L’agriculture bio, « pas que pour les bobos », mais attention aux dérives

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Un agriculteur montre des carottes issues de son exploitation bio à Perenchies le 18 août 2015 © AFP/Archives PHILIPPE HUGUEN

Paris (AFP) – « De la bio pas que pour les +bobos+ »: les acteurs du secteur encouragent un accès élargi à l’agriculture biologique, à condition que ses principes clés ne soient pas dévoyés par la grande distribution, et ont élaboré une nouvelle charte.

Face au changement d’échelle de l’agriculture biologique et à un intérêt croissant de la grande distribution, la Fédération nationale de l’agriculture biologique (FNAB) a révisé sa charte dont l’objectif est d’éviter une « bio au rabais ».

« On va vers une bio à deux vitesses », explique Brooks Wallin, du syndicat professionnel Natexbio. « D’un côté, la bio avec des matières premières françaises et le souci des emballages biodégradables. De l’autre, la bio commerciale où le prix domine et la provenance des matières compte moins. Cette bio-là avance à vitesse grand V au niveau mondial. »

D’où la nécessité « fondamentale » d’une charte, selon Brooks Wallin, pour différencier la filière biologique avec son « écosystème, entre magasins bio, transformateurs et agriculteurs », et la « bio commerciale ».

Bien-être animal, complémentarité entre villes et campagnes, prix équitables, conditions de travail dignes, autant de valeurs fondamentales de l’agriculture biologique traditionnelle portées par la charte actualisée de la FNAB adoptée cette semaine.

Des valeurs que la FNAB espère retrouver dans les fermes des 2.250 agriculteurs ayant converti leur exploitation en bio en 2015.

« La charte existait déjà en interne mais compte-tenu de la crise agricole majeure et de l’arrivée des conversions, c’est le moment de la remettre au goût du jour », précise Irène Carrasco, trésorière de la FNAB.

Même si les surfaces cultivées en bio représentent encore moins de 5% de la surface agricole utile (SAU), le marché du bio atteint désormais 5,5 milliards d’euros, avec des ventes en augmentation de plus de 10% en 2015 par rapport à 2014, selon l’Agence bio.

Étant donné l’ampleur du phénomène, la charte est envisagée comme un « contrat social agricole » et destinée à être lue par la grande distribution, les pouvoirs publics et les citoyens.

La charte est « ouverte à toutes les organisations citoyennes, économiques et sociales » et vise à assurer un « développement cohérent, durable et solidaire de l’agriculture biologique », selon le préambule présenté mardi en présence de 130 agriculteurs bio, des associatifs et des représentants des pouvoirs publics.

L’idée de replacer l’humain au centre du système alimentaire est l’élément de la charte qui a séduit Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France.

« La grande distribution vante l’accroissement de ses gammes bio, mais en lisant cette charte, j’espère qu’elle comprendra que l’agriculture biologique ce n’est pas qu’un cahier des charges, ce sont aussi des valeurs et un système différent qui replacent l’humain au centre de tout », déclare-t-il.

Jean-Marie Lacaz, fermier du Lot et membre de la FNAB, aimerait, lui, pouvoir accompagner ses bêtes jusqu’à l’abattoir.

La question du bien-être animal figure dans les premières pages de la charte et concerne particulièrement le monde paysan depuis la diffusion de vidéos-choc par l’association de défense des animaux L214 montrant des maltraitances dans des abattoirs certifiés bio.

En réponse à ces préoccupations, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a annoncé mardi son intention de « créer un délit de maltraitance » aux animaux pour les exploitants d’abattoirs, assorti de « sanctions pénales » dans la loi Sapin.

La mise en place d’un référent bien-être animal dans tous les abattoirs, même de petite taille, a aussi été évoquée par M. Le Foll.

Des mesures qui sont susceptibles de plaire aux acteurs du secteur bio qui soulignent l’importance de « travailler avec la vie et non contre elle ».

« L’agriculture biologique n’est pas seulement un mode de production et ne répond pas seulement à un marché », rappelle Stéphanie Pageot, présidente de la FNAB.

 

© AFP

3 commentaires

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    • André

    Je sais pas mais concernant le fait d’amener ces propres bêtes à l’abattoir, je vois pas en quoi ça change qqchose, bio pas bio, vous pensez que les animaux ne sont pas conscient de ce qui les attends, c’est du grand n’importe quoi la viande bio, malgré internet et tout les articles sur les animaux vous voulez me faire croire que les animaux sont super heureux de sentir l’approche de leur mort ? vous les traitez relativement bien et un jour vous décidez pour eux où, quand et comment ils vont mourir, quelle hypocrisie et vous vous considérez être humain ? vous ne valez pas mieux que ceux qui maltraite les animaux dans les fermes industrielles.

    • EVE

    En ce qui concerne les abattoirs, le fait d’accompagner la bête à l’abattoir sans savoir ce qu’il se passe derrière ne résoudra rien à la maltraitance, à mon avis les caméras sont beaucoup plus
    dissuasives.
    Et ne rêvons pas André, l’être humain n’est pas prêt à se passer de viande, et d’ailleurs dans la nature, les bêtes se tuent entre elles également pour manger, c’est la loi de la nature.
    Nous en tant qu’êtreS humains, faisons en sorte que cela se passe vite et dans les meilleures conditions possibles pour l’animal.

    • Elisa

    Comment cette adhésion à la charte FNAB est elle visible des consommateurs ? Par le logo AB apposé (ou non) à coté du logo européen ? Merci par avance pour votre précision

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