Une ligne électrique innovante reliera bientôt la France et l’Espagne

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La nouvelle ligne électrique souterraine reliant les deux côtés des Pyrénées sera inaugurée vendredi pour une mise en service en juin © AFP/Archives Pascal Pavani

aris (AFP) – Un ouvrage innovant qui doublera la capacité d’échange de courant entre la France et l’Espagne et encouragera le développement des énergies renouvelables: la nouvelle ligne électrique souterraine reliant les deux côtés des Pyrénées sera inaugurée vendredi pour une mise en service en juin.

Après plus de trois ans de travaux, les Premiers ministres français Manuel Valls et espagnol Mariano Rajoy couperont le cordon rouge à Montesquieu-des-Albères (Pyrénées-Orientales), alors que des essais sont déjà en cours.

« On va mettre en service une liaison qui représente un triple record technologique: un record de puissance, un record de distance et un record de tension », a souligné Didier Zone, directeur du Centre national d’expertise réseau (CNER) de RTE, le gestionnaire du réseau français à haute tension, lors d’un point de presse.

Son coût est à l’avenant: 700 millions d’euros, avec une subvention de 225 millions de l’Union européenne.

Le projet initial de construire une ligne aérienne avait été évalué à une centaine de millions d’euros, mais abandonné pour apaiser d’intenses oppositions locales.

Cette ligne souterraine à très haute tension s’étend sur 65 kilomètres, entre Baixas dans les Pyrénées-Orientales, et Santa Llogaia, en Catalogne. Outre un tunnel central de 8,5 km creusé dans le massif pyrénéen, elle comprend des tranchées couvertes de part et d’autre, et des stations de conversion à ses deux extrémités.

Elle offrira une puissance de 2.000 mégawatts à courant continu avec la technologie VSC et permettra de doubler la capacité d’interconnexion franco-espagnole en la portant à 2.800 MW.

« C’est la première fois que l’on fait du transport d’électricité sur une aussi grande distance pour une aussi grande puissance en souterrain », avec une tension de 320 kilovolts sur une nouvelle technologie de câble, a expliqué M. Zone.

L’objectif principal est de sécuriser l’approvisionnement électrique des deux pays, en jouant sur la complémentarité de leurs bouquets énergétiques et leurs profils de consommation divergents – la pointe est atteinte à 19H00 en France et vers 21H00 en Espagne.

La nouvelle ligne permettra ainsi à l’Hexagone d’importer plus de courant espagnol lors des pics de consommation hivernaux. Et inversement quand les climatiseurs tourneront à plein régime en été de l’autre côté des Pyrénées.

En 2014, les échanges s’étaient traduits par un solde exportateur en faveur de la France de 3,6 térawattheures (TWh).

La production électrique française est dominée par le nucléaire, tandis que celle de son voisin accorde une part importante aux énergies renouvelables: celles-ci ont représenté 42% de la production en 2014, selon le gestionnaire du réseau espagnol REE, et leur utilisation sera améliorée grâce à l’interconnexion.

L’énergie ne se stockant pas, le fonctionnement intermittent des énergies éolienne et solaire, qui ne produisent pas forcément du courant quand on en a besoin, impose en effet d’augmenter les capacités d’échange entre les pays pour compenser les déficits et excédents de production d’électricité.

Actuellement, les quatre connexions existantes avec la France sont souvent saturées et ne permettent pas toujours d’écouler le trop-plein de production renouvelable espagnole quand elle excède la demande.

« Le renforcement de l’interconnexion va permettre cette valorisation des énergies renouvelables espagnoles pour le bénéfice à la fois des consommateurs français mais de façon plus large, des consommateurs européens », a expliqué Jean Verseille, directeur des affaires européennes de RTE.

Au niveau européen, « on estime que c’est a minima un million de tonnes de CO2 qui seront économisées tous les ans grâce à cette interconnexion », a-t-il ajouté.

RTE développe d’autres projets de liaisons transfrontalières: avec l’Italie en 2019, l’Angleterre en 2022 et une nouvelle ligne, sous-marine cette fois, avec l’Espagne vers 2022.

 

© AFP

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    • Oskar Lafontaine

    L’Espagne, tout comme le Portugal, se plaignent régulièrement depuis des années, et à Bruxelles, du manque d’interconnexions électriques entre la péninsule ibérique et la France, ce qui interdit en pratique leurs exportations d’électricité, issue des renouvelables, vers l’Europe. Et ces deux pays de la péninsule, constataient que le seul obstacle se trouvait bien du côté français où les autorités nucléaristes françaises, freinaient des quatre fers, tout en accusant, pour se dédouaner, les écologistes en France, car ils y ont bon dos, de s’opposer à la pose de nouvelles lignes. En réalité le franchissement des Pyrénées par des lignes électriques HT aériennes classiques est une aberration qui revient vite très cher, puisque en hiver, vents violents et chutes de neiges, rompent trop souvent les lignes, d’où le recours obligatoire à un tunnel.
    Qui plus est, on ne peut plus alors, en tunnel, continuer à utiliser du courant alternatif, et il faut alors passer au courant continu, victoire posthume de Tesla sur Edison, mais c’est là une autre histoire, d’où de coûteuses installations de transformations supplémentaires indispensables, des sortes de très gros d’onduleurs.
    Surtout, l’électricité éolienne et solaire étant de plus toujours moins onéreuse à produire que l’électricité nucléaire, puisque son « coût marginal de production » tend vers zéro, EDF ne pouvait plus continuer à refuser d’y recourir à grande échelle. Le bilan 2014 d’EDF en effet, publié il y a deux semaines, fait ainsi apparaître un cash-flow négatif de 4 milliards d’euros, que dissimule grossièrement (pour un comptable) et, par l’emprunt, un déficit réel d’exploitation, qui, publié comme tel, en surprendrait plus d’un en France où la propagande du lobby immonde des nucléocrateux, en 40 ans y a fait de multiples ravages de désinformation systématique dans l’opinion, et déficit, lié évidemment au nucléaire, et qui n’ira qu’en s’aggravant dans les années qui viennent.
    La France, confrontée à ces réalités financières, a bien été obligée d’accepter une augmentation des capacités de transport d’électricité par les Pyrénées, pour disposer ainsi dans le sud-ouest, d’une plus grande sécurité d’approvisionnement, grâce aux renouvelables ibériques, et surtout à un meilleur coût.
    On découvrira vite en effet, et à la surprise des non-informés des réalités, quand cette nouvelle ligne fonctionnera, que le courant y passera surtout dans le sens sud-nord…
    Et EDF pourra ainsi affronter avec plus de sérénité les pannes de ses réacteurs vieillissants et leurs travaux qui se prolongent, comme ainsi par exemple sur la centrale du Paluel en Gironde, six mois de retard supplémentaires déjà programmés sur la pose de trois nouveaux générateurs de vapeur du réacteur N°3, à l’arrêt depuis juillet 2014. Le prétexte avancé officiellement pour ce retard, soit une sombre histoire d’exigences de l’ASN, cet empêcheur de nucléariser en rond, dissimule mal en réalité, une autre cause technique plus sérieuse.

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