Le Sénat d’accord pour limiter la part du nucléaire à 50%, mais sans fixer de date

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La centrale nucléaire de Bugey, à Saint-Vulbas © AFP/Archives Jeff Pachoud

Paris (AFP) – La commission des Affaires économiques du Sénat s’est déclarée d’accord jeudi pour limiter à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité, mais sans fixer de délai, contrairement au projet de loi sur la transition énergétique qui prévoit 2025, conformément à une promesse de campagne de François Hollande.

« Nous préférons être pragmatiques », a déclaré Ladislas Poniatowski (UMP), le rapporteur du texte qui sera examiné en séance à partir du 10 février. « L’amendement que nous avons adopté vise, tout en adhérant à l’objectif de diversification souhaité par le gouvernement, à assurer une transition réaliste et garante d’une croissance durable ».

« La réduction progressive de la part du nucléaire ne doit ainsi pas mettre en péril notre indépendance énergétique ni le caractère à la fois compétitif et peu carboné de notre électricité », a-t-il ajouté. Il préconise à la place de la fermeture dès à présent de centrales « encore sûres et économiquement profitables » la réduction du parc de réacteurs lorsque ceux-ci arrivent en fin de vie.

« 2025, c’est demain », a souligné l’élu de l’Eure. « Si le gouvernement maintient sa position, je lui demanderai de prendre ses responsabilités et de nous dire quels réacteurs, sur quels critères, et où veut-il fermer ».

Parallèlement, la commission présidée par Jean-Claude Lenoir (UMP) a préconisé le relèvement du plafonnement de la capacité de production du nucléaire à 64,85 GW au lieu de 63,2 GW prévus dans le texte de loi, afin que la mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche) ne se traduise pas, dès 2017, par l’arrêt de deux réacteurs supplémentaires.

Ces amendements ont été votés par l’UMP, les centristes, le RDSE (à majorité PRG) et les communistes. Les socialistes et les écologistes ont voté contre.

En ce qui concerne les bâtiments, alors que le texte prévoit une isolation par l’extérieur, les sénateurs ont préféré laisser aux maires la liberté de décider en matière de technique d’isolation de façade lors d’un ravalement.

La commission a par ailleurs considéré qu’il y a un oubli dans le texte en ce qui concerne les énergies renouvelables: la biomasse qui peut être développée sur tout le territoire.

Par ailleurs, elle a décidé que le parlement se prononcerait chaque année sur l’évolution de la contribution au service public de l’électricité (CSPE), qu’elle a qualifiée de « préoccupante », et qu’elle soit recentrée sur le seul financement des énergies renouvelables. « Cette cotisation représente un montant supérieur à l’ISF et tous les Français la paient », a souligné Jean-François Husson (UMP). « Il faut que la représentation nationale reprenne la main sur elle ».

Contrairement à l’Assemblée nationale où le texte a déjà été adopté en première lecture, le travail préparatoire au Sénat a été réparti entre deux commissions: affaires économiques et développement durable.

Le Sénat a accordé aux maires la possibilité d’étendre les limitations de vitesse inférieures à 50 km/h à l’ensemble des voies de la commune. Est prévue aussi l’établissement d’un schéma de développement des aires de covoiturage. Un rapport devra faire le bilan des émissions de particules fines, y compris au titre de l’abrasion, c’est-à-dire au cours des freinages.

La commission a proposé aussi d’inscrire la définition de l’obsolescence programmée dans le code de la consommation et son contrôle par la DGCCRF. Elle généralise le tri à la source des biodéchets et supprime l’interdiction de la vaisselle jetable en imposant son tri sélectif.

Elle demande aussi que la presse participe au financement de la filière de recyclage papier, actuellement à la charge des seules collectivités locales, à l’exception de la presse d’information politique générale.

© AFP

 

Un commentaire

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    • Oskar Lafontaine

    Le décalage est assez impressionnant entre les réalités techniques et économiques, pourtant bien établies et les analyses politiques des uns et des autres.
    Le recul du nucléaire en France, comme partout dans le monde, pour des raisons financières et techniques, devrait être assimilé par les politiques, or il n’en est rien. Les politiques en ce domaine évoluent en marge des réalités.
    Le parc nucléaire français vieillit, il est de moins en moins concurrentiel et produit trop souvent à pertes. Les travaux de rajeunissement envisagés et même annoncés, pour le maintenir en état de fonctionnement, sont constamment différés par EDF, qui n’en a pas les moyens, financiers d’abord, ni même simplement humains, par impossibilité de trouver assez de personnel compétent.
    La montée en puissance des renouvelables dans la production, même en France, grignote inexorablement des parts de marché à EDF, puisque le coût marginal de production des renouvelables, est bien plus faible que celui du nucléaire, car il nécessite beaucoup moins de personnel et ne consomme aucun combustible, hors de prix et qu’il faut importer, comme le gaz ou l’uranium, le vent et le soleil étant gratuits d’usage.
    Les investissements dans le nucléaire sont en baisse exponentielle dans le monde, et ceux dans les renouvelables, en hausse, tout aussi exponentielle.
    Ce ne sont pas les députés et sénateurs, ni même le Président de la République ou encore EDF, qui décideront de l’arrêt de tel ou tel réacteur, mais bien les pannes, trop onéreuses à réparer et qui s’y produiront inévitablement.
    Quant au nucléaire neuf, EDF n’en a pas en commande, et depuis quatre ans déjà, pour la bonne raison que le coût d’investissement dans le nucléaire neuf, tel qu’il ressort du dernier tarif publié par Bruxelles, début janvier, Bruxelles qui a eu à se pencher sur le problème,pour un tel projet en Angleterre, est bien trop élevé comparé à la concurrence des renouvelables. Ainsi le prix d’un EPR s’élève à 16 milliards d’euros selon Bruxelles, pour 1600 MW de puissance et au minimum sept ans de travaux, alors que la même puissance en photovoltaïque est tombée à moins de 20 fois moins, et la production effective d’électricité sur une période d’un an, pour le même investissement de base, reste au minimum trois fois moins onéreuse en photovoltaïque, qui a de plus des perspectives réelles d’amélioration de ses coûts, dont ne dispose pas le nucléaire et n’entraîne en prime, ni risques, ni déchets.
    Les sénateurs peuvent donc bien voter ce qu’ils veulent en ce domaine, et le Président de la République faire les annonces qu’il veut, ils ne décideront au final, strictement rien en ce domaine, qui a ses propres règles économiques.

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