Le pari solaire de l’Ukraine pour Tchernobyl

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La centrale nucléaire de Tchernobyl le 4 mars 1999 © FILES/AFP/Archives SERGEI SUPINSKY

Kiev (AFP) – Tchernobyl, théâtre de la pire catastrophe nucléaire de l’Histoire, transformé en gigantesque parc solaire? C’est le pari des autorités ukrainiennes, qui misent sur ce symbole fort pour attirer les investisseurs étrangers.

Le projet peut sembler surréaliste à ceux qui ont gardé le souvenir du drame de Tchernobyl et des conséquences désastreuses qu’il avait entraînées pour toute forme de vie.

Le 26 avril 1986, le quatrième réacteur de la centrale de Tchernobyl, situé dans le nord de la république socialiste soviétique d’Ukraine, explose, contaminant une bonne partie de l’Europe. Et dans un rayon de 10 kilomètres autour de la centrale, fermée en 2000, le niveau de radiation atteint toujours 1.700 nanosieverts par heure, un chiffre 10 à 35 fois supérieur à la norme observée aux Etats-Unis.

« Bien sûr que ce territoire n’est pas convenable pour un usage agricole, mais la zone est adaptée pour des projets d’innovation et de recherche », justifie le ministre de l’Ecologie, Ostap Semerak, dans un entretien à l’AFP.

D’ici à la fin de l’année, deux compagnies privées doivent construire deux centrales solaires d’une puissance allant jusqu’à 3 mégawatts chacune. Elles seront installées sur une superficie d’environ 6 hectares.

C’est peu comparé aux quelque 4.000 mégawatts produits par Tchernobyl à l’époque soviétique, mais il est prévu d’installer d’autres panneaux solaires dès 2017.

Les autorités ont indiqué qu’en tout 6.000 hectares situés dans la « zone d’exclusion », qui se situe dans un rayon de 30 kilomètres autour du site accidenté, étaient disponibles pour construire le parc solaire, sans préciser combien d’énergie elles espéraient produire.

Actuellement, environ 50% de l’électricité est produite en Ukraine par des centrales nucléaires et près de 40% par des centrales thermiques, alimentées principalement en charbon. Les installations hydroélectriques fournissent quant à elles près de 7% de l’électricité et les panneaux solaires moins de 1%.

« De nombreuses compagnies internationales sont intéressées par ce projet. Je pense qu’en cas de négociations fructueuses les projets pourront êtres lancés l’année prochaine », se réjouit M. Semerak.

Il estime que les sociétés étrangères seront attirées par la main d’oeuvre qualifiée et par le fait que les terres situées dans la zone de Tchernobyl restent très peu chères, étant donné qu’elles ne peuvent pas être utilisées pour l’agriculture.

Trente ans après la catastrophe, la zone, qui a été abandonnée par ses habitants si ce n’est une centaine de personnes âgées revenues après le drame, s’est d’ailleurs transformée en une réserve unique où prospèrent animaux et flore sauvages.

Le ministre de l’Ecologie a déjà présenté le projet à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). Fin juillet, cette dernière a indiqué qu’elle pourrait « envisager de participer au projet à partir du moment où des propositions d’investissements viables sont faites » et des réponses apportées concernant les risques environnementaux.

Pour les analystes, le projet paraît « techniquement » viable.

« Les conditions climatiques et la quantité de rayonnement solaire sont meilleures en Ukraine qu’en Allemagne, où l’énergie solaire est très répandue. De ce point de vue, la zone d’exclusion est adaptée à l’énergie solaire », indique Dmytro Loukomski, directeur exécutif de la société ukrainienne Rentechno, spécialisée dans les énergies renouvelables.

De plus, les infrastructures héritées de la centrale accidentée, notamment les lignes à haute tension, sont encore sur place et utilisables, ce qui représente un atout non négligeable.

« C’est un facteur très important, étant donné que l’électricité produite par les parcs solaires doit être transportée aux consommateurs », dit l’expert.

Il ajoute cependant que le projet « va nécessiter beaucoup d’argent ». « Si des investisseurs s’impliquent, alors les perspectives sont assez bonnes. Sans investisseurs, les chances de réussite sont maigres », estime-t-il.

Et entre le conflit armé dans l’est rebelle de l’Ukraine, qui a fait plus de 9.500 morts depuis son déclenchement en avril 2014, l’instabilité politique, et surtout la corruption endémique régnant dans le pays, l’Ukraine n’est pas en première ligne pour les investissements.

« En général, le climat (des affaires, ndlr) n’est pas attrayant », résume l’expert en énergie Oleksi Khabatiouk.

© AFP

Un commentaire

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    • Oskar Lafontaine

    L’idée n’est pas foncièrement mauvaise, et d’abord parce qu’il y a, ainsi que le texte le précise, davantage d’ensoleillement en Ukraine qu’en Allemagne, géographiquement positionnée plus au Nord.
    Un hectare en Ukraine,recouvert de panneaux solaires sur 50% de la superficie, et de 15% de rendement, devrait pouvoir atteindre, en crête, de 500 à 800 Kw/h. Doncet avec un kilomètre carré ainsi recouvert, toujours à 50%, on atteint une puissance, toujours en crête, de 50 à 80 MW, avec de 15 à 20 km² on arrive à 1000 MW, soit la puissance, mais pas la production, d’un des quatre vieux réacteurs du site quand ils produisaient; Il faudrait donc 80 km² x par 6 ou 7, pour tenir compte du facteur de charge plus faible en photovoltaïque qu’en nucléaire, à cause d’abord de l’alternance jour-nuit, soit 500 km² environ, pour obtenir la production annuelle des 4 anciens réacteurs. Comme la surface disponible autour de Tchernobyl, ne manque pas, l’idée est à priori séduisante.
    Pour que le projet tienne la route il serait toutefois préférable que cellules et panneaux solaires soient produits en Ukraine même, qui en a les moyens industriels et humains, bien moins exigeants en plus, que ceux nécessaires en électronucléaire.
    L’électricité solaire ainsi produite serait sans plus aucun risque mortel, sinon celui des lignes électriques HT, sans aucun déchet radioactif à enfouir à coups de milliards d’euros et au final, compte tenu des prix actuels, et qui continuent à baisser du matériel photovoltaïque, bien moins onéreuse, de 50 % au moins, que si obtenue par de nouveaux réacteurs nucléaires.

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