Méthanisation: derrière l’espoir, les déboires des agriculteurs

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Une centrale biogaz derrière une ferme à Chaumes-en-Brie le 14 février 2014 © AFP/Archives Eric Piermont

Noyal-sur-Vilaine (France) (AFP) – Faible rentabilité, contraintes: la méthanisation est loin de tenir ses promesses auprès d’agriculteurs qui espéraient arrondir leurs fins de mois et lutter contre le changement climatique en transformant fumiers et lisiers en énergie.

« C’est très coûteux en maintenance. C’est une mauvaise surprise », constate Daniel Lamoureux, éleveur de porcs près de Rennes.

En 2012, il a investi un million d’euros (dont 25% de subventions) dans un méthaniseur. Abrité sous un dôme vert accolé à la ferme, le « digesteur » transforme les effluents d’élevage en biogaz, qui sera revendu sous forme d’électricité. La ferme fournit la consommation de près de 400 maisons.

Pour l’instant, « ça soulage un peu la trésorerie », pas plus, reconnaît M. Lamoureux, qui cherchait un revenu complémentaire, faute de pouvoir agrandir son élevage porcin en raison de la réglementation environnementale.

La méthanisation agricole est pour l’instant confidentielle en France, avec 180 unités, selon le ministère de l’Agriculture, qui incite à en construire un millier d’ici à 2020.

Pour l’heure, « 60% des projets n’aboutissent pas », selon Alain Guillaume, président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs.

Parmi les déboires rencontrés, la coûteuse adaptation des machines, importées d’Allemagne, où elles ne sont pas alimentées comme en France.

A eux seuls, fumier ou lisier ne suffisent pas à produire du biogaz. Il faut rajouter de la matière végétale. Les Allemands mettent du maïs, pratique interdite en France pour ne pas concurrencer l’alimentation. Les agriculteurs français rajoutent des déchets organiques: tontes de pelouse, déchets de cantines scolaires ou de l’industrie agroalimentaire.

Facile au début, la récupération de ces matières premières l’est moins aujourd’hui.

« Avant, les industriels payaient pour qu’on les débarrasse de ces déchets. Aujourd’hui, ils savent qu’on en fait du courant, alors ils nous les vendent », souligne Francis Claudepierre, éleveur laitier des Vosges, pionnier de la méthanisation depuis 2001.

Il dénonce la montée des convoitises depuis l’augmentation des tarifs de rachat de l’électricité en 2011: « Les constructeurs ont doublé le prix des installations ».

Lui réussit tout de même à dégager des bénéfices, grâce à des années de formation en autodidacte, qui lui ont permis de construire lui-même son méthaniseur.

En outre, la méthanisation peut se révéler très chronophage.

« Il faut s’en occuper à plein temps, on a dû embaucher quelqu’un, ce n’était pas prévu », explique Alain Guillaume.

Quant au tarif de rachat de l’électricité, fixé à 20 cts du kilowatt/heure, il est trop bas pour atteindre une vraie rentabilité, estime-t-il, alors que l’investissement est souvent « le plus gros que fait l’agriculteur dans sa carrière » .

D’après une étude de la Confédération paysanne sur 30 exploitations, « seules 5-6 dégagent des résultats, toutes les autres ont des dettes énormes », explique Georges Baroni, membre du syndicat fondé par José Bové.

L’énergie produite par la méthanisation n’est composée qu’à 30% d’électricité, revendable, et à 70% de chaleur, difficilement transportable.

« Si on ne la valorise pas en l’utilisant, on la perd. Ceux qui réussissent sont ceux dont le méthaniseur alimente en chaleur une industrie agroalimentaire toute l’année: fromagerie industrielle ou abattoir. Mais pour un simple éleveur de porcs, ce n’est pas rentable », assure M. Baroni.

La situation devient parfois ubuesque pour les agriculteurs confrontés à un surplus de « digestat », le résidu obtenu après la méthanisation, qui peut servir d’engrais.

Ainsi, Alain Guillaume, pourtant président de l’Association des agriculteurs méthaniseurs, a été forcé de renoncer à ses 3.000 porcs pour vivre uniquement de la méthanisation. Il utilise désormais le lisier qu’il récupère chez ses voisins éleveurs.

A cause des limitations très strictes sur les épandages en Bretagne, il ne pouvait pas l’utiliser sur ses terres, mais pas non plus le vendre. Car le digestat est considéré comme un déchet et non comme du compost, à moins de se lancer dans une longue procédure d’homologation.

« Il a fallu faire un choix. Comme les 2 millions d’euros investis dans le méthaniseur n’étaient pas encore amortis, on a arrêté l’élevage. On s’est fait avoir », déplore-t-il.

© AFP

 

4 commentaires

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  • Ce constat très pertinent montre bien que la transition écologique ne peut pas s’appuyer uniquement sur l’introduction de telle ou telle technologie verte « magique ». Elle doit s’appuyer sur une réorganisation des activités agricoles et industrielles. Il est vain de parler de transition écologique si la maintenance des services écosystémiques en est exclue. Faut-il rappeler que notre agriculture traverse une crise d’existence sans précédent ? Sa conversion vers une agriculture respectueuse des sols et de la biodiversité (condition élémentaire de sa survie) nécessitera plus de mains d’œuvre que le modèle actuel hyper industrialisé et déshumanisé.

    • Oskar Lafontaine

    Ce que l’on découvre là n’est qu’un exemple de plus de l’immobilisme français, incapable de s’adapter et de renouveler ses modèles. Par la faute, d’abord des énarques, qui bloquent tout depuis les ministères.
    Cette technologie vient d’Allemagne, le matériel vient d’Allemagne et l’on voudrait que ça fonctionne avec des lois françaises…,c’est évidemment contraire à tout bon sens.
    Le matériel de méthanisation d’abord ne serait pas aussi onéreux si l’on en produisait en France même. Ainsi que c’est rapporté dans l’article, les fournisseurs, sans concurrence réelle, en profitent largement. C’est d’ailleurs exactement le même problème pour les panneaux solaires proposés à la vente en France, le prix en est au moins trois fois plus élevé, en France, qu’en sortie d’usine en Chine. Et c’est l’intermédiaire importateur français, souvent EDF Energie nouvelle, qui se sucre discrètement au passage. Alors que produits en France même, ou en Espagne, Roumanie etc,ces mêmes panneaux ne seraient que 30% plus cher, car leur production n’exige pas beaucoup de main d’oeuvre, et les machines indispensables, sont fabriquées…,en Allemagne !
    Qu’en dix ans en France, depuis que cette opportunité technique de la méthanisation a été proposée, on ne soit pas encore parvenue à adapter la législation sur l’épandage à ce cas particulier illustre la profondeur de notre immobilisme français. Ce qu’il reste du lisier après méthanisation n’a pourtant plus rien à voir avec le « produit » d’origine et peut être répandu en bien plus grande quantité dans les champs sans inconvénient.Mais en dix ans, la réglementation française sur ce point n’a pas changé !!!. L’énarque responsable devait dormir…
    Au moins une bonne nouvelle, cette activité industrielle nouvelle, la méthanisation, en fait prend beaucoup de temps à l’éleveur, et finalement cet éleveur de porcs préfère stopper totalement sa production de viande de porcs, et ne plus s’occuper que de méthanisation avec ce qu’il récupère de lisier chez ses voisins. Comme il y a surproduction de viande et effondrement de son prix, c’est évidemment, l’arrêt de l’élevage de porcs pour celui qui prend en charge, et à plein temps cette activité nouvelle, créatrice d’emplois, la bonne solution.
    Enfin il est curieux que le méthane obtenu soit, sur place, utilisé à produire de l’électricité, revendue à EDF, ce parasite, plutôt que d’être injecté directement dans le réseau de gazoducs. En Allemagne où il y a des dizaines de milliers d’installations de méthanisation, poser quelques kilomètres de gazoducs, de faible diamètre en plus, est économiquement réalisable et réalisé, mais en France la densité bien trop faible de ces installations ne permet pas, économiquement, les raccordements, d’où la transformation en électricité qui fait baisser encore plus l’intérêt économique du procédé.

    • chaumien

    Toujours ces théoriciens qui préconisent l’endettement pour dhypothétiques revenus.
    La nature est généreuse, utilisons-la!

  • Un modèle agricole à revoir dans son intégralité, ce n’est pas 2-3 mesurettes qui vont changer les choses et l’inéluctable, c’est à dire, la fin de notre modèle actuel lorsque le pétrole sera tari.

Un rapport de l'ONU demande la réaffectation de 470 milliards de dollars de subventions agricoles qui nuisent aux prix des denrées et nous éloignent des objectifs environnementaux et sociaux

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