Le monde agricole s’inquiète des méga-fusions dans l’agrochimie

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L'entrée du siège de Monsanto à Saint-Louis (Missouri), le 7 avril 2014 © AFP/Archives Juliette MICHEL
L'entrée du siège de Monsanto à Saint-Louis (Missouri), le 7 avril 2014 © AFP/Archives Juliette MICHEL

Paris (AFP) – Impact sur le prix des pesticides, expansion des OGM… Les trois méga-fusions en cours dans l’agrochimie, Bayer-Monsanto en tête, suscitent l’inquiétude d’une partie de la planète agricole, qui attend toutefois d’en voir les retombées sur le terrain.

Les négociations ne sont pas terminées mais en Allemagne, la société civile a rapidement dénoncé le « mariage infernal » que constituerait le rachat par le laboratoire allemand Bayer de l’américain Monsanto, fabricant de semences OGM et du très controversé désherbant Roundup, le plus utilisé au monde.

En parallèle, le chinois ChemChina est en passe de mettre la main sur l’agrochimiste suisse Syngenta, tandis que les américains Dow Chemical et DuPont peaufinent leur fusion.

Les trois géants nés de ces fusions concentreraient deux-tiers du marché mondial des semences et des pesticides, deux postes clés d’une exploitation agricole.

Même s’il faut encore attendre le feu vert des autorités de la concurrence en Europe et aux Etats-Unis, les ONG spécialisées et les tenants de l’agriculture « paysanne », ne cachent pas leur inquiétude.

« Où qu’on mette le seuil pour définir un (oligopole) c’est évident que ces fusions vont diminuer encore plus les choix pour les agriculteurs, surtout dans les pays du Sud », affirme Renée Vellvée, de l’ONG Grain, qui craint que l’on donne « trop de pouvoir sur l’amont de la chaîne alimentaire à quelques conseils d’administration ».

En Allemagne, le groupement de petits et moyens exploitants AbL redoute que « les gros acteurs décident complètement de quelles sortes (de semences) se retrouvent sur le marché », résume Annemarie Volling. « Pour le moment il n’y a pas d’OGM en Europe, mais c’est la question, est-ce-que Bayer va oser? »

Mais du côté des grosses exploitations et coopératives outre-Rhin, « ce n’est pas du tout un sujet, les exploitants ont tellement d’autres préoccupations », comme la chute des prix du lait, explique Holger Brantsch, de la fédération agricole du Brandebourg, dans l’est de l’Allemagne. « Cela ne les intéresse pas encore ».

En France, la FNSEA, 1er syndicat agricole, se borne à surveiller les risques posés par une « concentration des opérateurs économiques », « sans être intervenant » pour le moment.

La réaction des agriculteurs américains est elle aussi contrastée. Une partie craint une hausse des prix des semences et des engrais, mais pour l’American Farm Bureau Federation, cité par la presse allemande, « les prix pourraient baisser, du fait d’économies » réalisées par un Bayer-Monsanto nouvellement fusionné, qui pourrait aussi mettre plus rapidement sur le marché de nouveaux produits.

En Argentine, grand utilisateur de semences OGM pour ses champs de maïs, soja et coton, l’heure n’est pas encore à la panique.

« Le scénario d’une hégémonie sur les prix est probable. Mais ce n’est pas une réalité immédiate. Ni les engrais ni le glyphosate n’ont augmenté, au contraire leurs prix ont baissé ces deux ou trois derniers mois », en raison d’une plus grande facilité à importer ces produits en Argentine, explique à l’AFP Carlos Marin, membre du consortium d’expérimentation agro-pastorales, qui regroupe 2.000 entreprises agricoles.

En France, l’union de coopératives InVivo, qui détient près de la moitié du marché de distribution des pesticides, estime avoir une taille suffisante pour peser dans les négociations sur les prix avec les mastodontes de l’agrochimie.

« Il y a de nouveaux petits fournisseurs qui arrivent, notamment dans les génériques de pesticides, où il y a une folie de concurrence. Cela permet une baisse des prix significative », estime Jean-Sébastien Bailleux, responsable du pôle Agrofourniture.

Mais pour Pat Mooney, directeur de l’ONG canadienne ETC, « penser pouvoir résister à la pression (de l’agrochimie) est une vue à court terme ». Pour lui, les fusions en cours pourraient être le prélude à une entrée en lice des grands fabricants de tracteurs, aux chiffres d’affaires bien plus importants que les boîtes d’agrochimie.

Une entreprise comme l’américain John Deere gagnerait selon lui à racheter un groupe comme Bayer-Monsanto, prenant ainsi le contrôle de toutes les données récoltées par les divisions « agriculture de précision » développées récemment par Monsanto notamment.

« Aucun agriculteur ne peut se sentir bien à l’idée d’avoir autant de ses facteurs de production contrôlés par si peu d’entreprises », estime-t-il.

©AFP

2 commentaires

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    • Valérie DECHENE

    Le prix…les coûts…la FNSEA Flamby (ça ne vous rappelle personne?)… Les agrochimistes s’organisent sous nos yeux, avec l’aval implicite nos gouvernants qui vont d’études en commissions nationales, puis européennes…puis RIEN!!! De toutes façons où peuvent-ils aller avec leurs tongues chinoises présidentielles contre les bottes de 7 lieues agro-industrielles?
    Et bien, à nous consom’acteurs ! Exigeons tous de la culture bio, cela fera chuter aussi les prix dans ce domaine, ce qui vaut pour l’un vaut aussi pour l’autre, non? Plombons leurs semelles de nos choix intelligents.
    Sans revenir à l’âge de pierre, il y a moyen pour les agriculteurs et éleveurs d’allier modernité, santé et tradition.
    Parce que, à long terme, c’est de cela qu’il s’agit. Bayer/Monsanto fabriquent le poison et puis nous vendent ensuite les médicaments pour nous soigner du poison qu’ils nous ont innoculé. La boucle est bouclée, avec le « tout bénéfice » à la clé.
    Sur la sucette, ils se régalent du bonbon à s’en lécher les babines et nous laissent le bâton pour nous faire battre, c’est somme toute équitable de « partager »!
    L’argent, toujours, contre notre santé, au détriment de notre bien-être.
    Nous sommes quand même des milliards contre une poignée de profiteurs…
    Nous aussi appliquons le vieil adage  » l’union fait la force », nous avons tous le pouvoir de changer notre mode de consommation, doucement mais sûrement.
    Pour l’instant…

  • Les produits chimiques étudié les réactions entre les différents éléments ou de composés .Mais dans les connaissances acquises pour élaborer des méthodes pour produire des composés utiles. Mais parfois cela peut ruiner d’autre chose …