Jour du Dépassement, tous les articles sur le sujet. Si tout le monde vivait comme vous, combien de planètes faudrait-il ?

Huile de palme: l’Assemblée modère la « taxe Nutella » après les protestations de l’Indonésie et la Malaisie

huile de palme

La secrétaire d’État à la Biodiversité Barbara Pompilile 15 mars 2016 à l'Assemblée nationale à Paris © AFP/Archives JACQUES DEMARTHON

Paris (AFP) – Les députés ont fortement revu à la baisse jeudi la surtaxation de l’huile de palme, la fameuse « taxe Nutella », qui avait entraîné après son vote au Sénat les protestations des deux principaux producteurs mondiaux, l’Indonésie et la Malaisie, ainsi que de l’industrie agroalimentaire.

Alors que le Sénat, à l’initiative des écologistes, avait en première lecture créé une contribution additionnelle très élevée (300 euros la tonne en 2017, 500 euros en 2018, 700 en 2019 et 900 à partir de 2020), les députés l’ont réduite à 90 euros, avec le soutien du gouvernement, en deuxième lecture du projet de loi biodiversité.

Tout en envoyant un « signal », « cette taxation est plus réaliste (…) Nous ne voulons ni d’un boycott de ces deux pays, ni même de l’huile de palme », a plaidé la secrétaire d’État à la Biodiversité, l’écologiste Barbara Pompili.

Il s’agit « de ne pas déstabiliser brutalement les approvisionnements des entreprises installées en France, ainsi que les revenus des producteurs de ces huiles, qui se situent majoritairement dans des pays en développement », a renchéri le socialiste Jean-Louis Bricout.

A aussi été adopté un amendement rendant cette taxation plus progressive (de 30 euros en 2017 à 90 euros en 2020).

Comme M. Bricout n’avait pu le défendre pour cause d’arrivée en retard à la reprise de la séance de 15 heures, les députés l’ont adopté, passé 2h30 du matin, à la fin des débats sur le projet de loi, sur demande du gouvernement.

C’est la troisième fois depuis 2012 que les parlementaires débattent de la « taxe Nutella », en référence à l’utilisation de l’huile de palme dans la célèbre pâte à tartiner de Ferrero. Et Ségolène Royal avait suscité l’indignation en juin 2015 en Italie en appelant à cesser de manger du Nutella, avant de présenter ses excuses quelques jours plus tard.

Il n’est pas cependant sûr que le groupe italien soit un jour concerné par cette taxe, si elle survit au parcours parlementaire, car les députés ont également décidé, contre l’avis de la rapporteure Geneviève Gaillard (PS) et des écologistes, que les huiles issues d’une production « durable » en seraient exonérées.

Comme d’autres industriels, Ferrero recourt en Indonésie à la certification de la RSPO (Table Ronde pour une Huile de Palme Durable), « labellisation pas encore de top niveau », selon Mme Gaillard.

Au Sénat, les écologistes avaient justifié cette surtaxation par les « effets dévastateurs de la culture industrielle du palmier à huile sur la biodiversité ». Avec en mémoire les immenses feux de forêts qui ont ravagé l’Indonésie afin de défricher et de fertiliser des terres pour accroître les plantations d’huile de palme.

En outre, l’huile de palme fait jusqu’alors partie des huiles végétales les moins taxées en France, à 104 euros par tonne contre 190 euros pour l’huile d’olive, alors que ses effets sur la santé sont décriés.

Mais le vote du Sénat avait entraîné de vives protestations notamment de l’Indonésie, critique d’une mesure « arrogante » et « excessive » pouvant « mettre en danger les relations entre les deux pays », et de la Malaisie.

La France est un petit importateur d’huile de palme (150.000 tonnes sur une production mondiale de 62 millions de tonnes), mais ces deux pays craignent une contagion sur d’autres consommateurs.

Relayant leurs positions, la socialiste Anne-Yvonne Le Dain, ingénieur agronome, a estimé qu’on « stigmatisait une partie de la population du sud-est asiatique » et que les « Européens n’avaient pas de leçon de morale à donner ». « Alors que nous importons peu d’huile de palme, nous consommons massivement du café, du caoutchouc, du chocolat, de l’arachide » sans nous préoccuper de la déforestation, a-t-elle lancé, affirmant également qu’un paysan indonésien gagnait dix fois plus avec l’huile de palme qu’avec le riz.

Plusieurs députés LR ont repris l’argumentation des industriels français, dont l’entreprise spécialisée dans les pâtes à tarte Céréalia, selon lesquels la taxation « mettrait en péril leurs efforts pour développer l’huile de palme durable ».

« Quand on fait un peu de sport, on peut se permettre quelques écarts, notamment la consommation d’une pâte à tartiner bien connue », a estimé l’ancien judoka David Douillet.

 

© AFP

4 commentaires

Ecrire un commentaire

    • Roger WATRIN

    Bonjour, je suis tout simplement outré (une fois de plus). Une nouvelle taxation fait rarement plaisir et j’aurais pu comprendre que l’on discute d’un montant moins élevé mais là, on fait d’emblée un abattement de 90% sur les montants projetés!!! Comment voulez-vous comprendre? Cette taxation correspond à quoi? Protection de l’environnement? Protection de la santé? Protection économique? Et au final, l’huile d’olive apparait plus taxée que l’huile de palme! Je n’y comprends plus rien. Malheureusement membre des classes moyennes françaises, je pourrais tout à fait protester « énergiquement » contre la surtaxation fiscale qui me frappe. La seule réponse qui me serait donnée serait le rappel des délais de paiement sur l’air de « Circulez! Rien à voir. » et certainement pas un abattement de 90%.

    • Mona

    Il existe un autre moyen pour ne plus accepter l’huile de palme Nutella…. Ne plus en acheter. .!!
    Tout produit contenant de l’huile de palme…. boycott des consommacteurs…!!
    A nous d’être responsables. Les lobbies comprendront que nous ne voulons plus avaler n’importe quoi, pour leurs profits..!
    De plus, toute maman peut faire une pàte à tartiner avec de bons produits…. facile..!!

    • Francis

    Pour préserver sa santé,il vaut mieux manger du beurre que de l’huile de palme. Mais il ne faut pas oublier que le danger du Nutella et autres pâtes à tartiner n’est pas cette huile de palme,le problème,c’est le sucre. Regardez les étiquettes: 50 à 55 % de sucre, environ 30 % huile de palme et 10 à 15 % de purée de noisette. Ce sucre s’ajoute à tous les autres sucres rapides et c’est ça qui est diabétogène.