Débat énergetique sur l’île de Sein: le monopole d’EDF contesté

Ile de Sein

Le phare de l'Ile de Sein, le 25 août 2014 © AFP/Archives Fred Tanneau

Brest (AFP) – Le projet IDSE, visant à approvisionner l’île de Sein uniquement avec des énergies renouvelables, conteste le monopole d’EDF et entend s’inspirer de l’exemple d’habitants d’une commune allemande qui ont racheté en 1997 le réseau local pour produire eux-mêmes de l’énergie 100% verte.

« Nous souhaitons rendre l’île de Sein totalement autonome en énergie d’ici dix ans », explique à l’AFP Patrick Saultier, à la tête du projet Ile de Sein Energies (IDSE), créé en 2013 par une soixantaine de personnes, dont quarante Sénans sur les 120 résidant à l’année sur l’île.

« Pour cela, nous devons récupérer la maîtrise du réseau de distribution actuellement géré par EDF, comme l’a fait l’entreprise locale de Schönau EWS », poursuit-il.

Schönau est une petite commune de la Forêt-Noire allemande, à l’origine de la création du premier fournisseur de courant écologique citoyen du pays il y a près de trente ans.

C’est au lendemain de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, en 1986, que le projet naît, les habitants s’inquiétant des retombées radioactives de l’accident.

Près de trente ans plus tard, 95% des 2.500 habitants de la petite commune se fournissent en électricité propre auprès des Usines électriques de Schönau (EWS), fondées par un groupe de citoyens en 1997 après le rachat du réseau au fournisseur local, dont le contrat arrivait à échéance.

Sur l’île de Sein, petit confetti posé à fleur d’eau au large du Finistère, certains habitants, particulièrement sensibles au changement climatique en cause dans la montée du niveau des océans, rêvent eux d’une île verte.

L’électricité qui y est consommée est produite via des groupes électrogènes diesel qui consomment chaque année quelque 420.000 litres de fioul, un coût pour le contribuable, selon IDSE, de plus de 450.000 euros.

« Il y a sur l’île suffisamment de vent, de soleil et de potentiel d’économie d’énergie pour couvrir l’ensemble des besoins de ses habitants », souligne Patrick Saultier, à l’origine, à Plélan-le-Grand, près de Rennes, d’un des premiers parcs éoliens citoyens en France.

Mais le projet divise les habitants de l’île, entre les pros et les antis, dont le maire Dominique Salvert, qui préfère travailler avec EDF, à qui la loi a confié l’exclusivité du service public de l’électricité sur les îles non raccordées au réseau électrique continental, de la production à la fourniture.

« Pour prendre la maîtrise de l’énergie sur une île comme l’île de Sein, il faut des gens qui soient techniquement et financièrement reconnus, actuellement ce n’est pas le cas de la société IDSE », se justifie M. Salvert.

L’électricien planche sur un projet visant à installer une ou deux éoliennes sur l’île afin de couvrir de 40 à 50% des besoins en électricité. Mais pas davantage, car la réglementation sur les territoires insulaires limite à 30%, selon EDF, la puissance d’énergie dite intermittente (éolien, photovoltaïque…), en raison d’un risque de coupure. D’où la nécessité, selon l’électricien, de prévoir des installations de stockage lorsque la production dépassera ce seuil.

« On nous avait aussi dit que ce n’était pas possible, qu’on mettrait Schönau dans le noir. Et pourtant, depuis le 1er juillet 1997, nous exploitons nous-mêmes notre réseau électrique et il n’y a pas eu le moindre problème, » réagit Alexander Sladek, directeur d’EWS dans un communiqué commun annonçant son soutien au projet IDSE.

EWS, société participative réunissant 4.500 citoyens et au chiffre d’affaires de 170 millions d’euros, fournit désormais de l’électricité propre à 160.000 clients en Allemagne.

En débat entre le Sénat et l’Assemblée, la loi sur la transition énergétique pourrait faciliter les projets citoyens décentralisés, en particulier sur les îles non raccordées au réseau électrique.

Cependant, une disposition introduite au Sénat et qui visait à permettre aux collectivités des zones non interconnectées de moins de 2.000 clients de mettre en concurrence les opérateurs a été supprimée à l’Assemblée « sous la pression d’EDF », selon IDSE.

 

© AFP

6 commentaires

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    • Oskar Lafontaine

    Il tombe sous le sens que le dinosaure anachronique EDF, tout particulièrement méprisable et haïssable du fait de son ruineux monopole techniquement dépassé d’abord, de son nucléaire apocalyptique ensuite, de ses lignes électriques génératrices de médicalement problématiques champs électromagnétiques induits enfin, n’a plus rien à faire d’utile sur l’île de Sein, ni ailleurs à terme d’ailleurs, et doit vider les lieux au plus vite, de son insupportable présence monopoliste et polluante.
    Ce combat contre EDF à l’île de Sein, est exemplaire, et pas seulement parce qu’il démarre sur cette l’île de Sein d’où partirent en 1940, après l’appel du 18 juin, les premiers de tous, pour abattre le monstre nazi, et libérer la France. Aujourd’hui c’est le monstre EDF qu’il faut abattre, cet Etat dans l’Etat, qui a défiguré le pays de ses monstrueux pylônes visuellement insupportables et supportant, circonstance aggravante, de hideuses et ravageuses lignes électriques.
    EDF est un monstre technico-industriel, première cause, par son gigantisme même, des blocages institutionnels du pays englué, comme avant la Révolution, dans les privilèges qui se sont reconstitués. Car qu’est-ce qu’un monopole sinon d’abord un privilège ?
    Une Révolution de l’approvisionnement en électricité est en cours, débutée en Allemagne, à terme disparaîtront, centrales électriques, à commencer par les pires et plus onéreuses de toutes, les centrales nucléaires, puis surtout le réseau électrique associé, bien trop cher à utiliser, il fait plus que doubler les tarifs, et médicalement problématique, car perturbateur subtil des lignes de forces magnétiques naturelles qui enserrent le globe et y permettent, en la protégeant, la vie.
    Sur l’île de Sein, comme ailleurs, panneaux photovoltaïques discrets associés à des accumulateurs individuels, dont les prix s’effondrent et les performances grimpent, remplaceront le « fil à la patte » d’EDF, complétés s’il le faut par du petit ou moyen éolien en réseau moyenne et basse tension enterré et blindé au mu-métal pour ne pas perturber l’environnement.
    Les esprits arriérés, scotchés au passé de députés, futurs dépités, et autre personnel politique de moindre envergure, ne mènent plus, en défendant l’indéfendable EDF, qu’un combat retardataire d’arrière-garde que l’histoire flétrira.

      • Adelheid Streidel

      Herr Lafontaine,
      Champs électromagnétiques, pylônes défigurants, hideuses lignes électriques, nucléaire apocalyptique, je suis curieux de connaître votre énergie quotidienne. En tout état de cause elle génère chez vous des surchauffes cérébrales qui vous font comparer EDF à un monstre Nazi. Venez vous reposez à l’île de sein, cela vous fera le plus grand bien ! Adelheid pour répondre, SENANS pour tous les autres.

        • Oskar Lafontaine

        Liebe Adélaïde.
        Donc vous niez l’existence des champs électromagnétiques liés aux lignes électriques Et donc vous avez un zéro en physique.
        Pylônes et lignes électriques satisfont vos aspirations esthétiques et c’est grave. Donc zéro en peinture et dessin.
        Le nucléaire n’évoque pas pour vous une forme d’apocalypse au sens moderne du terme. Donc vous avez un zéro en Histoire-géo.
        Pour ma part EDF sait déjà de quel bois je me chauffe avec cette boite brassant des neutrons surexcités.
        Seuls EDF et son nucléaire sont en capacité technique de rivaliser, au niveau du record avec les 50 millions de massacrés, au moins, du nazisme. Donc vous avez zéro en philo, en maths, en comptabilité.
        Exceptionnellement, parce que c’est vous, que vous m’appelez Herr, ce qui ne m’est pas désagréable, et que ma petite santé semble vous préoccuper, vous aurez 15 en français, mais ne m’attendez pas au bac de l’île de Sein, d’ailleurs vous l’avez raté.

      • LFR

      Bonjour
      il me semble que en 2015 , il reste encore des esprits illuminés qui pensent que seules leurs paroles peuvent produirent assez d’ électricité pour alimenter toute une ILE
      Je suis plutot écolo , mais néanmoins je travaille dans l’énergie ; l’électricité verte coute très chère
      et surtout lorsqu’on veut devenir autonome
      Autonome , les Corses , y ont crus à certaines heures mais lorsqu’on vit sous perfusions , il est difficile de se contenter du vent et de ne pas payer d’ impots
      Il faut mettre des énergies renouvables partout ou cela est possible , éolienne et photovoltaiques
      mais préparer vous a laver les carreaux du salin qui s’y posera
      Aujourd’hui l’investissement du SDEF et de ERDF est tel que s’ils n’y étaient pas , le cailloux serais un désert

    • therese DELFEL

    En effet, que EDF s’agrippe à son monopole et que l’état soutienne la société, n’a rien de surprenant ! C’est pourtant bien un approvisionnement décentralisé et aux mains des citoyen(ne)s qui permettra une vraie transition énergétique … dont on peut se demander si l’actuel gouvernement, malgré ses paroles greenwashed, se soucie réellement. Après tout, le gouvernement investit dans les énergies fossiles extrêmes telles le gaz de couche, saborde de son mieux les possibilités d’autonomie énergétique des particuliers et n’a encore même pas évoqué la possibilité d’utiliser les surfaces de toitures disponibles pour le solaire, particuliers, entreprises, bâtiments agricoles et commerciaux), il y a de quoi faire, pourtant ! Le chiffre a-t-il évolué entre-temps, mais il y a peu encore, la Norvège comptait davantage d’énergie solaire que la France, c’est dire !! Bref, bravo aux habitant(e)s de l’île de Sein de vouloir se libérer de EDF et j’espère qu’ils auront gain de cause !

      • SENANT

      Chère Madame,
      Energies fossiles…. Savez vous que la Norvège est le principal exportateur de Gaz pour la France ? C’est peut être avec toute cette énergie solaire qu’elle produit autant d’énergie…. Ne comparons pas les pays entre eux, essayons de préserver les intérêts des Îliens. Vous félicitez une minorité de Senans anti EDF, parmi une minorité de Français habitant sur l’île de sein et comptant bien y rester grâce au support d’entreprise comme EDF.
      Bon vent sous les îles sous le vent.

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