Environnement: le pape réclame une révolution et dénonce les puissants

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Le pape François salue la foule sur la place Saint-Pierre du Vatican le 13 juin 2015 © AFP/Archives FILIPPO MONTEFORTE

Cité du Vatican (AFP) – Le pape François a exhorté jeudi les responsables mondiaux à agir vite pour sauver la planète, menacée de destruction par le réchauffement et le consumérisme, dans une encyclique sur l’environnement en forme de manifeste contre l’égoïsme des plus riches.

Tout au long des quelque 200 pages de cette encyclique sur l’environnement, très attendue avant la conférence climatique de Paris en décembre, le pape prend la défense des plus pauvres, qu’il cite à 51 reprises.

Le réchauffement climatique qui détruit la planète est « l’un des principaux défis actuels de l’humanité », avertit aussi cette « lettre circulaire », encyclique, au ton très concret et incendiaire à l’encontre des puissances d’argent, accusés de comploter contre le bien commun.

« La soumission de la politique à la technologie et aux finances se révèle dans l’échec des Sommets mondiaux sur l’environnement », écrit ainsi le pape François.

Mais au-delà, pour éviter que la Terre, « notre maison commune » ne se transforme en un « immense dépotoir », le pape argentin préconise rien de moins qu’une révolution sociale, économique et culturelle.

« L’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation, pour combattre le réchauffement », affirme ainsi le pape.

A commencer par le recours aux énergies fossiles, à bannir au plus vite, juge le souverain pontife, pour qui le charbon et le pétrole doivent « progressivement » mais « sans retard » être remplacées par des énergies renouvelables.

Il évoque aussi « des responsabilités diversifiées », pointant du doigt les Etats riches, appelés à aider les plus pauvres à réaliser la transition énergétique.

Et pour y parvenir, les pays nantis devront accepter des sacrifices, y compris en acceptant de réduire leur train de vie.

« L’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties », écrit ainsi Jorge Bergoglio.

Le pape a voulu montrer que « tout est lié » entre éthique, pauvreté et pollution, et appeler chacun à sa responsabilité pour sauver « la maison commune », a expliqué le cardinal ghanéen Peter Turkson, en présentant le texte à la presse.

« Quel type de monde désirons-vous transmettre à ceux qui viendront après nous? Aujourd’hui la terre, maltraitée et saccagée, gémit. Et ses gémissements s’unissent à ceux de tous ceux qui sont mis au rebut dans le monde », a dit le cardinal africain, citant l’encyclique.

« Mais tout n’est pas perdu et les êtres humains, capables de se dégrader à l’extrême, peuvent se régénérer », veut croire le pape.

Le titre de cette encyclique de 187 pages, « Laudato si' » (« Sois-loué »), est inspiré d’un cantique de son modèle, François d’Assise, qui loue Dieu dans « notre mère la terre ». Des centaines d’experts ont été consultés pour sa rédaction.

Elle se veut adressée à « tous » et pas uniquement aux 1,2 milliard de catholiques.

Le pape devrait susciter beaucoup de mécontentements dans les milieux de la droite libérale, notamment américaine, pour ses prises de position virulente à l’encontre du pouvoir de la finance.

Son autre « mouton » noir est la technologie aveugle, à laquelle il regrette que les responsables se soumettent, et qui ne respecterait pas la création et l’équilibre de l’homme.

Des représentants du Parti républicain, dont le possible futur candidat à la Maison Blanche, Jeb Bush, ont déjà réagi avec humeur, affirmant n’avoir pas à prendre leurs ordres auprès du pape, selon des médias italiens et américains.

Dans ce plaidoyer vibrant contre le consumérisme effréné des classes et des pays les plus riches, il avertit aussi du danger imminent de larges destructions et de guerres, notamment autour de l’eau.

« Il est prévisible que le contrôle de l’eau par de grandes entreprises mondiales deviendra l’une des principales sources de conflits de ce siècle », met en garde le pape argentin, estimant qu’au-delà de l’eau, l’épuisement de certaines ressources conduira à de nouvelles guerres et des migrations.

Le ton surprend par sa radicalité sociale, le pape séparant les chapitres très politiques et économiques de ceux spirituels, ce qui rend le message plus percutant.

Il affirme ainsi que le droit à la propriété privée n’est « pas absolu et intouchable », et, très concret, s’attaque à de nombreux thèmes, de l’exploitation de la forêt amazonienne à la vente de climatisateurs et à la privatisation de l’eau dans les villes.

« Tu sais que le désordre me plait », a-t-il confié à un de ses proches, selon le quotidien Repubblica.

 

© AFP

11 commentaires

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    • Raiser

    Une parole sensée, qui vient du cœur et de l’âme

    • Nathy

    Enfin un représentant religieux qui fait preuve de bon sens et dénonce le despotisme de l’homme au détriment de son environnement.
    Merci François. Puisses-tu être aussi sage que St François d’Assise qui dénonça, à son tour, les injustices commises par l’homme sur le reste du vivant.

    • isabelle

    felicitations, quel courage!!!

    • lecreux

    Désolé, monsieur Jeb Bush, mais dans le monde que nous vivons actuellement et dans beaucoup de domaines, à nous, citoyens du monde de faire une révolution sociale. Les urnes sont faites pour cela.

      • chapolin

       » Les urnes sont faites pour cela »

      Très franchement lecreux je ne suis pas contre ce que vous dites mais bon on ne va pas non plus refuser l’aide du Pâpe, surtout quand elle est si lumineuse ! Et après tout peut-être que çà donnera envie aux démocrates au pouvoir d’en faire enfin une plutôt que de lécher le *** des capitalistes pour y rester.

        • lecreux

        Bonjour,
        Oui, les urnes sont faites pour les citoyens.
        Vous connaissez: « nouscitoyens.fr ». Je vous suggère de voir.
        Cordialement.

          • Christiane

          Oui mais agissez alors! Car les paroles ne suffisent plus! Il ne neige plus ni dans mon pays ni au Canada! Cela est plus qu’ allarmant ! Alors « nouscitoyens.fr » nous attendons que vous preniez des mesures et qu’on entende votre voix pour eduquer le peuple.

          • Christiane

          Oui alors agissez! Il ne neige plus dans mpn pays ni au Canada, plus qu’ allarmant. Alors « nouscitoyens.fr » faites entendre votre voix et eduquez le peuple maintenant!

    • Deflandre Guy

    Le mécréant que je suis salue les propos courageux, fraternels et lucides de ce pape hors normes.
    C’est peut-être le messie que les chrétiens attendaient !
    Le pape François ne démériterait pas d’endosser ce rôle salvateur: espérons qu’il sera entendu.

    • Stéphane Lagasse

    Toute l’économie actuelle repose sur le gaspillage.
    L’obsolescence programmée -des ingénieurs sont payés pour!- convient autant aux actionnaires qu’aux syndicats.
    Il faut reconsidérer les critères d’appartenance citoyenne le plus souvent en conflit avec la logique des actionnaires.
    Les publicités pour les banques qui parlent de « transparence » ne le font jamais pour expliquer ce qu’il font avec notre argent.

    • pierre d'argentine

    on peut aplaudir et on peut aussi se demander jusqu’oú va cette sincérité?
    l’église révèle une liste infinie de trahitions. d’ambiguités non résolues et c’est cela le plus grand risque du sommet d’octobre – le manque de sincérité, le flou, l’ambiguité.
    « on fait ce qu’on peut et on peut peu. pendant ce temps… »
    La sainte église va-t-elle demander pardon un jour pour:
    – sa participation scandaleuse auz côtés des militaires de la dictature
    – sa participation á la colonialisation et le génocide qui s’est prolongé en amérique latine durant tout le 20º siècle
    – sa possible participation directe au traffic d’armes (du moins cette photo peut préocupper http://www.videosydiversion.com/wp-content/uploads/2011/03/sacerdote-con-arma.jpg)
    – la multitude de cas de pédophilies et autres harcélements sexuels, dont le jugement n’arive jamais à terme…
    …………………

Entretien avec Cyril Dion sur le climat : « l’inertie des systèmes politiques et le poids des intérêts privés ont empêché les changements, c’est un problème de système démocratique défaillant face à l’urgence écologique.»

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