Une électricité 100% verte en France est possible selon une étude de l’Ademe

100 % renouvelables

Des éoliennes près de Brest en Bretagne, le 20 février 2015 © AFP/Archives Damien Meyer

Paris (AFP) – L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a élaboré le scénario d’une France avec une électricité à 100% issue des énergies renouvelables en 2050 selon une étude qui devait être publiée la semaine prochaine mais a finalement été repoussée.

Cette étude, que le site Mediapart a publiée mercredi dans son intégralité, démontre que la France a les capacités pour produire la totalité de son électricité à partir d’énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, géothermie, etc.) et que cela coûterait environ 30% plus cher qu’avec le système actuel, mais quasiment pareil qu’avec une part de 50% pour le nucléaire comme le prévoit la loi sur la transition énergétique d’ici 2025.

La publication était prévue la semaine prochaine lors d’un colloque organisé par l’Ademe, commanditaire de l’étude, mais l’agence publique a finalement décidé de la repousser, « une affaire de quelques mois », a affirmé jeudi son directeur général délégué, Fabrice Boissier, lors d’une rencontre avec la presse.

Le sujet est sensible alors que la loi sur la transition énergétique est toujours en cours d’examen au Parlement et que l’un des points de frictions pendant les débats a porté sur la trajectoire de réduction de la part du nucléaire (75% aujourd’hui) dans le mix-électrique du pays.

L’Ademe dément que le report de la publication réponde à un quelconque agenda politique, Fabrice Boissier évoquant « des hypothèses à retravailler » apparues « suite à des consultations avec un comité d’échange » composé d’acteurs du secteur, comme EDF ou le Syndicat des énergies renouvelables.

Il s’agit notamment de l’évolution des coûts des technologies dans le futur et la capacité à mieux piloter la demande d’électricité.

Dans son cas de référence, l’étude répartit la production entre 63% d’éolien, 17% de solaire, 13% d’hydraulique et 7% de thermique renouvelable. Le coût du mégawattheure est alors de 119 euros contre 91 euros actuellement.

Des variantes sont présentées pour des situations de progrès technologiques plus poussés, un renforcement du réseau difficile et des problèmes d’acceptabilité.

Cette étude a une vocation « scientifique et technique », et « n’a pas vocation à documenter directement une politique énergétique » insisté Fabrice Boissier.

Mais pour Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, elle est « importante car c’est la première fois que l’on a un scenario national 100% renouvelables » et qui montre que « les différences de coûts sont finalement assez faibles » avec d’autres scenarios de mix.

« Plutôt que de chercher à en minimiser la diffusion, le gouvernement doit se saisir de ce rapport de l’Ademe pour accentuer les efforts en matière de transition énergétique », a regretté le parti Europe-Ecologie-les-Verts, dans un communiqué.

« Cela illustre une nouvelle fois le tabou qu’il y a à évoquer le passage du nucléaire aux énergies renouvelables », a indiqué à l’AFP le député écologiste Denis Baupin.

L’intérêt de l’étude n’est « pas l’objectif » d’atteindre 100% d’énergies renouvelables, mais « quel est, quand on se projette dans des scénarios extrêmes, le coût de chacune des énergies, quelles sont les modalités de déploiement des sources de production et l’impact sur le réseau électrique », a pour sa part précisé à l’AFP la ministre de l’Ecologie et de l’Energie Ségolène Royal.

La loi sur la transition énergétique prévoit de porter la part des renouvelables à 40% du mix-électrique en 2030.

 

© AFP

5 commentaires

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    • Oskar Lafontaine

    En tout état de cause, on a plus le choix, le réchauffement climatique nous force a écarter les hydrocarbures tout autant que le charbon, de son côté le nucléaire est bien trop cher et l’hydraulique limité en sites exploitables..
    Heureusement les coûts de mise en oeuvre des renouvelables, surtout du photovoltaïque, ne cessent de décroître, et sont même déjà devenus inférieurs, dans de nombreux cas, depuis deux ans déjà, par mégawattheure produit, à ceux du nucléaire, qu’il soit neuf ou rénové. De plus le stockage de l’électricité, individuel comme collectif, en accumulateurs lithium, petits ou très grands, est devenu une réalité technique et surtout financière, les prix ne cessant de baisser et les performances de s’améliorer. L’avenir est donc pour disposer d’électricité, aux renouvelables, et ce rapport escamoté de l’ADEME, n’existe que pour préparer les esprits, à l’abandon progressif, mais néanmoins accéléré du nucléaire, comme les récents « nouveaux » déboires, de l’EPR, qui ne seront jamais que la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
    Les anti-nucléaires triomphent sur toute la ligne.

  • […] rapport 100% énergies renouvelables. Une électricité 100% verte en France est possible selon une étude de l'Ademe. Le 100 % renouvelable en France, pourquoi pas ? | EurActiv.fr. Une France avec 100 % […]

    • Oskar Lafontaine

    Ce que l’ADEME, agence gouvernementale, donc prisonnière, qu’elle le veuille ou non, des diktats d’EDF, ne précise pas, mettant sur un pied d’égalité éolien et solaire photovoltaïque, c’est que le débat pour produire de l’électricité évolue vers un choix entre les deux principaux renouvelables. La question n’est plus de savoir s’il est économique ou non, et donc plus rationnel, de produire l’électricité à partir du nucléaire ou des renouvelables, le marché mondial ayant déjà choisi en faveur des renouvelables, mais bien de savoir s’il est raisonnable de miser à la fois sur l’éolien et le solaire pour remplacer le nucléaire, nucléaire condamné en tout état de cause, car devenu le moyen, de loin le plus onéreux jamais imaginé, pour produire de l’électricité, une fois que tous ses coûts dissimulés, et ses risques immenses, sont intégrés au calcul du prix final de vente de son électricité.
    Or question prix, le photovoltaïque est en train d’écraser l’éolien, ce dont peu de monde a conscience. Les coûts du photovoltaïque sont en effet divisés par deux tous les cinq ans, quand ceux de l’éolien, et de loin, ne peuvent suivre une telle désescalade.
    Par ailleurs les oppositions à l’éolien, pour des motifs respectables, sérieux et à prendre en considération, ne peuvent que s’amplifier, alors que les oppositions au photovoltaïque sont quasi inexistantes.
    Enfin, les pouvoirs publics, surtout en France, englués dans les schémas du passé, sur la question de l’électricité comme sur toutes les autres, préfèrent l’éolien qui doit obligatoirement recourir au réseau et donc aussi, faire rentrer de la TVA dans les caisses de l’Etat, plutôt que le photovoltaïque, qui va progressivement le priver, et inéluctablement, de cet impôt sur l’électricité.
    En définitive c’est la question du recours, obligatoire ou non au réseau, qui devient la plus importante, et donc qui sera décisive.
    Car dans le prix, facturé au consommateur individuel d’électricité, le transport du courant est plus important, 50 % contre 30%, que celui de sa production. De plus, hors réseau, on a plus à acquitter la TVA sur le courant consommé, 20%.
    Il en résulte que le tandem photovoltaïque+accumulateurs, le tout en individuel et non raccordé au réseau, présente, et présentera de plus en plus, et de loin, le meilleur rapport qualité-prix.
    En Allemagne, du fait des taxes qui incluent, en plus de la TVA, le remboursement des frais de réalisation des éoliennes et installations photovoltaïques, posées à une époque où les coûts en étaient bien plus importants qu’aujourd’hui, le courant auto-consommé, donc ne transitant plus par le réseau, est devenu très rentable et l’arrivée du stockage individuel par accumulateurs lithium, multiplie encore, et multipliera de plus en plus, cette auto-consommation hors réseau.
    D’ici 2020, sinon deux ans plus tôt, la baisse du coût du stockage en individuel de l’électricité photovoltaïque, couplée aux coûts devenus encore plus faibles de ces installations photovoltaïques, devrait entraîner l’autonomisation de la production et de la consommation du courant et donc un déclin accéléré, en France d’EDF et de l’utilisation des réseaux électriques.
    Dans ces conditions, d’une logique imparable, il apparaît très peu judicieux, doux euphémisme, non seulement de mettre en service de nouveaux réacteurs nucléaires, de plus très longs et onéreux à construire, mais même de simplement investir, des milliards d’euros, de 55 à plus de 100 en France sur 10 à 15 ans, pour simplement permettre à ceux déjà construits, de tenir 10-12 ans de plus dans des conditions de sécurité administrativement satisfaisantes, mais toujours humainement, compte tenu des risques apocalyptiques, insuffisantes. D’ailleurs EDF ne s’y trompe pas, qui diffère, à priori aux calendes grecques, les débuts de l’opération, très onéreuse, qu’elle nomme « grand carénage » de modernisation et mise aux normes, de ses vieux réacteurs.

    • Picheau

    Je suppose que les entreprises qui fabriquent les batteries au plomb et acide sulfurique ne polluent pas…Idem pour l’électronique de régulation ainsi que du convertisseur 12V (ou 24V) –> 240V. Les composants électroniques utilisent entres autres des « terres rares » (voir tableau périodique des éléments ou dit « de Mendeleiev ») qui contribuent à la pollution des sols et des eaux dans les régions où ils sont produits. Remarquez, c’est à l’étranger, donc, je suppose qu’on s’en F…
    Et que dire du rendement réel (pas ceux supposés qu’on nous sert..) des éoliennes ou des panneaux solaires, fussent-ils monocristallins ou autre…Comment recycler ces produits dangereux…

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