EDF repousse le démarrage de l’EPR de Flamanville à fin 2018

EPR de Flamanville

Le site de l'EPR de Flamanville en construction, le 6 novembre 2014 © AFP/Archives Charly Triballeau

Paris (AFP) – La mise en service du réacteur nucléaire EPR de Flamanville a de nouveau été reportée jeudi par l’électricien français EDF, ce qui porte son coût à 10,5 milliards d’euros, un nouveau revers pour ce projet phare de la filière française.

Le démarrage n’aura finalement lieu qu' »au 4e trimestre 2018″, et il faudra encore « quelques semaines à quelques mois » pour raccorder le réacteur au réseau électrique, a expliqué Jean-Bernard Lévy, PDG du groupe public, alors que plusieurs anomalies techniques ont été révélées ces derniers mois.

C’est la quatrième fois qu’EDF repousse la mise en service de ce réacteur de 3e génération, l’un des plus puissants du monde (1.650 mégawatts), qui devait initialement être livré en 2012 pour un budget de 3,3 milliards d’euros.

« Le coût d’un premier exemplaire est toujours plus élevé », a relativisé M. Lévy.

Le dirigeant a souligné qu’EDF et Areva – chargé notamment de la fabrication de la cuve – travaillaient à un modèle optimisé, et a confirmé sa confiance dans ce réacteur, « enjeu vital » pour la filière française et qui a vocation à participer au renouvellement du parc nucléaire du pays.

« C’est encore la preuve que le nucléaire est un gouffre financier, que ça nous entraîne vers de grandes déceptions », a réagi la députée d’Europe Ecologie-Les Verts Barbara Pompili, appelant à « arrêter les frais ».

Conséquence directe du nouveau calendrier, le premier EPR mis en service ne sera pas celui de Flamanville (Manche), où la construction a débuté en 2007, ni celui d’Olkiluoto (Finlande), démarré en 2005 et qui connaît aussi de nombreux déboires, mais l’un des deux érigés à Taishan, dans le sud-est de la Chine, où la première coulée de béton date de 2009, ont reconnu les dirigeants d’EDF.

« Il n’y a pas de vérité à dire qu’il y aurait des exigences de sûreté nucléaire différentes en Chine et en France », a toutefois estimé M. Lévy, attribuant l’avancée plus rapide de Taishan aux différences en matière de « règles de fonctionnement des chantiers », de « régime de travail » et d' »organisation industrielle ».

La Chine a aussi « beaucoup bénéficié du retour d’expérience de Flamanville », qui lui a permis « d’éviter un certain nombre d’écueils », a ajouté Xavier Ursat, directeur exécutif ingénierie et projets nouveau nucléaire d’EDF.

Ce retard met aussi en péril la promesse du président de la République, renouvelée en mars, d’engager la fermeture de Fessenheim (Haut-Rhin) avant 2017, puisque l’arrêt de la plus vieille centrale française en exploitation est conditionnée par le gouvernement à l’ouverture de l’EPR.

Par ailleurs, le décret d’autorisation du projet expirant le 10 avril 2017, « nous nous apprêtons à demander une prolongation », a souligné M. Lévy.

« Ce subterfuge sera attaqué en justice », a déjà prévenu l’Observatoire du nucléaire, estimant que l’autorisation serait caduque.

En revanche, EDF affirme que cet énième report ne remet pas en cause ses objectifs financiers (dont un flux de trésorerie positif en 2018), comme l’a assuré le directeur financier Thomas Piquemal, des efforts étant prévus par ailleurs pour compenser le surcoût.

Le nouveau retard est notamment la conséquence de trois anomalies techniques révélées ces derniers mois.

En avril, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait annoncé une « anomalie sérieuse » dans la composition de l’acier du couvercle et du fond de la cuve, équipements fabriqués par Areva.

EDF et Areva ont lancé un nouveau programme d’essais pour démontrer la résistance de la cuve, qui s’achèveront « dans le courant du premier semestre 2016 », a déclaré M. Ursat, assurant avoir « déjà assez d’éléments pour être confiants ».

Le remplacement pur et simple de la cuve « ne fait pas partie des hypothèses sur lesquelles on travaille », a affirmé M. Piquemal.

Début juin, l’IRSN (Institut de Radioprotection et de sûreté nucléaire) avait évoqué des « difficultés de fonctionnement » sur les soupapes de sûreté.

Les anomalies « provenaient des conditions de réalisation des essais et non des soupapes elles-mêmes », a expliqué M. Ursat, évoquant de nouveaux tests dans les mois à venir.

En juin également, EDF avait révélé des défauts sur trois des vingt-quatre soudures du circuit primaire du réacteur, après celle déjà trouvée l’automne dernier.

« Deux des quatre soudures ont été réparées, les autres sont en cours de traitement », a expliqué M. Ursat.

Le titre EDF chutait de 4,09% à 17,945 euros à la mi-journée à la Bourse de Paris.

© AFP

 

3 commentaires

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    • Oskar Lafontaine

    Les dissimulations et non-dits d’EDF et derrière EDF du lobby du nucléaire et des « autorités », politiques, administratives, entièrement à sa botte, sur cette affaire d’EPR atteignent aujourd’hui un niveau aussi historique que le montant, toujours provisoire, de la facture salée de cette aberration de réacteur, qui finalement et depuis 2010-2011, rate la troisième génération, et en reste bien à la seconde et pour le mieux dissimuler, c’est la définition même du terme de troisième génération, relative à la nature du combustible utilisé, qui a été modifiée à notre insu, par un tour de passe-passe médiatique bien orchestré, mais qui, au plan industriel, constitue bien la raison profonde, par les modifications techniques que cette lourde modification imposait, à la cuve notamment, des surcoûts et retards accumulés.
    Ainsi jamais depuis 2010 on ne nous a fourni la cause réelle des retards et délais, les divers prétextes avancés sont restés, soit exagérés, soit, n’ont jamais été que des prétextes, l’essentiel demeurant de dissimuler la vérité, car toute cette « cuisine interne » a, dès l’origine et sans raisons valables, sinon celle de dissimuler l’énorme erreur originelle des « grosses têtes » du CEA, car c’est bien lui le grand coupable, même si ses responsables de l’erreur sont aujourd’hui tous partis à la retraite oublier leurs déceptions technologiques, été classée « secret-défense ».
    Ce réacteur devait « brûler » de grosses quantités de plutonium, un métal fissile, comme l’U 235, mais infiniment plus réactif donc dangereux, que cet uranium, sous forme de « mox », et bien plus que ne le peuvent les réacteurs de la génération 2, normalement prévus pour l’uranium simplement « enrichi » en U 235, la génération 1 ne « brûlant que » de l’uranium « naturel » donc non enrichi.
    Or on sait depuis décembre 2011, que l’EPR n’utilisera pas de « mox » du tout, car c’était, calculs faits et refaits, bien trop dangereux, donc en restait à la génération 2, et c’est là que résidait l’erreur des « grosses têtes » du CEA, même si, pour sauver les apparences, il n’a pas été exclu, dans la présentation (n’utilisera pas d’emblée) qu’il puisse un jour en utiliser. Et depuis cette « fuite » d’une information essentielle pour comprendre, silence total, les secrets du nucléaire sont bien gardés, « circulez il n’y a rien à voir » et surtout « croyez seulement ce qu’on vous dit ».
    Retenons que sous sa forme actuelle, l’EPR ne produira pas une électricité concurrentielle, et elle devra être subventionnée d’une manière ou d’une autre, ce qui est d’ailleurs clairement et officiellement déjà le cas pour un projet fou, car irréaliste, d’EPR anglais à Hinkley Point, et qui ne verra jamais sa première pierre. Le prix du mégawattheure EPR devant ressortir, à Flamanville, comme à Olkiluoto en Finlande, au moins à 120 euros et, probablement, à plutôt 140, quand le prix maximum coté à la Bourse de Paris, le mercredi 2 septembre était compris dans une fourchette positionnée entre 41,68 euros et 46,29 euros, soit plus de 90 euros de moins !
    Retour sur investissement calamiteux, 11 ans à poireauter, et durée phénoménale et donc irréaliste d’amortissement en plus (60 années) achèveront par ailleurs, outre de décourager de très éventuels acheteur, d’obliger à déconnecter du réseau ces monstres assoiffés d’euros.
    Quant au très vague projet d’un EPR « optimisé » qui lui non plus ne verra jamais le jour, il s’agit tout simplement d’un EPR conçu dès le départ « deuxième génération », sans plutonium, et donc sans coûteux blindage hors de prix, pour parer à un statistiquement bien trop probable « accident de criticité », qui dans tous les cas détruirait le réacteur, mais limiterait au maximum, car c’était son objectif, et certainement pas une « sécurité renforcée », les fuites radio actives.
    Nucléaire est donc un mot qu’il faut systématiquement accoler, et en France surtout, avec mensonges, dissimulations, et argent jeté par les fenêtres.

  • Pendant ce temps des pays font le choix des énergies en pointe, le Japon, la Chine et les Etats Unis en une année vont installer en panneaux photovoltaïques l’équivalent en puissance d’un EPR. En se basant sur croissance annuelle de 120% alors qu’elle est de 150% ces dernières années, en 2020 ces pays auront développé chacun l’équivalent de 12 EPR. Il n’est pas trop tard les citoyens peuvent soutenir les nombreuses coopératives d’ENR en France.

      • Oskar Lafontaine

      Effectivement, mais rien qu’en France et depuis 2007, date du début des travaux de l’EPR dans la Manche, qui n’a pas encore fourni ne serait-ce qu’un seul petit kilowattheure, la France, rien qu’en solaire, a déjà installé la puissance, je dis bien puissance et pas production d’électricité sur une durée donnée, de plus de trois EPR, soit 1650 x3 =4950 MW, alors qu’on en a déjà installé 55OO en photovoltaïque depuis 2007,environ et que d’ici un mois, on en sera à 300 de plus au moins, avec la mise en service de la centrale solaire de Cuas, près de Bordeaux, d’une puissance de 300 MW-crête, édifiée en 11 mois seulement contre sans doute 11 ans, et déjà huit, pour l’EPR de Flamanville ! Différence de délais qui a une influence financière non négligeable, car le temps, c’est de l’argent. (Intérêts)
      Pour passer des mégawatts de puissance installée à des mégawattheures, donc à une production effective d’électricité, il faut prendre une durée de référence, un an par exemple, et multiplier par le nombre d’heures de fonctionnement effectif, corrigé de la puissance réelle et moyenne sur un an, alors délivrée. Tout ceci n’est pas simple.
      Pour un réacteur en France, c’est 78% du temps que les réacteurs fonctionnent selon les statistiques globales d’EDF pour l’ensemble de son parc, mais la puissance n’est pas toujours au maximum, rien que pour passer de l’arrêt à la pleine puissance par exemple, en nucléaire il faut deux jours et de 50 % à la pleine puissance plus de 10 heures, et quand il y a mévente du courant, des réacteurs sont modulés, ralentis, car surproduction et concurrence d’autres producteurs, par exemple de l’éolien quand le vent souffle fort, cette électricité d’origine éolienne, trop abondante, voit alors son prix s’effondrer, voir même devenir négatif pendant quelques heures, et EDF, qui profite de l’occasion, est alors client.Notons bien que tous les prix évoqués ici, sont des prix de gros, avant taxes et transport par le réseau.
      Pour simplifier les calculs on retient que sur une durée d’un an et à puissance égale, par mégawattheure de puissance installée, le photovoltaïque produit, selon son emplacement en France, Nord-sud, de 6 à 8 fois moins d’électricité que la même puissance installée en nucléaire, mais comme le photovoltaïque est aussi 6 fois moins onéreux que le nucléaire neuf, par MW de puissance installé, modèle EPR avec lequel on le compare, division du prix de 10,5 milliards, annoncé par le Directeur d’EDF le 3 septembre 2015, par la puissance en mégawatts soit 1650 de l’EPR on est très proche de l’équivalence, sauf qu’en frais de fonctionnement cette fois et plus en frais d’investissement de départ, soit combustible uranium, personnel nombreux, frais financiers etc, alors que le soleil est gratuit, le nucléaire se révèle de trois à quatre fois plus onéreux que le photovoltaïque.
      Mais ce n’est pas fini.
      Un mix entre les frais d’amortissement de l’investissement sur une durée donnée, dix à 20 ans au plus en photovoltaïque et de 30 à 60 ans en nucléaire, ce qui déjà fausse le calcul, le retour sur investissement étant bien plus long en nucléaire, mix avec les frais de fonctionnement qui sont annuels, donne alors enfin les deux vrais prix de comparaison, et qui évoluent en plus puisque les équipement photovoltaïques sont de moins en moins onéreux et de plus en plus performants chaque année, alors que les performances du nucléaire, stagnent.
      Ces deux prix de comparaison ne sont jamais fournis, d’abord parce que difficiles à établir et ensuite parce qu’ils changent tous les trimestres au moins, et aussi parce que le lobby du nucléaire est plus riche et a le bras plus long, que le lobby du photovoltaïque, pour impressionner et orienter, les divers médias, et qu’il n’a aucun intérêt à ce que tout le monde sache qu’officiellement l’électricité photovoltaïque est moins onéreuse à produire que l’électricité nucléaire et surtout que cette tendance n’ira qu’en s’accentuant dans le temps en faveur du photovoltaïque. Ainsi même du courant d’EPR moins cher de 40 % dans 10 ans ne sera pas du tout concurrentiel avec le photovoltaïque de la même époque.
      Mais il est certain que l’électricité photovoltaïque, même en zone d’ensoleillement moyenne, jusqu’à Bordeaux en France pour donner une idée, est déjà moins onéreuse à obtenir maintenant, en 2015, que celle qui sera issue du nucléaire neuf, s’il fonctionne effectivement début 2019, date à laquelle les coûts du photovoltaïque auront encore fondu d’au moins 25 %

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