Une forêt de mille arbres pour couvrir le périphérique: quand Paris se réinvente

périphérique

Image de synthèse présentant le projet "Mille Arbres" à Paris © Sou Fujimoto/Manal Rachdi-Oxo/AFP Handout

Paris (AFP) – Un village flottant au coeur d’une forêt, qui cacherait le chaos du trafic automobile, et rétablirait l’harmonie entre l’Homme et la nature. On se croirait dans un film du maître japonais Hayao Miyazaki, mais il s’agit du projet Mille Arbres, l’un des lauréats de « Réinventer Paris ».

Parmi les plus ambitieux – son coût est proche d’un demi-milliard d’euros -, il devrait voir le jour à l’horizon de 2022, sur le boulevard Pershing dans le XVIIe arrondissement de Paris. Pour l’heure, sa maquette trône au Pavillon de l’Arsenal, avec celles des 21 autres projets retenus par la Ville de Paris.

Avec sa forêt posée sur une vaste dalle de béton triangulaire, « cet objet est dingue ! » résume Philippe Journo, le président du promoteur La Compagnie de Phalsbourg, dont trois projets ont été retenus dans le cadre de « Réinventer Paris », l’appel à projets urbains innovants lancé par l’édile Anne Hidalgo.

« On est partis d’une feuille blanche, mais on a commencé à la noircir en se disant que la nature allait jouer un rôle très important au XXIe siècle dans la ville et dans l’architecture », dit-il à l’AFP.

Conçu par deux cabinets d’architecture, le japonais Sou Fujimoto, et le français, Manal Rachdi-Oxo, ce projet se veut un « éco-système naturel habité », où cohabiteront 127 logements, deux immeubles de bureaux, un hôtel 4 étoiles de 250 chambres, une grande plaine de jeux pour enfants, deux crèches et une halte-garderie, le tout « enveloppé de nature ».

Une « rue gourmande » verra aussi le jour, avec un « Food Court » créé par le designer Philippe Starck qui accueillera des tables d’hôtes, des ateliers et une école de cuisine diététique. Et la gare routière actuelle sera rebâtie, pour partie en sous-sol.

« Nous allons construire sur le périphérique, c’est très technique. Il s’agira de créer une file de poteaux dans la ligne de circulation de voitures, pour porter la dalle qui va enjamber le périphérique », explique Emmanuel Launiau, président du directoire du promoteur Ogic, qui porte le projet au côté de La Compagnie de Phalsbourg.

Ce projet est, de loin, celui qui a rassemblé le plus grand nombre de partenaires, pour certains classiques (groupes d’ingénierie, de BTP, paysagistes…) pour d’autres beaucoup moins, tels que La maison Kangourou, qui gère des structures d’accueil pour les jeunes enfants, la société de conciergerie MyConcierge, ou encore la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO). Cette dernière animera par des conférences et des ateliers, une « maison de la biodiversité ».

« La mayonnaise a pris entre nous. C’est un projet extrêmement minutieux, on a eu besoin de tous », dit M. Launiau.

Trait d’union inédit entre la capitale et la commune limitrophe de Neuilly, le sol planté d’arbres – dont les essences seront sélectionnées pour leur capacité à survivre à la pollution atmosphérique – doit aussi absorber une partie des émissions de CO2 et des particules fines produites par le trafic du boulevard périphérique.

Un motif d’inquiétude pour les élus écologistes parisiens, qui ont rappelé mercredi « leur attachement à ce que des études d’impact soient réalisées » en raison des « risques d’exposition à la pollution atmosphérique particulièrement prégnante » sur ce site et celui de Ternes-Villiers, où des habitations surplombant le périphérique verront aussi le jour.

Les projets de « Réinventer Paris » représentent un investissement privé de plus de 1,3 milliard d’euros et rapporteront 565 millions d’euros de recettes à la Ville, principalement par la vente du foncier.

Seuls 8 des 22 projets retenus étaient les mieux-disants financièrement, la Ville de Paris ayant, dans une démarche inédite, accepté de faire parfois primer l’innovation sur les recettes escomptées.

Ils comptent au total plus de 26.000 m2 de nouvelles surfaces plantées, dont des jardins, de l’agriculture urbaine, des toits et des murs végétalisés.

© AFP

5 commentaires

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    • c

    Et pourquoi faire ça encore dans les «  »beaux quartiers «  »? pourquoi pas vers Bagnolet où il y a aussi le périf ?

  • La campagne à la ville?

    En raison de l’urbanisation grandissante qui grignote petit à petit les espaces naturels constitués par nos parcs régionaux et nationaux la seule méthode mise à notre disposition semble être la surélévation. Vu les prix exorbitants du m² habitable au cœur de nos métropoles la gêne temporaire lors de la surélévation des bâtiments existants sera probablement compensée par le retour financier résultant de la vente ou de la location de la surface habitable complémentaire procurée par la surélévation. Retour pouvant permettre de payer les frais induits par la rénovation thermique du BTP existant onéreux à isoler après coup.

    Voir le « cas pratique » décrit page dans le livre « la chaleur renouvelable et la rivière  »
    http://infoenergie.eu/riv+ener/LCU_fichiers/synthese.htm

    Quant au projet de « campagne à la ville » puisque c’est bien de cela qu’il s’agit ici, il conviendrait de faire les choses dans l’ordre et de ne pas mettre la charrue avant les bœufs comme nous l’avons fait avec les portiques associés à la taxe carbone. Il nous faudra commencer par la voiture électrique afin de solutionner les problèmes de ventilation dans les tunnels. De plus, lorsque l’on sait que faire pousser des arbres sur une dalle en béton dans de bonne condition c’est un apport nécessaire de bonne terre sur 1,5 mètre d’épaisseur voire plus, on mesure que le prix à payer par les riverains pour bénéficier des avantages de ces nouveaux espaces arborés sera la saleté et la gêne temporaire occasionnée par les travaux de génie civil, le transport de la terre et la circulation déjà extrêmement difficile sur les périphériques. Il est probable que de tels travaux ne seront envisageables qu’après achèvement de la grande rocade du « grand Paris » permettant de désengorger le périphérique actuel

    Balendard février 2016

      • buckbuck

      En clair le problème numéro un à Paris c’est la pollution dans les tunnels et la solution la voiture électrique ? On se demande dans quel monde vous vivez… et si vous pensez que la voiture électrique est une solution à quoi que ce soit vous devriez faire un petit tour sur carfree, ils ont suffisamment d’argumentaires poussés sur le sujet pour vous faire oublier cette folie.

      Quand à la fin de votre propos qui arrive à demander d’attendre avant de développer des projets assainissant (potentiellement en tout cas) pour la ville parce que ça risque de réduire la vitesse de pointe (qui est déjà largement inférieure à celle des deux-roues motorisés ou non et des TEC) de véhicules source de pollution de l’air, architecturale, sonore, et j’en passe et qui du coup rendent nécessaire un tel projet (et des centaines d’autres), on se demande si vous avez bien compris les enjeux du XXIe siècle.

      Alors pardon monsieur, on est désolé de congestionner votre barrière de béton qui coupe la ville, notre ville, en deux et qui permet à des milliers de machine tueuses de polluer et d’agresser l’air et la vie de tous les parisiens résidents et de passage mais si vous êtes pressés prenez les TEC et/ou un vélo.

    • Boulay

    En soit ça parait une bonne idée mais combien de tonnes de co2 faut il pour faire autant de béton?
    La voiture individuelle, il faudrait imaginer l’après.
    Pourquoi pas utiliser le principe de métro dans un tube (suspendu au-dessus du périf) qui est développer au USA ? En profiter pour faire des plateformes avec de la végétation moins contraignante que les arbres sur des petites portion du périf.
    Si on prend l’argent destinée aux centrales nucléaire, je suis pour. Si on prend l’argent sur le budget de l’écologie ou des énergies renouvelables, je suis contre.

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