Climat: avis de tempête sur l’Afrique

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Une pluie rarissime pour la saison est tombée sur le Cap Vert, nouvelle preuve d'un changement climatique en Afrique © AFP/Archives Valery Hache

Praia (Cap-Vert) (AFP) – Une pluie rarissime pour la saison est tombée sur le Cap Vert. Pour les météorologues en conclave dans la capitale de l’archipel, il s’agit d’une nouvelle preuve d’un changement climatique auquel le sous-développement rend l’Afrique particulièrement vulnérable.

Sécheresses, vagues de chaleur et inondations comme celles qui ont submergé le Malawi et le Mozambique voisins en janvier (au moins 300 morts et 400.000 déplacés): les indices se multiplient sur le continent, observent les spécialistes réunis pour la conférence ministérielle africaine sur la météorologie (Amcomet), qui s’est achevée samedi.

« Depuis 1950, neuf parmi les 10 années les plus chaudes sont les années 2000, donc le réchauffement global est visible en Afrique », remarque André Kamga Foamouhoue, chef du département Climat et environnement au Centre africain des applications de la météorologie pour le développement (Acmad), à Niamey.

« Il est beaucoup plus important que le réchauffement global moyen parce qu’aujourd’hui en Afrique, sur les années 2000, il y a beaucoup d’années où le réchauffement dépasse un degré », bien que le continent ne soit pas plus exposé que les autres aux phénomènes climatiques, précise-t-il.

« Les maisons qu’on construit en Afrique utilisent du matériau de très faible résistance parce qu’il n’y a pas beaucoup d’argent, et les gens vont construire dans des zones inondables puisque ça coûte moins cher. Donc c’est cet ensemble de phénomènes qui fait que l’Afrique est très vulnérable », explique-t-il.

Certains usagers, agriculteurs ou pêcheurs, « ne prennent pas au sérieux les messages de prévention et s’installent dans les lits des fleuves », déplore Jolamu Nkhokwe, directeur du département du changement climatique et des services météorologiques au Malawi. « Il y a des chefs de village qui, par crainte que le terrain ne soit accaparé par d’autres, s’accrochent à des zones inondables plutôt que de se déplacer en fonction des informations que nous leur donnons ».

En janvier, certaines stations d’observation ont enregistré des records de presque 400 mm de pluie en une journée. « Il faut faire comprendre aux gens qu’il y a un changement climatique et que nous devons nous attendre à davantage de précipitations extrêmes et ne plus habiter dans des zones inondables », ajoute M. Nkhokwe.

« Le message sur le changement climatique est très important », renchérit son confrère mozambicain Atanasio Joao Manhique, directeur de l’Institut national de météorologie.

« Les gens ont l’habitude de vivre à un endroit, ils y sont depuis 10 ans et ils n’ont jamais vu ça », indique-t-il. « Quand ils reçoivent l’alerte, il disent +non, l’eau n’est jamais montée jusqu’ici et cela n’arrivera pas+ ».

Selon Ousmane Ndiaye, chef du département Recherche et développement à l’Agence nationale sénégalaise de l’Aviation civile et de la Météorologie (Anacim), la sensibilisation des populations, souvent peu éduquées, est essentielle. « Il y a le problème d’incertitude dans la prévision. Quand on donne une information à quelqu’un, la première question qu’il a en tête, même s’il ne le dit pas, c’est: +est-ce que tu es sûr, est-ce que l’information est fiable?+ Parce qu’il doit prendre une décision avec ça ».

« Quand on leur dit qu’il y a une probabilité de 70% que ça arrive, les gens ne parviennent pas à comprendre, donc il faut leur expliquer en langage clair », reconnaît Ousmane Ndiaye.

Le météorologue, qui a travaillé sur la réception des messages parmi les agriculteurs, signale l’efficacité « des radios rurales » et des SMS pour les alertes et, pour les prévisions à plus long terme, des « rencontres +sociologiques+: baptêmes, décès ».

Face au changement climatique, « les pays insulaires ou soumis à des régimes climatiques variables, comme le Sahel, subissent le plus l’impact, parce qu’il y a déjà une forte variabilité » au départ, résume-t-il.

Ces prochaines années, « un enjeu très important pour l’Afrique sera l’adaptation au changement climatique », a prévenu samedi le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Michel Jarraud.
© AFP

9 commentaires

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    • Oskar Lafontaine

    Il n’y a pas que quelques pauvres africains non éduqués à ne pas prendre conscience du changement climatique, et à refuser d’entendre les mises en garde correspondantes, il y a aussi en Occident dit développé, toute une armée de climato-sceptiques indécrottables, qui vous assurent, les yeux dans les yeux, persuadés de détenir la vérité dissimulée par des méchants aux sombres calculs machiavéliques inavouables, que la température ne monte pas, ou ne monte plus.
    Avec de l’eau qui les inondera jusqu’à la racine des cheveux, ils continueront à vous soutenir que le réchauffement climatique n’y est pour rien, et que ce sont les « écolos » qui déforment les faits pour se faire de la pub et s’enrichir sur leur dos. Car il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

    • jipebe29

    Ce qui compte, mon cher Oskar, ce sont les observations. Bien sûr, le climat (ou plutôt les climats, selon la classification de Köppen) sont changeants par nature depuis la nuit des temps. Mais, si les mesures prouvent qu’il n’y a plus de RC depuis 18 ans, alors que le taux global de CO2 continue à monter linéairement, ce n’est pas du GIECoscepticisme, mais la réalité des faits.Si elles prouvent que la montée des océans (de 1,5 mm/an selon les marégraphes et de 3 mm/an selon les mesures satellitaires) ne s’accélère pas, ce n’est pas du scepticisme, mais la réalité des faits.

    Utiliser quelques événements météorologiques régionaux, comme le fait cet article, cela ne prouve rien, ni un RC, ni un refroidissement. C’est ce que l’on appelle du cherry picking, technique de propagande largement utilisée par les adeptes du RCA, qui est utilisée pour masquer la réalité des observations…

    • jipebe29

    Mon cher Oskar,
    On peut être soucieux de la protection de l’environnement sans toutefois gober n’importe quelle ânerie.
    Ecolo (non politique…), oui, mais endoctriné, non.

    Est-ce bien clair?

    • Oskar Lafontaine

    Contrairement à ce que vient d’écrire ci-dessus jipebe 29, la température a bel et bien continué à monter, mais plus lentement. De plus, l’important ce ne sont pas les températures mesurées en surface, car la chaleur non évacuée vers l’espace sous forme d’IR est tout simplement allée s’enfouir sous la mer, au fond des océans, et pas partout uniformément, et océans qui en conséquence, se dilatent, d’où la montée des eaux plus rapide depuis une vingtaine d’années et effectivement mesurée. Et toute cette chaleur dissimulée dans les océans finira forcément par ressortir, même si c’est dans un siècle seulement. En attendant elle modifie déjà, par adoucissement de l’eau de mer, des courants marins. Le gulf Stream ainsi a déjà ralenti depuis une quinzaine d’années et transporte donc moins de chaleur vers l’Europe; c’est tout en ensemble de changements en cascade qui est ainsi enclenché
    Le bilan radiatif de la Terre, mesuré par des satellites spécialisés est lui sans appel, la Terre reçoit effectivement plus de chaleur du soleil, qu’elle n’en renvoie vers l’espace. Et il faut bien que cette chaleur aille quelque part. D’autre part le CO² n’est plus seul en cause, maintenant le méthane des zones arctiques est entré dans la danse, rejeté en masse par quelques petits degrés en plus de la température de certaines zones océaniques polaires.
    On sait déjà que, lors des déglaciations géologiques que connaît la Terre, c’est l’entrée dans la danse du méthane, qui accélère, et à grande vitesse, quelques années ou dizaines d’années seulement, le phénomène de réchauffement initié, lors de déglaciations géologiques, par un léger changement de l’orientation de la Terre sur son axe. Et en quelques décennies seulement, ce qui n’est rien à l’échelle des temps géologiques. Le CO² en excès, et d’origine anthropique cette fois, a joué, depuis un siècle et un peu plus, le même rôle que la modification de l’inclinaison de l’axe de la Terre, il a amorcé un processus de réchauffement par libération du méthane, et nul ne sait maintenant jusqu’où ira ce fameux processus qui revoie le CO² au rôle de simple hors d’oeuvre introductif.
    L’homme n’est plus acteur d’un processus qu’il a bel et bien enclenché, il en devient un simple spectateur, car même l’arrêt total en moins de dix ans, ce qui demeure une pure vue de l’esprit, serait maintenant insuffisant pour enrayer le processus d’amplification du réchauffement par le méthane arctique.

    • jipebe29

    La montée des océans est, depuis plus de 100 ans, de 1,5 mm/an selon les marégraphes et de 3 mm/an selon les satellites (mesures « harmonisées), depuis 1990. Dans les deux cas, aucune accélération n’a été observée.

    • jipebe29

    Oskar, lisez le document « Climat, 22 vérités qui dérangent » et le document « équations effet de serre », rédigé par un physicien.

    http://dropcanvas.com/#f4915J5BMuS64O

    Vous y trouverez les réfutations à votre commentaire.

    • Oskar Lafontaine

    Les mesures de températures que vous me citez ne tiennent pas compte des températures des masses océaniques, 100 mètres, par 100 mètres. Elles ne sont il est vrai, pas mesurées presque partout et systématiquement depuis aussi longtemps que les températures de surface. De plus nul ne peut sérieusement contester, que l’on assiste, dans notre hémisphère, à une montée vers le nord d’espèces marines, plantes et poissons. Même les oiseaux sont concernés. J’ai pu personnellement visiter en Angleterre, du côté de Luton à l’ouest de Londres, une exploitation viticole qui produit un vin blanc très acceptable et le propriétaire m’a confié son espoir de bientôt produire aussi du rouge. Dans le sud de la Suède, où je me rends aussi chaque année, à Oskarshamn, et depuis trente années, au minimum le nombre de jours de neige annuel a baissé de 30 %.
    Quant à la montée des océans elle est au moins attestée, en plus des mesures effectuées, et celles dont je dispose ne sont pas les vôtres, par le recul des plages, en Europe comme dans le Pacifique, l’Océan Indien et j’en passe. Il n’y a guère que les plages de la mer Morte et celles de la mer d’Aral qui grandissent…, hélas !

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