Nucléaire: Hinkley Point à la merci d’un virage énergétique britannique

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Image générique diffusée par EDF à Londres le 28 juillet 2016, représentant le projet de construction de la centrale nucléaire d'Hinkley Point C © EDF ENGERY/AFP/Archives HO

Londres (AFP) – Le projet franco-chinois de construire une centrale nucléaire à Hinkley Point en Angleterre est à la merci d’un possible revirement stratégique du gouvernement britannique, pressé de donner plus de place aux énergies renouvelables.

Ce projet est sur la table depuis des années et son maître d’oeuvre, le géant français de l’électricité EDF, pensait pouvoir enfin lancer les travaux lorsque son conseil d’administration a donné son feu vert le 28 juillet à ce plan pharaonique de 18 milliards de livres (20,8 milliards d’euros).

Mais le soir même, le gouvernement de la Première ministre conservatrice Theresa May créait la surprise en disant vouloir encore « examiner avec soin » ce projet en vue d’une décision finale repoussée au début de l’automne.

Londres avait pourtant donné son accord de principe dès octobre 2013 à la construction de deux réacteurs EPR dans le sud-ouest de l’Angleterre par EDF. Mais le géant de l’électricité a ensuite dû gérer des modifications du tour de table des investisseurs – avec la sortie d’Areva et l’entrée à hauteur d’un tiers de l’entreprise chinoise CGN.

Le temps que l’entreprise publique française persuade son conseil d’administration de se lancer dans ce vaste chantier, la bourrasque du vote pour le Brexit a fait chuter le gouvernement de David Cameron – très favorable au projet – et les intentions de son successeur sont mystérieuses.

« Les raisons de cette +nouvelle réflexion+ sur Hinkley Point C sont multiples et compliquées », explique à l’AFP Peter Williamson, professeur de gestion internationale à l’Université de Cambridge.

« Non seulement certains ont soulevé des questions de sécurité, mais il y a aussi la question économique avec un prix garanti très élevé, et plus généralement la question de savoir si nous devons opter pour quelques grandes centrales nucléaires ou plutôt pour des technologies de +mini-centrales nucléaires+ ou d’autres énergies alternatives », décrypte-t-il.

Sur le plan sécuritaire, le chef du cabinet de la Première ministre, Nick Timothy a, par le passé, jugé « incompréhensible » que le Royaume-Uni accepte des investissements chinois dans son réseau d’électricité, évoquant des risques en matière de sûreté industrielle.

Mais le projet inquiète également au plan budgétaire, ses opposants soulignant que les constructions de réacteurs EPR ailleurs dans le monde ont entraîné d’innombrables complications, surcoûts et retards.

Mettre ce plan sur les rails est « une décision extrêmement importante sur laquelle nous ne pouvons pas nous tromper », reconnaît le 10 Downing Street, d’autant que Hinkley Point est au coeur de la stratégie de relance de l’énergie nucléaire au Royaume-Uni… qui semble elle-même en cours de réexamen.

En 2015, l’électricité générée au Royaume-Uni a été produite à environ 30% par des centrales au gaz, à 30% supplémentaire par des centrales à charbon, à 19% par des réacteurs nucléaires et 19% par les énergies renouvelables (éoliennes, hydroélectricité, énergie solaire, biomasse, etc.).

Mais des huit centrales nucléaires en fonctionnement, une seule marchera encore après 2030 et les centrales au charbon les plus polluantes sont aussi vouées à la fermeture. Les autorités doivent donc trouver de nouvelles sources d’électricité, tout en respectant leur objectif très ambitieux de réduire de 57% les émissions de dioxyde de carbone d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 1990, dans la foulée de l’accord international conclu en décembre à la COP21 à Paris.

« C’est le moment d’investir beaucoup plus dans l’efficacité énergétique et dans les énergies renouvelables », explique Olivia Gippner, chercheuse spécialiste dans ce domaine à la London School of Economics, qui cite en exemple la transition amorcée en Allemagne.

Plusieurs pistes sont avancées par des experts: encourager le captage du CO2 en vue d’une réutilisation industrielle, ou développer les techniques de stockage d’électricité pour compléter la production des éoliennes.

La génération d’électricité par le vent reste en effet perfectible car soumise aux caprices du climat, mais elle est très prometteuse sur les îles britanniques exposées au large. Le ministère de l’Energie a ainsi donné son feu vert mardi à un projet qui pourrait voir émerger une gigantesque ferme éolienne offshore au large du Yorshire (nord-est de l’Angleterre), dont la capacité équivaudrait à celle d’un réacteur EPR.

© AFP

7 commentaires

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    • dany

    Il n’y a pas encore d’EPR qui soit capable fonctionner. Imprévus, incidents, … il n’y a que ça.
    Que les britaniques rejettent ce grosse connerie et qu’ils prennent les sous pour la recherche d’energie alternative, ils s’en tireront bien mieux.
    si le gouvernement français pouvait trouver raison … mais nos « nanards » formatés par leur « haut niveau d’incapacité » et une ribambelle d’ actionnaires en sont totalement incapables.

    • Oskar Lafontaine

    L’erreur principale de ceux qui persistent à vouloir recourir au nucléaire pour disposer d’électricité, c’est de vouloir prendre une décision, alors favorable au nucléaire, à un moment donné, en fonction des techniques et prix alors pratiqués, en ne considérant pas l’essentiel, soit l’évolution des techniques et des prix dans le temps.
    Entre l’électricité éolienne offshore disponible il y a encore cinq ans seulement et celle des parcs éoliens actuellement en projet pour les trois ans qui viennent, l’écart de prix est considérable à la baisse, et il fait perdre au nucléaire, toute compétitivité. D’autant qu’un parc éolien s’édifie et produit, en moitié moins de temps, qu’un réacteur nucléaire, voire moins longtemps encore, d’où un bien plus favorable retour sur investissement en éolien qu’en nucléaire; De plus l’amortissement en renouvelables est aussi bien plus rapide qu’en nucléaire, de 10 à 30 ans seulement, 20 en moyenne, contre de 40 à 60 en nucléaire !
    De plus, et dans la situation actuelle d’évolution des prix, un réacteur, éventuellement encore compétitif à sa mise en service, ne le sera plus du tout après quelques années seulement, et devra alors être subventionné ou arrêté, puisqu’il faut de 40 à 60 ans de production pour amortir un réacteur nucléaire, si, et seulement si, le prix de gros de l’électricité sur le marché ne baisse plus. Or les prix de production de l’électricité des renouvelables sont clairement orientés à la baisse et vont continuer longtemps encore à baisser, d’autant que le stockage de l’électricité devient enfin économiquement de plus en plus intéressant, et qu’il permet de limiter, voire même dans certains cas de supprimer, le recours au réseau, or, le transport de l’électricité produite par des centrales ou des barrage, c’est de 30 à 50 % du prix demandé au client, d’où l’intérêt de moins, ou même plus du tout, recourir au réseau.
    On comprend mieux dans ces conditions, l’évolution de la position britannique sur cette question des EPR d’Hinkley Point.
    Cameron, le précédent Premier Ministre de Sa Majesté, avait alors peut-être raison, ça se discute, mais les données économiques, en quelques années seulement, se sont fortement dégradées pour l’électronucléaire, et au contraire, les renouvelables, comme leurs techniques associées le stockage en particulier ont au contraire fortement gagné en compétitivité. Donc pour les anglais en général, et maintenant pour leur nouveau premier Ministre, il est, sur Hinkley Point, urgent d’attendre, car « wait and see ».

  • ll s’agit d’un sujet particulièrement grave lié au problème planétaire de l’énergie. Grace au politique le débat sur la façon dont nous devons PRODUIRE l’énergie électrique est donc véritablement ouvert.
    Pour Hinkley Point il est, comme le suggère Oskar, effectivement urgent d’attendre.
    Mais il va aussi devenir urgent de d’interroger sur la façon dont nous devons CONSOMMER l’électricité. Ceci en particulier pour le chauffage de l’habitat.

    Voir « l’immeuble de Mr tout le monde » du livre sur l’énergie de Balendard
    http://www.infoenergie.eu/riv+ener/LCU_fichiers/ethique.htm

    • Rozé

    Espérons que les décisionnaires britaniques seront plus éclairés 😉 que les décisionnaires français !
    Je veux bien dire : capables de dire NON à l’électro-nucléaire et OUI à l’électricité renouvelable et décentralisée !

    • Micheline Heinrich

    Il faut savoir une chose que les énergies renouvelables ne serons pas la solution si nous ne nous mettons pas à une vie modérée et sobre comme le sont les pays du sud. Mais malgré mes COPs qui sont totalement hypocrites nous n’en faisons rien donc le conséquences serons dramatiques car on extrait toujours les matières premières dans le sud en déforestant a outrance.

      • Oskar Lafontaine

      Les voitures d’aujourd’hui consomment de 20 à 40 % de pétrole en moins aux 100 kilomètres, que celles d’il y a encore 35 ans et le mouvement se poursuit Les ampoules électriques actuelles éclairent tout autant en consomment 5 fois moins d’électricité. Tous les moteur électriques modernes consomment moins aussi à puissance égale délivrée que ceux d’il y a une génération. Et l’on peut multiplier les exemples.
      L’Humanité va donc, question économie de ressources, dans la bonne direction, mais le nombre de personnes recourant à ces techniques biens et services modernes, augmente, ce qui donne l’impression du contraire. Un équilibre finira bien pourtant par être trouvé, il faut rester optimiste, car il ne s’agit au fond que d’une question économique d’ajustement entre l’offre et la demande, qui ne s’est jamais résolue en diminuant la part de chacun, mais bien en obtenant et distribuant toujours plus, mais avec toujours moins de ressources au départ de la production des biens et services.
      C’est un peu aussi l’histoire en France des 35 heures qui a amplement démontré que partager le travail existant, sur un plus grand nombre de travailleurs, n’est pas la solution, il fallait au contraire, augmenter la quantité de travail à faire.

  • […] permettent de revenir sur la stratégie énergétique Européenne. En effet, comme le souligne bien l’article de GoodPlanet sur Hinkley Point, la rapidité du développement des ENR (et les coûts de production réels) peut rapidement rendre […]