Incendies en Australie, suivez la situation

EPR Flamanville: une anomalie pourrait condamner le réacteur

EPR

L'EPR de Flamanville en construction, le 19 février 2014 dans la Manche © AFP/Archives CHARLY TRIBALLEAU

Caen (AFP) – L’anomalie signalée mardi par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) sur la cuve du réacteur nucléaire en construction à Flamanville (Manche) risque de condamner ce réacteur ainsi que deux autres EPR en chantier en Chine, affirme jeudi l’organisation écologiste Greenpeace.

« Si les tests en cours confirment l’anomalie –et il y a de fortes probabilités qu’ils la confirment– ces EPR sont condamnés à ne pas démarrer » car les cuves, dont l’acier fait l’objet de doutes, « sont a priori irremplaçables » une fois posées, a déclaré à l’AFP Yannick Rousselet, chargé des questions nucléaires à Greenpeace France.

« Jamais au monde pour le moment on a réextrait une cuve sans détruire tout ce qu’il y a autour », affirme M. Rousselet.

Interrogé par l’AFP, le service de communication d’EDF, maître d’œuvre du chantier de Flamanville, a indiqué ne faire « aucun commentaire ».

« Les enjeux sont considérables », ajoute M. Rousselet, pour qui il s’agit du plus gros problème jamais relevé sur un EPR (réacteur pressurisé européen).

Mardi, l’ASN a annoncé qu’une « anomalie » avait été détectée à Flamanville « dans la composition de l’acier du couvercle de la cuve, et du fond de cuve », deux pièces appelées calottes.

Outre Flamanville, trois réacteurs EPR sont en construction dans le monde, en Chine et en Finlande. Or « certaines calottes des cuves des réacteurs de Taïshan 1 et 2 (Chine) ont été fabriquées par Creusot Forge, filiale d’Areva, selon un procédé similaire à celui de la cuve de l’EPR de Flamanville », a précisé mercredi le gendarme du nucléaire dans un communiqué. Ce n’est pas le cas des calottes de la cuve de l’EPR d’Olkiluoto en Finlande, qui proviennent d’un autre fournisseur.

Areva doit réaliser d’ici octobre des expertises pour confirmer ou infirmer « l’anomalie » apparue au cours de « premières mesures ».

« Un couvercle de cuve, c’est des mois de fabrication, et des coûts astronomiques, donc ça pose un problème, mais c’est remplaçable. Mais les cuves c’est complètement inenvisageable », affirme le militant. Car « quand on pose une cuve, aussitôt on met une quantité d’éléments autour, y compris des éléments bétonnés pour la fixer », selon lui.

La cuve de Flamanville a été posée en janvier 2014 avant le démarrage de la centrale prévu en 2017. Celui de Taïshan 1 est annoncé pour fin 2015.

Selon Greenpeace, « la pièce étalon sur laquelle a été détectée l’anomalie est censée valider l’ensemble des calottes » fabriquées par Creusot Forge pour Flamanville et Taïshan, mais aussi pour des réacteurs qui ne sont pas encore commandés, comme Taïshan 3 et  Hinkley Point (sud-ouest de l’Angleterre), pour lequel EDF n’a pas pris de décision définitive d’investissement.

Interrogée par l’AFP, Areva n’a « pas souhaité faire de commentaire ».

Selon Greenpeace, le géant du nucléaire, en difficultés financières, « a pris un risque industriel en décidant de faire une série de calottes » sur la base de ce même étalon.

« Sur le seul chantier EPR où Areva est maître d’œuvre, celui de Finlande, au lieu de faire les calottes en France, Areva les a fait faire par les Japonais et elles n’ont pas de problème », ajoute le militant de Greenpeace.

En 2014, Areva avait indiqué que la cuve de Flamanville avait été forgée à 80% chez Japan Steelworks et à 20% chez Areva au Creusot.

La cuve, qui pèse 425 tonnes et mesure 11 mètres de haut, est une pièce « particulièrement importante pour la sûreté » car elle « contient le combustible » et « participe à la seconde barrière de confinement de la radioactivité » après la gaine du combustible, selon l’ASN.

© AFP

 

Un commentaire

Ecrire un commentaire

    • Oskar Lafontaine

    Rien de nouveau. On sait depuis 2011 au moins, que le concept même de ce réacteur, qui devait être « moxé » à fond, d’où le terme de 3° génération, était mauvais, erroné même, et qu’il fallait, et en vitesse, retourner à l’uranium enrichi traditionnel et à la 2° génération. Les risques d’explosion, le plutonium étant très, très réactif, ayant été sous-évalués. D’où les coûts supplémentaires et les délais liés aux modifications indispensables. Le tout dans le secret pour ne pas effrayer.
    Les politiques informés, Sarkozy, puis Hollande, ont cru qu’on pouvait « faire comme ci », laisser continuer, et repasser à leur successeur la « patate chaude » de cet EPR Titanic. Mais c’est devenu trop cher, et les caisses sont vides, il faut maintenant « é c o n o m i s e r » , et même la Chine, consciente qu’elle s’est faite « rouler dans la farine », va présenter la facture à la France, pour les plans de l’EPR qu’on lui a vendus fort cher, prix secret, et dont on semble découvrir depuis peu, qu’ils ne permettaient en aucun cas, de réaliser un réacteur fonctionnel.
    L’histoire de l’acier des cuves mal coulé, n’est qu’un prétexte, il fallait bien en trouver un pour arrêter les frais, à Flamanville, à Olkiluoto en Finlande et à Taishan en Chine. Et au contribuable français de payer, après déjà les factures astronomiques de Superphénix, pour les monstrueuses erreurs renouvelées des ingénieurs du CEA, et de Framatome devenu Areva sur le concept EPR cette fois, lui aussi, et comme Superphénix, torpillé par les traîtrises ou illusions, du plutonium.
    En tout état de cause, EPR ou pas, c’est l’électronucléaire au niveau mondial, Chine comprise, qui s’effondre sous nos yeux. Il n’en restera que des montagnes de déchets radioactifs.