Climat: la conférence de Paris sponsorisée par des entreprises vivement critiquées par les ONG

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Un globe terrestre avertissant sur les effets du changement climatique, exposé le 6 mai 2015 au Bourget, près de Paris, avant une visite de ministres à des élèves travaillant sur le sujet © AFP/Archives Lionel Bonaventure
Un globe terrestre avertissant sur les effets du changement climatique, exposé le 6 mai 2015 au Bourget, près de Paris, avant une visite de ministres à des élèves travaillant sur le sujet © AFP/Archives Lionel Bonaventure

Paris (AFP) – Plusieurs dizaines d’entreprises françaises et étrangères, dont certaines issues du secteur des énergies fossiles, fortement polluantes, vont participer au financement des 170 millions d’euros que coûtera la conférence sur le climat à Paris, au grand dam des associations écologistes.

Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a rendu publique mercredi une « première liste » d’une vingtaine d’entreprises partenaires, toutes « des amies du climat », selon lui. « Plus d’une dizaine d’autres » ont manifesté l’intention de participer à ce mécénat, a-t-il précisé.

Parmi les premiers sponsors de la conférence prévue en décembre (COP21) figurent Engie (ex GDF Suez), EDF, Renault Nissan, Suez Environnement, Air France, ERDF, Axa, BNP Paribas, Air France, LVMH, Ikéa. Google vient de manifester son intérêt et le réseau  diplomatique français « est mobilisé » pour prospecter sur le continent américain, puis en Asie, a indiqué le secrétaire général de la COP21, Pierre Henri Guignard.

Laurent Fabius souhaite que le soutien, financier ou en nature, apporté par les entreprises représente 20% du coût de la conférence. Il atteint pour l’instant « 10%, la moitié de notre objectif », a-t-il précisé au cours d’une conférence de presse en présence des dirigeants des entreprises concernées.

Ce partenariat a des raisons financières: il s’agit de « réduire le plus possible l’addition pour le contribuable ». Il faut donc « rechercher systématiquement des économies dans tous les postes de dépenses et en même temps de solliciter des entreprises », a-t-il expliqué.

En 2009, la conférence de Copenhague, qui avait tenté de parvenir à un accord majeur sur le climat, avait coûté 150 millions d’euros, selon M. Guignard.

© AFP
Le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, le 27 mai 2015 à l’Assemblée nationale
© AFP FRANCOIS GUILLOT

Ce mécénat vise aussi à « assurer un haut niveau d’exigence environnementale à la conférence elle-même », en permettant par exemple la mise en place de transports écologiques ou l’optimisation  énergétique des bâtiments, a expliqué M. Fabius.

Renault Nissan fournira ainsi 200 voitures 100% électriques, EDF installera les bornes de recharge, Suez Environnement réalisera le plan de gestion des déchets.

La publication de la liste a fait bondir les associations environnementales.

« Énergéticiens fossiles et fissiles, compagnie aérienne, constructeurs automobiles: la liste des mécènes de la 21e Conférence de l’ONU sur le climat (COP21) (…) comprend des multinationales françaises qui ne sont pas compatibles avec le climat », accusent les ONG Les Amis de la Terre, Attac France, le Corporate Europe Observatory, WECF et 350.org. Elles dénoncent « l’incohérence du gouvernement et redoutent que les négociations se retrouvent aux mains des pollueurs ».

Pour le Réseau Action Climat (RAC), « le gouvernement, n’a clairement pas choisi les acteurs de la transition énergétique ». « Il y a mieux en France en termes de performances climatiques que les acteurs qu’ils ont choisis », estime l’une de ses responsables, Célia Gautier.

EDF, comme Engie, investissent « massivement dans le charbon » à l’étranger, affirme-t-elle.

Le Crédit agricole a annoncé son souhait de stopper tout financement du charbon, mais « il ne fait pas partie de la liste ». A la différence de BNP Paribas, « première banque française en termes de financement de projets d’énergie fossile ».

L’ONG Oxfam, auteur avec Les Amis de la Terre d’un récent rapport très critique sur EDF et Engie, dénonce « l’hypocrisie du gouvernement français, qui s’était engagé à travailler avec des entreprises +climato-compatibles+ ».

« La COP21 sera financée par des champions français de la pollution », accuse-t-elle, citant BNP Paribas, EDF et Engie, accusées de se livrer à « une véritable opération de greenwashing, avec la complicité du gouvernement français », au lieu de « s’engager à stopper tout soutien au secteur du charbon d’ici au sommet sur le climat ».

Jusqu’à 25.000 délégués sont attendus à la COP21 où 195 pays vont tenter de parvenir à un accord pour limiter à 2 degrés le réchauffement climatique par rapport à l’ère pré-industrielle.

6 commentaires

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    • Oskar Lafontaine

    Il est clair que notamment les « utilities » et les « électriciens » avant tout, doivent être classés comme « ennemis majeurs de la biosphère et donc de l’Humanité », en raison d’abord du nucléaire c’est clair et évident, mais aussi en raison de leurs monstrueuses lignes électriques, de leurs postes de transformation, tous générateurs de puissants champs électromagnétiques variables et en interférences, dont les très graves nuisances biologiques, cancers pour tous qui se multiplient et explosent depuis les débuts de l’électrification, et surtout troubles génétiques et mentaux sur les foetus puis nouveaux-nés, niées avec acharnement par ces endurcis de la dissimulation et du mensonge systématique, avec l’appui « d’experts » marrons et de juges achetés et « tenus », sont pourtant des évidences.

    • Moâ

    De toutes façons, sponsors ou pas, cette conférence, comme les autres, nous coûtera très cher, pour des chefs d’états qui vont se faire de « bonnes bouffes », papoter un peu et annoncer quelques mesurettes pour se faire un peu de publicité et se donner bonne conscience. Alors la question de bons ou mauvais sponsors, franchement, c’est une goutte d’eau (polluée en plus) dans l’océan d’inutilité de ce genre de grand-messe.
    Et oui, aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi, j’ai beau essayer d’être positive, je n’y crois plus.

    • Damien

    La conférence de Paris est évidemment une belle opportunité pour toutes les entreprises polluantes et meurtrières de se faire une « beauté » et de se parer de vertus. Les hommes politiques adorent ! Quelques cocktails, petits fours, amuses gueules, boissons et cadeaux feront le reste. Comment condamner celui qui te donne un cadeau, te flatte et parle gentiment ? Je ne crois plus à ce genre de conférences faites devant un parterre de micro orientés. Cela coûte cher et ne rapporte aucun changement de politiques. Seuls les citoyens réagissent chez eux, dans leur village.

  • Pour ma part j’ai demandé par voie postale ( Lettre Recommandée avec Accusé Réception) à ma mairie de prendre dans les plus brefs délais des mesures pour arrêter l’agriculture intensive et industrielle, de préserver et de valoriser les dernières terres agricoles nourricières de la commune, et cela par les habitants pour les habitants, afin de cultiver bio, cuisiner sain et naturel et construire autonome et écologique…Si jamais la mairie ne me répond pas ou qu’elle refuse, je serai contraint de porter plainte et de me rapprocher des instances judiciaires….

    Si un-e seul-e citoyen-e par commune en faisait autant, nous lancerions une dynamique sans précèdent en France…

    • Oskar Lafontaine

    « L’argent n’a pas d’odeur » se défendit un jour l’empereur romain Vespasien à son fils qui le critiquait après avoir créé les pissotières publiques payantes…
    C’est la même chose avec ce financement contre nature de la vertu par le vice pollueur.
    Mais il est certain que cette conférence programmée à Paris en fin d’année, n’a aucun autre objet que de faire « mousser » quelques politiques et ne servira, sur le fond de la question, et comme d’autres conférence de même nature par le passé, voir Kyoto, strictement à rien.
    Le passage, pour des motifs économiques et ensuite de possibilités techniques, financières et industrielles, donc hors de tout « choix » politique, de la voiture à essence, donc émettrice de CO², à la voiture électrique, qui au final en rejettera bien moins, est bien plus important pour aller dans le sens d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre, et de même les réalisations en matière de voitures électriques et d’accumulateurs de la firme Tesla, que toutes les décisions politiques réunies sur ce créneau.L’exemple de ce que fit Steve Jones d’Apple a eu, et aura encore, plus d’importance pour l »Humanité, que les résolutions de conférences internationales politiques.

    • Stéphane Lagasse

    Je suis très partagé sur cette proposition (Avaaz pour empêcher cette contribution).
    Si les principaux acteurs du dérèglement climatique soutiennent financièrement la conférence, on peut « lire » cela de trois façons :
    1. Selon le principe pollueurs-payeurs, on peut comprendre qu’ils aient prioritairement à soutenir des initiatives contre leur propre intérêt.
    2. Ils font du « green-washing » pour façader, masquer leur lobbying discret et cyniquement inverse.
    3. Les actionnaires, les patrons, les cadres, les employés et ouvriers, les consommateurs que nous sommes tous plus ou moins, prenons conscience de la nécessité de la transition.
    Et « nous » agissons avec les moyens du bord.
    Par contre et pour autant, soyons vigilants sur la récupération de l’évènement, et dénonçons les contradictions qui suivront très probablement.

Emmanuel Cappellin, réalisateur du documentaire Une fois que tu sais : « comment limiter collectivement ce qu’on ne sait plus s’interdire soi-même ? »

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