Pétrole bon marché: une chance plutôt qu’un obstacle pour le climat ?

pétrole bon marché

Une raffinerie de pétrole à Galveston, au Texas, le 22 septembre 2005 © AFP/Archives Robert Sullivan

Paris (AFP) – La chute du prix du pétrole est-elle un handicap dans la lutte contre le réchauffement de la planète, qui implique de se détourner des énergies fossiles? Pas forcément, estiment les experts qui y voient même une opportunité pour l’action en faveur du climat.

Le prix du baril – moins de 60 dollars actuellement, soit la moitié de sa valeur six mois plus tôt – peut certes favoriser la consommation dans les transports (14% des émissions de gaz à effet de serre mondiales).

« On roule plus et on est plus enclin à acheter des véhicules consommant beaucoup », note Pascal Canfin, expert climat auprès du centre de recherche World Resources Institute.

Mais pour la production d’énergie (35% des émissions mondiales), un pétrole bon marché ne va pas forcément concurrencer les énergies renouvelables (éolien, solaire, hydraulique…).

« Dans la plupart des marchés, les renouvelables ne sont pas en compétition avec le pétrole, mais avec le gaz naturel et le charbon », explique Alden Meyer, expert à l’Union of Concerned Scientists, institut basé à Washington.

« Le sujet c’est: est-ce que la baisse du prix du pétrole va avoir un impact sur le prix du gaz et du charbon? Et si le gaz baisse, prendra-t-il la place du charbon ou des renouvelables? On a aujourd’hui, plus de questions que de réponses », souligne M. Canfin.

Beaucoup plus tangible en revanche, un pétrole peu cher réduit immédiatement les profits des compagnies pétrolières, qui, de Shell à Total, ont annoncé des réductions de leurs dépenses d’exploitation et d’exploration. Un bon point pour le climat, ces investissements déterminant en partie les émissions de demain.

Début janvier, la banque spécialisée Evercore IS a ainsi évalué entre 10 et 15% la chute des investissements pétroliers dans le monde en 2015. En Amérique du nord, où les sables bitumineux sont plus coûteux à exploiter et en Arctique, où les opérations sont beaucoup plus lourdes, les coupes seront encore plus marquées.

Ce contexte, ajouté à une baisse continue des tarifs des renouvelables et à la pression internationale croissante pour limiter les activités émettrices de gaz à effet de serre, pourrait annoncer un tournant pour l’industrie de l’or noir.

« La place du pétrole dans le mix (bouquet) énergétique est en train de changer », relevait mi-janvier l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Codirecteur de l’Institut Grantham de recherche sur le changement climatique (London School of Economics), Dimitris Zenghelis insiste sur la croissante prise en compte du « risque carbone » par les investisseurs: « Les marchés sont conscients qu’une production et une consommation illimitées de pétrole sont incompatibles avec les objectifs climatiques et que cela représente un risque important ».

Pour les experts, l’effet d’un pétrole bon marché dépendra aussi et d’abord de l’usage que les politiques en feront.

« Si les gouvernements utilisent les faibles prix du pétrole pour réformer leurs subventions aux énergies fossiles ou pour mettre en place des taxes environnementales, alors la baisse du prix est une excellente nouvelle pour le climat », explique Stéphane Hallegatte, économiste senior à la Banque mondiale, qui contribua en 2014 au rapport des experts mondiaux du climat (Giec).

L’idée est de ne pas répercuter complètement la baisse du prix sur la facture des consommateurs: soit en introduisant des taxes, type taxe carbone, dont le produit serait affecté à l’action climatique, soit en réduisant – lorsqu’elles existent – les subventions aux énergies fossiles. Selon l’AIE, ces subventions ont atteint 550 milliards de dollars en 2013.

« Il y a là une opportunité en faveur de nouvelles politiques pour aider à réduire les émissions » de CO2, abonde Dimitri Zenghelis. « Reste à voir si les gouvernants sauront en profiter », ajoute-t-il. L’Egypte, l’Inde ou l’Indonésie ont déjà annoncé des projets de réforme de leurs subventions.

Quant aux négociations onusiennes, qui se poursuivent cette semaine à Genève en vue d’un accord universel pour lutter contre le dérèglement climatique, elles ne devraient pas s’en trouver affectées. Leur « objectif est de s’accorder sur une trajectoire crédible pour réduire les émissions vers zéro d’ici la fin du siècle, de lancer un signal économique fort aux investisseurs, aux ménages, aux entreprises », rappelle M. Hallegatte, pour qui le prix du pétrole n’y « change pas grand chose ».

 

© AFP

4 commentaires

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    • Oskar Lafontaine

    Ce qui, selon moi, est surtout à noter dans ce texte, c’est que le recours au nucléaire pour disposer d’énergie, n’est même plus cité ou simplement évoqué. Il ne peut s’agir d’un oubli.
    C’est bien là une démonstration de plus que cette technologie nucléaire, devenue hors de prix et donc non concurrentielle, en plus d’être intrinsèquement effrayante, n’a plus d’avenir. La lutte contre le réchauffement climatique, grâce au nucléaire, souvent évoquée, fin des années 1990 et début des années 2000, lutte où le nucléaire était présumé devoir jouer un rôle de premier plan, ne fait plus partie de la discussion sur l’avenir énergétique de la planète dans la perspective climatique. Les prix respectifs de l’emploi du gaz, du charbon et des renouvelables pour disposer d’électricité, demeurent seuls en lice pour les choix éventuels des politiques, comme des décideurs économiques, les seconds finissant toujours d’ailleurs, par imposer leur point de vue donc leurs choix, technologiques, aux politiques.
    D’où l’aspect futile, inutile, de gaspillage et d’amusement de la galerie, de ces politiques navigant de conférences sur le climat d’un continent à l’autre en prises de positions généreuses devant les caméras, pour se mettre en scène et se donner une importance, que sur ce sujet, comme sur tant d’autres, au final, ils n’ont pas.

    • gege

    Oskar, vous êtes un peu aveuglé par votre lutte contre le nucléaire…. je ne parle que de votre interprétation du texte. S’il n’y est pas fait allusion au nucléaire, c’est tout simplement qu’on ne dit pas qu’on va manquer de pétrole…donc d’énergie, au contraire la question est de savoir si le pétrole étant moins cher il pourrait remplacer le gaz et le charbon…., on ne dit pas qu’il pourrait remplacer le nucléaire (je ne remplacerai pas ma bouteille de gaz pour la cuisine par du pétrole, et encore mois par du nucléaire) Actuellement je ne pense pas que les centrales au charbon soient mieux, j’ai pu constater dans les années 70 comment, en 3 ans la chaufferie au charbon de la caserne toute neuve ou j’ai passé un an, avait complètement fait rouiller les grilles qui l’entouraient…ça devait aussi faire d’autre dégâts je suppose!!!!, j’ai aussi posé des antennes pendant quelques années, et j’en ai changé pas mal qui elles avaient été rongées par les gaz des cheminées…mais en Allemagne ils sont bien contents de nous acheter du nucléaire les jours de pointe et le solaire a ses limites (135 Kwh produits en décembre avec une installation 3 Kwc…450 en aout quand on ne se chauffe pas!)

    • Oskar Lafontaine

    Gege, vous êtes très mal informé des réalités économiques actuelles du nucléaire, et c’est bien dommage. Rien qu’en consultant, aujourd’hui lundi 16 février 2015, page 25, le journal économique et non pas écologique Les Echos vous y apprendriez qu’EDF réduit la voilure sur le nucléaire, diffère ses investissements, les étale dans le temps, que les ouvriers dans les usines d’Areva s’en inquiètent, etc.
    Le bilan d’EDF, publié la semaine dernière a été salué en Bourse, par une chute de 3.98 % de l’action EDF, un jour où la Bourse montait pas mal. C’est que le déficit d’exploitation y avait été dissimulé par des emprunts d’Etat.; Soit 3,6 milliards d’apparent bénéfice d’un côté et plus de 4 milliards de cash-flow négatif de l’autre. et il n’est pas nécessaire d’être un grand comptable, pour comprendre ce que cela signifie.
    Partout dans le monde le nucléaire régresse, les investissements en nucléaire dans le monde n’atteignent même pas 10% de ce qui est réalisé en renouvelables, éolien et photovoltaïque.
    L’électronucléaire c’est du passé, la France, avec le nucléaire, s’est engagée sur une voie de garage, et le pire est encore à venir. Alors les grilles d’une caserne qui rouillaient…le solaire photovoltaïque rafle la mise, il est devenu, en 2014 jusqu’à 3 fois moins onéreux par mégawattheure produit que ce même mégawattheure que produira, peut-être un jour, car rien n’est moins sûr l’EPR de Flamanville. Le watt nucléaire(investissement de départ uniquement) de l’EPR proposé aux anglais, qui ne sont pas vraiment enthousiastes,ressort à, tenez-vous bien, 10 euros, division du prix de 16 milliards d’euros par la puissance en watt d’un EPR. Le watt crête photovoltaïque sur panneau sorti d’usine est à moins de 50 centimes d’euros, c’est 20 fois moins cher, il n’y a pas photo, l’électronucléaire est complètement enfoncé.

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