Japon: redémarrage prévu mardi d’un premier réacteur après 2 ans sans énergie nucléaire

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Des manifestants anti-nucléaires, le 9 août 2015 devant la Centrale nucléaire de Sendai sur l'île de Kyushu, qui va redémarrer jeudi © JIJI PRESS/AFP JIJI PRESS

Tokyo (AFP) – Un premier réacteur doit être remis en service mardi au Japon, deux ans après la fermeture de toutes les centrales nucléaires du pays à la suite de l’accident de Fukushima.

« Nous relancerons le réacteur Sendai 1 (à quelque 1.000 km au sud-ouest de Tokyo) le 11 août et il devrait commencer à générer de l’électricité le 14 », a annoncé lundi la compagnie exploitante, Kyushu Electric Power dans un communiqué. Elle prévoit une exploitation normale « à compter de début septembre ».

Le redémarrage est prévu à 10H30 locales (01H30 GMT) et le coeur devrait entrer en réaction en chaîne à compter de 23H00 (14H00 GMT), selon une porte-parole. L’opération se fera sous la supervision de l’autorité de régulation nucléaire.

« La première priorité est la sécurité », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Yoshihide Suga lundi.

Le réacteur en question, initialement entré en service en juillet 1984, avait été éteint le 10 mai 2011 pour son 21e cycle de maintenance régulière, respectant alors le calendrier habituel qui prévoit 3 à 4 mois d’arrêt de routine après 12 à 13 mois de fonctionnement.

Toutefois, il n’a pas pu être réactivé depuis à cause de la décision des autorités d’instaurer des normes de sûreté plus sévères à l’aune du désastre de Fukushima dont l’ampleur a dépassé toutes les dispositions techniques de sûreté.

Alors qu’auparavant une telle catastrophe – avec rupture totale de l’alimentation des systèmes de refroidissement et fusion simultanée de plusieurs coeurs – était considérée comme impensable, aujourd’hui c’est une possibilité envisagée.

Plusieurs jours d’exercices ont eu lieu récemment sur le site de Sendai sur la base d’un scénario similaire à celui de Fukushima où plus de 150.000 habitants de la région avaient dû partir précipitamment.

Progressivement les 48 réacteurs de l’archipel (sans compter les six condamnés de la centrale Fukushima Daiichi) ont été stoppés.

L’unité voisine, Sendai 2, est presque au même stade que Sendai 1 et trois autres (Takahama 3 et 4 à l’ouest, et Ikata 3 au sud) ont reçu un premier feu vert technique de l’autorité nucléaire mais ont encore plusieurs étapes à franchir avant une éventuelle remise en exploitation.

Les deux derniers, Ohi 1 et 2 (ouest), avaient été arrêtés en septembre 2013 et le Japon, dont un peu plus d’un quart de l’électricité était d’origine nucléaire avant 2011, est ainsi totalement privé d’énergie atomique depuis près de deux ans.

Il compense avec des centrales thermiques tournant à pleine puissance ou remises spécialement en marche.

Aucune coupure n’a eu lieu depuis l’arrêt total des réacteurs et aucune restriction imposée.

Même si l’électricité suffit, le gouvernement du conservateur Shinzo Abe plaide que les réacteurs nucléaires sont indispensables en raison du surcoût économique de l’achat des hydrocarbures nécessaires au fonctionnement des centrales thermiques.

Il argue aussi que les entreprises se restreignent et que cela ralentit le potentiel de croissance du pays.

Enfin, le gouvernement insiste sur le fait que l’emploi extensif des centrales thermiques empêche le pays d’afficher d’ambitieux objectifs en matière de rejets de CO2 et autres gaz à effet de serre.

Face à cela, la population est perplexe: selon une étude conduite samedi et dimanche par le quotidien Mainichi Shimbun auprès de 1.000 personnes, 57% sont contre la relance de Sendai et 30% la soutiennent.

Les organisations écologistes sont elles hostiles à tout redémarrage pour des raisons de sûreté (risques sismiques et volcaniques selon elles sous-évalués) et d’impact environnemental.

« Le gouvernement japonais reste attaché à une économie basée sur l’énergie nucléaire et fossile, mais la réalité est que le Japon a le potentiel de générer 56% de son électricité à partir de sources renouvelables d’ici 2030, ce qui permettrait de réduire les émissions de carbone », insiste Ai Kashiwagi de Greenpeace.

Une manifestation avait lieu dès lundi devant le siège de Kyushu Electric, le Premier ministre au moment de l’accident de Fukushima, Naoto Kan, jugeant « qu’accepter un redémarrage dans les conditions actuelles est une faute », selon les images diffusées par les médias locaux.

© AFP

2 commentaires

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    • Rozé

    Sont fous ces dirigeants (du Japon et d’ailleurs). Et si on boycottait les produits japonais à commencer par le riz ?

    • Oskar Lafontaine

    C’est bien évidemment une honte, dont le Premier ministre Abe, ou plutôt premier sinistre, devra un jour répondre devant un tribunal.
    Mais cela ne représente qu’un cinquantième (un réacteur sur 50) de la puissance en nucléaire dont disposait le Japon avant la catastrophe. trois réacteurs ont été détruits et ne pourront jamais redémarrer. Et comme ce réacteur remis « en sévices », comme tous les autres aussi, est ancien, il s’arrêtera dans quelques années, atteint par la limite d’âge, sinon avant pour une autre cause. Comme il n’y a au Japon aucun nouveau réacteur en construction, ni même en projet, parler de relance du nucléaire dans l’archipel, est très exagéré.
    Enfin l’économie à attendre en devises, de cette remise « en sévices » ne justifiait absolument pas les lourdes dépenses entreprises dans ce but méprisable et qui auraient été mieux utilisées investies en renouvelables.
    Les prix du gaz sont orientés mondialement durablement à la baisse et surtout le photovoltaïque au Japon s’est beaucoup répandu depuis quatre ans et comble déjà plus de 5% de ce qui a été perdu en nucléaire et le mouvement s’accélère puisque le solaire fournit de l’électricité en zone ensoleillée, donc sur l’essentiel du Japon, pour moins cher que le nucléaire, même largement amorti, ce dont le Premier Ministre ou sinistre Abe, finira bien par se rendre compte.
    Dans le journal économique Les Echos de ce jour, mardi 11 août 2015 on apprend,page 12, qu’il n’y a dans le monde que 67 réacteurs nucléaires en construction, depuis des années, dont 24 seulement en Chine, et que les trois quart de ces chantiers sont en retard, en cause « la complexité croissante des infrastructures, des systèmes de sécurité, des modèles de financement et enfin les incertitudes politiques qui ont souvent raison des calendriers initiaux », Fin de citation.
    Avant Fukushima, le Japon envisageait de faire passer de 29 à 50 % la part du nucléaire dans son « mix », il ne pense plus maintenant dépasser 20 à 22 % d’ici 2030, compte tenu des réacteurs qui ne redémarreront pas et de la montée en puissance des renouvelables, c’est très loin d’être une relance du nucléaire, juste du « réchauffé » et qui risque encore d’exploser à l’improviste pour une raison ou une autre, anéantissant toute une région.
    Notons bien encore qu’un accident nucléaire type Tchernobyl ou Fukushima, du fait des dizaines de tonnes d’uranium en cause à chaque fois, stérilise la zone concernée, des dizaines voire milliers de km² pour des siècles, alors qu’Hiroshima et Nagasaki ou seuls une dizaine de kilos étaient en jeu à chaque fois, n’ont jamais cessé d’être peuplées et que la radio-activité y est redevenue quasi normale, donc un accident nucléaire dépeuple une zone pour longtemps, ce que ne fait par une explosion atomique militaire. Il serait donc rationnel d’arrêter d’abord le nucléaire dit « civil ».

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