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Le Royaume-Uni croit toujours au nucléaire malgré les soucis des champions français

Londres (AFP) – Le Royaume-Uni parie plus que jamais sur le nucléaire pour répondre à ses besoins énergétiques et croise les doigts pour que les déboires des champions français du secteur ne mettent pas en danger ses projets.

Les travaillistes avaient donné dès 2008 le feu vert au renouvellement progressif du parc des centrales. L’objectif a été confirmé par le gouvernement actuel du Premier ministre conservateur David Cameron malgré la catastrophe de Fukushima, au Japon en mars 2011.

A l’inverse d’autres pays européens comme l’Allemagne, le Royaume-Uni compte donc toujours sur l’atome pour répondre à une partie de ses besoins et réduire ses émissions de dioxyde de carbone en partie responsables du réchauffement climatique.

« Le public et tous les grands partis politiques soutiennent dans l’ensemble le nucléaire et nous avons des industriels prêts a relever le défi », a salué Hergen Haye, directeur des nouveaux projets nucléaires au ministère de l’Énergie jeudi lors d’une conférence à Londres.

Plusieurs groupes énergétiques – tous étrangers – veulent construire dans le pays au moins dix réacteurs répartis dans cinq centrales.

Le projet le plus avancé est celui du géant français EDF, qui prévoit la construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point dans le sud-ouest de l’Angleterre pour une mise en service en 2023.

Le gouvernement a obtenu l’approbation de la Commission européenne et EDF espère que la décision finale d’investir pourra être prise au premier trimestre de 2015.

Mais les graves déboires financiers du concepteur du réacteur EPR, Areva, ainsi que les retards et surcoûts du chantier EPR de Flamanville dans le nord-ouest de la France ont aussi soulevé des craintes sur l’avenir du projet britannique.

Areva avait renoncé en novembre à l’un de ses principaux objectifs pour 2014 et suspendu l’ensemble de ses perspectives financières pour les deux années suivantes. EDF a pour sa part encore reporté le démarrage de Flamanville, qui devait à l’origine démarrer en 2012 et n’est plus attendu désormais avant 2017.

« Sur les quatre EPR commandés dans le monde, les deux prévus en Chine sont en retard tandis que les EPR français et finlandais sont pour leur part extrêmement en retard et bien au-delà du budget », observe Steve Thomas, professeur de politique énergétique à l’université de Greenwich.

« Donc il y a gros à parier que les réacteurs britanniques ne seront pas construits au prix prévu et à l’heure », ajoute l’expert.

Vincent de Rivaz, directeur général d’EDF Energy, la filiale britannique du géant français de l’électricité, assure cependant le contraire.

« Le coût de Hinkley Point C n’a pas augmenté d’un penny à cause du retard annoncé à Flamanville », dont les raisons « ne sont pas propres au design de l’EPR ou à son opérabilité », a-t-il déclaré.

« Personne ne doit douter du fait qu’une solution sera trouvée » aux problèmes financiers d’Areva, a-t-il ajouté, soulignant l’engagement du gouvernement français en faveur du groupe public.

Reste encore à boucler le tour de table, alors qu’EDF doit détenir 45 à 50% de Hinkley Point C, contre 30 à 40% pour ses alliés chinois CGN et CNNC et 10% pour Areva.

Les discussions seraient compliquées en raison des exigences chinoises mais Vincent de Rivaz assure qu’elles progressent normalement.

A plus long terme, EDF n’est pas le seul sur les rangs pour profiter d’un climat britannique favorable à l’atome.

Le gouvernement britannique a ainsi signé cette semaine un accord de coopération avec le français GDF Suez et le japonais Toshiba pour aider au financement de leur projet de construction de la plus grande centrale nucléaire du pays.

© AFP

2 commentaires

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    • Jeannin

    Le tarif d’achat de l’électricité nucléaire de l’EPR anglais, valable pendant 35 ans, est indexé depuis 2012 sur l’inflation britannique.

    http://energeia.voila.net/electri2/nucleaire_grande_bretagne.htm

    Une solution plus raisonnable et moins coûteuse sur la durée, plus rapide à réaliser aussi et sans risque, c’est de développer davantage le solaire, l’éolien et la biomasse.

    Avec un peu de stockage hydraulique. Certaines côtes sont d’ailleurs adaptées à la construction de STEP marines (voir les projets de Lampérière) ou à des bassins avec des hydroliennes lorsque le marnage des marées est important.

    • Oskar Lafontaine

    Depuis 2007, début de la construction de l’EPR de Flamanville, son coût officiel de construction est passé de 3,3 milliards d’euros à 8,5 en décembre 2012, et on attend toujours la nouvelle augmentation, d’au minimum 500 millions d’euros, suite au report officiel d’un an, 2017 au lieu de 2016, non pas de la mise en service mais seulement du début des essais, annonce d’EDF le 6 novembre 2014, la pleine puissance, 1650 MW n’étant maintenant espérée, et non pas garantie, que pour 2018, dans trois ans au moins, sauf nouvelles difficultés.
    Même en Chine, où l’on nous affirmait que tout allait bien, on apprend maintenant qu’il y a aussi du retard dans la construction de leurs deux EPR. Et l’on évoquera que pour mémoire le cas de l’EPR d’Olkiluoto en Finlande, dont le chantier semble bel et bien être à l’arrêt.
    La puissance réelle qu’atteindra l’EPR, à Flamanville comme en Chine, ne devrait toutefois pas dépasser, sinon seulement atteindre, 1500 MW, contre 1650 claironnés depuis le début du projet il y a déjà 23 ans au moins. Ceci en raison du renoncement au « mox » , et un « mox » renforcé en plutonium, comme combustible nucléaire, officiellement seulement pour le premier chargement en combustible…on peut en douter…la cuve, fabriquée au Japon, semblant plutôt optimisée maintenant, pour du traditionnel uranium enrichi seulement…Et comme on ne peut pas changer une cuve de réacteur nucléaire….
    Depuis 2007 par contre le coût des panneaux solaires photovoltaïques à été divisé par presque cinq, et la baisse se poursuit. Où se situera le prix du panneau solaire en 2023 ? Bien plus bas encore, c’est la seule certitude. Mais déjà, pour une zone ensoleillée comme la Provence en France, le mégawattheure photovoltaïque est ainsi devenu au moins moitié moins cher que le mégawattheure nucléaire modèle EPR, s’il fonctionne un jour !
    Pour l’Angleterre moins ensoleillée, le nucléaire semble encore présenter un intérêt, mais avant huit ans, délai incompressible pour la construction d’un EPR, le coût du photovoltaïque aura encore baissé sensiblement et le stockage individuel en accumulateur sera devenu la règle, probablement même imposée par la loi pour des raisons de sécurité d’approvisionnement, les réseaux devenant fragiles et trop coûteux à renforcer par rapport au stockage individuel.
    Donc les EPR d’Hinkley Point, resteront des projets, qui auront quand même coûté à EDF, à ce jour au moins, plus de un milliard d’euros en frais de publicité et d’explications en Angleterre. C’est même à se demander si ce n’était pas là, piquer de l’argent à EDF en publicité et explications, le seul véritable objectif des anglais en nous faisant miroiter cette commande, à laquelle on ne peut plus croire que de moins en moins chaque jour qui passe.