin partagé qui accueille les visiteurs à l’entrée du village. On peut s’y initier à la permaculture et se fournir en fruits, légumes et plantes médicinales. Un jardin arrosé par un bélier hydraulique, procédé presque aussi vieux que la roue, qui utilise la force de l’eau pour propulser, depuis l’étang situé en contrebas, de quoi arroser les plantes.

« En améliorant l’environnement, en rachetant les zones humides tout autour de la commune, on s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire pour l’écotourisme », explique le maire. Neuf sentiers de randonnée ont été ouverts et le petit patrimoine a été rénové en matériaux 100% écologiques.

Après les papillons, ce sont les randonneurs qui sont revenus à Saint-Pierre. Pour les accueillir, Gilbert Chabaud a réhabilité l’école abandonnée pour en faire un gîte rural, lui aussi 100% écolo.

En 2013, la commune rénove son bistrot, confié en gérance à un entrepreneur venu spécialement s’installer à Saint-Pierre-de-Frugie et qui fait le bonheur des randonneurs affamés. Et pour ses administrés, le maire a poussé à l’ouverture d’une épicerie bio où les agriculteurs locaux vendent eux-mêmes leur production.

« C’est un cercle vertueux », s’enthousiasme Véronique Friconnet, la secrétaire de mairie, et désormais il ne se passe « pas un jour sans que des gens appellent pour nous demander s’il y a des maisons à vendre à Saint-Pierre ».

Restait à rouvrir l’école. Devant les refus du rectorat, Gilbert Chabaud a mis à contribution une enseignante qui souhaitait quitter l’Education nationale pour créer une école Montessori (pédagogie alternative). Elle a doublé ses effectifs à la rentrée et accueille désormais une vingtaine d’enfants.

Accompagné par le Parc naturel régional Périgord-Limousin, le village est cité en exemple et sollicité par d’autres communes pour faire partager son savoir-faire.

Et après? « Demain, j’imagine un village autonome en énergie, une autre vision de l’espace public qui donne la priorité aux piétons, rend possible les rencontres », répond M. Chabaud.

« Mais aussi un +musée à l’envers+ où, au lieu de raconter +comme c’était mieux avant+, on montrera comme l’avenir peut être joyeux à l’aune de notre expérience », lance-t-il.

© AFP

38 commentaires

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    • dumas

    Waou génial ? ?, un bel exemple à suivre. Je suis de Dordogne aussi, à breuilh une petite commune Bah j’aimerais bien que Vergt, église neuve de Vergt et breuilh fassent pareil… Et tout les petits villages de chez nous

      • pascal

      oui, je confirme pour vergt !

    • Pouletaud

    Merveilleux exemple de renaissance d’un village. Merci à vous

    • delacour

    Merci pour ce témoignage d’une organisation et d’une volonté de bien et surtout mieux faire.
    Je partage complètement cette idee de mutualisation des compétences avec intelligence et du refus de l’éducation nationale.
    Un très bel exemple concret.
    merci encore de démontrer que cet écosystème est puissant face ai monde moderne qui nous a éloigné de l’essentiel.

    • giblib

    L’herbe repousse.

    • Donas

    Belle initiative . Le succès ne pouvait être qu’au rendez vous . Je vous fais de la pub car il y a plein de villages qui pourraient fonctionner comme cela en France mais aussi en Corse où je vis. C’est une de mes premières idées sur le sujet et la désertification rurale quand j’y suis arrivé il y a 12 ans.
    Il manque souvent peu de chose et je crois que les Corses sont prêts à cela . Beaucoup passent leur week end « au village »

      • Bernard

      Bonjour Donas, si vous pensez que votre village à besoin d’une âme comme la mienne, je viendrai volontiers m’installer dans un village Corse orienté sur l’écologie.
      Je me verrai bien tenir le petit commerce centrale du village : épicerie-bar-multi-services (dépôt de pain, réception courrier…) par exemple. Je n’ai aucune expérience dans ce domaine, mais j’ai souvent imaginé être heureuse dans ce rôle. A 50 ans, il serait temps que je pense à réaliser ce rêve…
      Bonne journée à tous.

    • FERREYRA Francine

    Génial !!!!!!!! Bravo !!!!!
    Comment le faire savoir à tous les villages de France ?

    • coussy

    ils ont tout compris , continuer comme avant = le mûr=le désert ou aller vers du « propre » et ça repeuple…bravo aux élus de cette commune…..beaucoup de mentalité à changer avant de faire pareil….= dans combien de temps réagirons nous ?
    on aménage des bourgs dépeuplés !!!! cher!!!

    • hurbourg monique

    bravo,bel exemple en espérant que vous fassiez beaucoup d’émules !!!!!!!

    • Clyde

    BRAVO !

    Vous êtes l’avenir !

    • Elsa

    Vous donnez envie! oui, votre projet donne envie d.aller à la rencontre de ce village, merci et vive les initiatives alternatives….cela devrait émerger un peu partout…

    • HUBERT

    Bonjour,

    Bravo ! juste une précision, il n’existe pas de mauvaises herbes, ceci est une représentation d’une agriculture conventionnelle….

    • Beyney anne-marie

    Quel enchantement. ! Votre réussite donne du baume au cœur . Merci pour votre partage, nous avons besoin de positif +++. Un bel exemple de détermination .

    • INES ETBINI

    bonne exemple bravo et vive l’initiative

    • eliacath

    On a essayé ! Passage de témoin : tous nos vœux ! Les choses avancent doucement, mais sûrement !

  • C’est vraiment génial.. Il faudrait que tous les maires de France prennent exemple sur ce village =)

  • Superbe exemple. Superbe histoire. Cela m’émeut et j’applaudis !! Continuez ce beau travail humain et écologique. Ça fait du bien.

  • Voilà un Maire intelligent, à l’écoute des autres. Je suis dans une commune qui ne fait rien, qui laisse les gens brûler n’importe quoi, faire n’importe quoi, c’est un village qui était vivant autrefois avec sa fabrique de chaussures Aster, mais là c’est MORT, faut dire que le Maire est banquier….. Vivement que je me casse de cette commune du Périgord blanc pour vivre avec des gens qui se préoccupent d’autre chose que de leur petit cul ! et aussi développer notre petite entreprise avec embauche à la clé, là ce serait chouette.
    Monsieur le Maire si vous avez de la place, on arrive !

    • BAU Patrice

    magnifique mais hélas pas assez appliqué! le train est irrémédiablement en route et le greenwashing n’est pas suffisant. Chez moi dans le jura les seuls qui ont droit aux pesticides/herbicides ce sont les mort!!! Ah les cimetières que l’on veut propres , beaux…

    • Ludivine

    Bravo, tout simplement.

    • ROSY

    ah si je pouvais vous envoyer mes enfants et petits enfants (et s’ils le voulaient…)
    Bravo, une bulle d’espoir de plus qui remonte à la surface …

    • Brossaud Françoise

    Voilà un village où il fait bon vivre et qu’on aimerait habiter

    • Ferron

    super initiative!…

    • Chris

    J’aime bien l’idée, elle est sympa, ça c’est sûr. Mais deux choses, déjà cette vision des choses est simple à mettre en place à petite échelle mais pas au delà, ensuite, je vois beaucoup de commentaires « oui c’est trop bien » etc etc… Mais qui parmi vous se bouge le cul, lâche sa télé et son pc et fait ça? Qui s’implique dans ce genre de cause? C’est bien d’avoir de belles idées mais si ça reste des idées… Et puis l’éducation n’est pas à refaire que sur ce point malheureusement.

      • Benjamin Reiss

       » simple à mettre en place à petite échelle mais pas au delà »: et alors ? Pourquoi faudrait-il mettre tout à grand échelle ? C’est justement ça qui pourrit le monde !
      Qui se bouge le cul ?: mais des centaines de personnes, c’est juste que la télé et les magazines ne vous les montre pas. Et puis, se bouger le cul ça rend discret, on n’a pas le temps de claironner à tout va qu’on fait qqch on est trop occupé.
      L’éducation se fait par l’exemple d’un tel projet. Des enfants qui vivent dans un tel village, ils ouvrent les yeux et ils s’éduquent d’eux-mêmes.
      Reste qu’il faut que tout se passe dans l’honnêteté, la bienveillance et la transparence, mais c’est plus simple à petite échelle justement.

    • mmi

    Quel bien vous nous faites «  » » » » » » » » » » »

    • BASBAYON MONIQUE

    je connais ce village qu’elle belle initiative! et cela prouve une fois de plus que quand on veut on peux FELICITATIONS

    • Voire

    Bravo !! A quand cela sur Vergt !!
    Qui serait prêt à faire ce pas ? moi oui !

    • Laurenzerl

    en voilà un maire intelligent ! Bravo Monsieur, vous n’avez pas été élu pour rien !
    Et vous illustrez bien la devise : quand on veut, on peut !

    • ALLANIC

    Oui ; sauvez le bistrot est primordial…biz…

  • […] Magazine Good Planet, mis en ligne le 4 novembre […]

    • Carole Ouellette

    D’ici, au Québec, je trouve cela extra! Il y a eu des initiatives de plantations d’herbes médicinales mais le système exigent fait tomber les micro entreprises. Grossir ou périr. Le support d’une communauté peut faire obstacle à ces dispositions légales parfois trop lourdes. L’Union fait la Force et ce mouvement deviendra planétaire, pensée positive.

    • Daou

    Bonjour, je suis surprise par tant de villages désertés,et aucun Maire ne pourrait recevoir ces migrants qui ne demandent qu’à trouver un endroit pour vivre et oublier leur traumatisme….

  • Bonjour – suis de Charente- Maritime 17700 – dans mon village a présent c’est Zéro pesticide
    désherber manuel plus au chalumeau suivant les endroits .
    le procédé se développe dans de nombreuses communes .
    Belle Journée a tout le monde – Cordialement – S.D

  • […] La suite sur: https://www.goodplanet.info/actualite/2016/09/20/petit-village-de-dordogne-inverse-lexode-rural-bio-… […]

    • martine bourreau

    Je vends ma maison en région parisienne et souhaite m’installer au vert ! je ne supporte plus la vie des villes. Je suis en pré-retraite, j’ai 63 ans et serais ravie de m’investir dans un projet en province.

Brigitte Gothière, directrice de L214, explique pourquoi recourir à un Référendum d’Initiative Partagée pour défendre les animaux et interdire les élevages intensifs en France en 2040

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