Royal relance le débat sur l’avenir du nucléaire en France

débat sur le nucléaire

La ministre de l'Ecologie et de l'Energie, Ségolène Royal, le 22 décembre 2014 à Paris © AFP/Archives Patrick Kovarik

Paris (AFP) – Ségolène Royal a estimé mardi nécessaire de construire de nouveaux réacteurs nucléaires en France pour remplacer certaines vieilles centrales, fermant ainsi la porte à une sortie de l’atome et alors que le gouvernement s’est engagé à réduire la part de cette énergie dans le mix électrique français.

Pour assurer la sécurité du nucléaire, « il faut programmer la construction d’une nouvelle génération de réacteurs, qui prendront la place des anciennes centrales lorsque celles-ci ne pourront plus être rénovées », a déclaré la ministre de l’Ecologie et de l’Energie dans un entretien publié mardi par le magazine spécialisé Usine Nouvelle.

C’est la première fois qu’un membre du gouvernement évoque la possibilité de construire de nouveaux réacteurs en France.

Pour Ségolène Royal, il s’agit aussi d’un revirement, alors que pendant la primaire socialiste en 2011, elle avait exprimé le souhait de ramener le nucléaire « à une énergie d’appoint » et s’était prononcée pour une sortie du nucléaire en France à « échéance de 40 ans maximum ».

Elle promettait même l’abandon de la construction de l’EPR de Flamanville (Manche) et la reconversion du site.

Depuis son entrée au gouvernement en avril 2014, elle a porté l’engagement présidentiel, inscrit dans la loi sur la transition énergétique, bientôt examinée au Sénat, de réduire la part du nucléaire dans la consommation finale d’électricité à 50% à horizon 2025 contre 75% aujourd’hui.

Le projet de loi limite également la capacité nucléaire de la France à 63,2 gigawatts, son niveau actuel.

Avec la mise en service prévue en 2017 de l’EPR de Flamanville (Manche), la centrale de Fessenheim, doyenne du parc nucléaire français, devrait ainsi fermer, conformément à une promesse de campagne de François Hollande.

La déclaration de Mme Royal a donc suscité mardi des interrogations, notamment sur ce que pourrait être cette nouvelle génération de réacteurs.

Le Réseau Sortir du nucléaire s’est ainsi demandé « par quoi Ségolène Royal compte-t-elle remplacer les réacteurs existants, alors que l’EPR apporte chaque jour une démonstration de fiasco économique et industriel ? Propose-t-elle de parier sur une hypothétique génération de nouveaux réacteurs qui n’existe que sur le papier ? »

Pour Arnaud Leroi, directeur Energie à Paris du cabinet de conseil Bain & Company, trois options sont possibles: soit la construction d’un « EPR optimisé par les retours d’expérience » des premiers chantiers en cours à Flamanville, en Finlande ou en Chine, soit « une version de l’EPR de 1.000 mégawatts » contre 1.600 MW pour celui de Flamanville, ou « d’un réacteur de génération 4 », c’est-à-dire sans combustible.

La ministre devrait apporter des précisions jeudi à l’occasion de ses voeux à la presse, a-t-on indiqué au ministère de l’Ecologie et de l’Energie.

Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot estime cependant que « la vraie question est de savoir comment vont être fermés un certain nombre de réacteurs à mesure que la consommation électrique va baisser », et les énergies renouvelables monter en puissance.

L’enjeu est également le coût de la construction de nouveaux réacteurs alors qu’EDF a déjà évalué à 55 milliards d’euros d’ici 2025 les investissements pour son plan dit de « grand carénage » qui comprend les travaux de maintenance et de modernisation du parc français qui comprend 58 réacteurs répartis sur 19 centrales.

« Plutôt que de se lancer dans la construction de nouveaux réacteurs qui sont des installations extrêmement coûteuses, pour un prix du kilowattheure très cher et pour un uranium importé, mieux vaut s’engager dans les énergies renouvelables », a plaidé le député écologiste Denis Baupin, pour qui ce genre de débat doit « de toute façon s’ouvrir devant la société ».

A l’inverse, pour les professionnels du secteur, la déclaration de la ministre a rassuré sur l’avenir de la filière française. « C’est important de construire de nouveaux réacteurs car on a besoin en France d’être au meilleur de la technologie d’autant plus que le marché de la rénovation est énorme dans le monde », a commenté la déléguée générale de la Société française d’énergie nucléaire, Valérie Faudon.

Une telle déclaration a en effet de quoi satisfaire les entreprises françaises du secteur, EDF et Areva en tête, en proie à un marché de l’atome morose au niveau mondial.

A la Bourse de Paris, l’action d’EDF a clôturé avec un bond de 5%, s’installant en tête de l’indice CAC 40 en hausse de 1,47%.

© AFP

 

 

2 commentaires

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  • Ségolène Royal fait un « deal », donnant-donnant, dans lequel l’écologie ne tirera pas nécessairement bénéfice, en l’occurrence les énergies nouvelles. La promesse de François Hollande, arriver à 50 % en énergie nucléaire, se résume, encore un fois, à de la propagande politique. EDF a signé une commande pour la construction d’un gigantesque barrage en plein cœur de l’Amazonie où elle participe financièrement à plus de 70 %. alors cette entreprise dit ne pas avoir la capacité de remettre à niveau son parc nucléaire qu’elle dit exiger 58, voire 90 milliards d’euros de travaux d’entretien, alors que la carte des risques sismiques revue et corrigée implique de nouvelles normes. Que croire, qui croire ? On nage dans le flou absolu, le déni.

    • Oskar Lafontaine

    Ségolène Royal ne relance rien du tout et certainement pas la question sur le nucléaire qui s’est réglée toute seule,depuis cinq ans, par la solution du prix,comme de la concurrence imbattable des renouvelables. Les délais bien trop longs, donc aussi plus chers (le temps c’est de l’argent) de mise en oeuvre de cette lourde industrie nucléaire dépassée, quand tout s’accélère en technologie et dans tous les domaines avec l’informatisation généralisée, ont eu raison des derniers doutes, et l’électronucléaire est ainsi, et très discrètement, devenu bon pour le musée des technologies du passé.
    Car il n’était qu’artificiellement compétitif, et sur le papier seulement, pour produire de l’électricité, du fait de ses coûts cachés, trop longtemps dissimulés, ce qui autorisa, des calculs politiciens aidant, au long des années, et en France surtout, une présentation comptable acceptable bien que fausse, donc trompeuse.
    Maintenant ces coûts dissimulés de l’électronucléaire, démantèlements, déchets et délais bien trop longs de mise en oeuvre, ont fini par être clairement perçus de tous les décideurs économiques, ils ont été démasqués, au moins par l’arrivée de la concurrence des renouvelables, et le glas a donc sonné pour l’électronucléaire, mais il n’est pire sourd, que celui qui ne veut pas entendre la vérité.
    La simple comparaison des derniers investissements réalisés en 2014 dans le monde entre les renouvelables, solaire et éolien, et le nucléaire, est une condamnation sans appel du recours à l’atome, qui n’a pas même pu obtenir 20 % seulement du montant de ce que les renouvelables ont décroché des financiers, et encore ne s’agissait-il là, pour le nucléaire, que du coût de la poursuite de travaux décidés il y a des années, qui s’éternisent, et qu’il faut bien pourtant terminer, au moins pour justifier de les avoir commencés, ainsi Flamanville.
    Le débat maintenant, s’il devait y en avoir un, pour produire de l’électricité, porte plutôt sur le choix entre solaire, dont les coûts continuent de descendre, avec une division par deux tous les trois à cinq ans et l’éolien qui plafonne en baisse de coûts. Il est devenu clair, aux yeux des spécialistes et des économistes, un peu au fait de ces questions, que le photovoltaïque solaire écrase tout et continuera d’écraser toute la concurrence, il sort en effet de la compétition, nucléaire contre renouvelables, grand vainqueur par KO.
    L’arrivée surtout du stockage individuel de l’électricité produite en photovoltaïque, dans des accumulateurs domestiques dont la baisse des coûts de production s’accélère, dans la foulée des avancées technologiques pour les voitures électriques, rendra même obsolète, dès 2020, car alors technologie devenue moins onéreuse, le recours aux réseaux de distribution et aux inquiétantes et médicalement très problématiques, lignes à haute tension qui relient encore provisoirement et traditionnellement, producteurs et consommateurs.
    Madame Ségolène Royal fait de la politique, se cherche des électeurs, et les diverses solutions techniques applicables, aujourd’hui et même dès demain matin, pour disposer au niveau du consommateur, d’une électricité abondante et de prix bas, ne font pas, à priori, un programme électoral grand générateur de voix pour 2017, alors que caresser les nostalgiques du passé, qui en connaissent encore moins qu’elle sur la question, dans le sens du poil, est par contre beaucoup plus porteur d’espoirs électoraux

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