La filière du nucléaire inaugure son salon du Bourget

Paris (AFP) – Le premier salon mondial de la filière nucléaire s’ouvre mardi au Bourget, près de Paris, avec des visées sur l’important potentiel du marché de l’atome malgré la catastrophe de Fukushima et les protestations d’ONG écologistes.

Le « World Nuclear Exhibition », qui débutera le jour du vote de la loi sur la transition énergétique à l’Assemblée, mettra à l’honneur, jusqu’à jeudi, toutes les composantes de la filière civile, de l’amont jusqu’à l’aval, du cycle du combustible au démantèlement des centrales en passant par la gestion des déchets et les applications médicales.

Les organisateurs attendent jusqu’à 10.000 visiteurs professionnels et près de 500 exposants français et étrangers, des poids lourds du secteur aux petits sous-traitants, qu’ils veulent soutenir dans la conquête de nouveaux marchés.

Ils misent sur une moisson de petits contrats, plutôt que sur des engagements majeurs.

« On ne vend pas des centrales nucléaires comme on vend des avions. Mais il y a beaucoup d’autres contrats, dans des domaines très divers comme la radioprotection, les composants et la maintenance, qui pourraient être signés », espère Gérard Kottmann, le président du WNE.

« Quand on dit +filière française+, on pense Areva, EDF, Alstom ou GDF Suez, mais il y a tout un tissu industriel aux technologies de pointe derrière. Beaucoup des 2.500 entreprises du secteur recensées sont des PME, voire des TPE », souligne-t-il.

La construction de nouvelles centrales a subi un coup de frein après la catastrophe de Fukushima, en 2011 au Japon, mais les perspectives restent prometteuses grâce aux besoins énergétiques de pays développés, à la maintenance et à la nécessaire adaptation des infrastructures existantes aux nouvelles normes de sûreté.

Le « grand carénage » d’EDF aiguise ainsi les appétits. Le groupe prévoit pour 55 milliards d’euros de travaux de maintenance et de modernisation de ses 58 réacteurs français à l’horizon 2025, pour pouvoir prolonger leur durée de vie au-delà de 40 ans.

« C’est un très gros marché. La filière française a prévu de procéder à 110.000 embauches dans les 10 ans à venir pour pallier les départs à la retraite, mais aussi pour faire face aux besoins du marché de la maintenance en France », soutient M. Kottmann.

Outre les grands équipements, il y a les travaux de services. « Ce secteur se porte bien et se portera encore mieux. C’est lié au vieillissement du parc nucléaire français, mais tous les pays ayant un parc d’un certain âge offrent des perspectives de développement », explique Arnaud Leroi, directeur Energie à Paris du cabinet de conseil Bain & Company.

Début 2014, 435 réacteurs étaient opérables dans le monde (en incluant les 50 réacteurs japonais arrêtés), selon la World Nuclear Association (WNA), et de nouvelles installations sont à prévoir.

« Par rapport à la situation prévalant avant Fukushima, des projets ont été différés ou annulés, mais un certain nombre continuent de vivre », indique Colette Lewiner, experte énergie auprès du président de Capgemini, citant les ambitions de l’Arabie saoudite, de l’Inde, de la Russie, de la Turquie ou encore du Brésil.

La WNA estime à 1.200 milliards de dollars (950 milliards d’euros) le montant des investissements dans la construction de nouvelles centrales jusqu’en 2030.

A elle seule, la Chine pourrait ériger 120 réacteurs d’ici à 2030. Sur les quatre réacteurs EPR du français Areva actuellement en construction, deux le sont dans ce pays par EDF.

L’Afrique du Sud, qui prévoit aussi de s’équiper de nouveaux réacteurs, a confirmé vendredi qu’elle s’apprêtait à signer un accord de coopération avec la France pour le développement du nucléaire civil.

L’horizon s’éclaircit aussi en Europe, avec l’approbation par Bruxelles du projet contesté de construction d’une centrale par EDF à Hinkley Point, en Angleterre, qui pourrait inspirer d’autres pays comme la Pologne, estime Gérard Kottmann.

Environ 500 défenseurs de l’environnement, selon la police, ont manifesté samedi à Paris contre le WNE, car ils considèrent l’atome comme un handicap pour la France.

« Le nucléaire est un secteur en déclin face au développement croissant des filières renouvelables. Avec son obstination pour le nucléaire, la France navigue à contre-courant et se prive de nombreuses opportunités », déplore Greenpeace France.

L’association souligne qu’en 2013, les investissements mondiaux dans l’éolien ont atteint 215 milliards de dollars (170 milliards d’euros), cinq fois plus que ceux du nucléaire.

© AFP

2 commentaires

Ecrire un commentaire

    • Oskar Lafontaine

    C’est le premier et le dernier salon de ce genre. Son organisation n’est qu’une sorte de chant du signe d’une technologie en train de mourir. Les chiffres parlent d’eux- même, le nombre de réacteurs en « sévices » dans le monde est bien tombé largement en dessous de 400 et,compte tenu de la vieillesse, de l’antiquité même du parc nucléaire américain, ce nombre va continuer à chuter fortement dans les cinq ans qui viennent.. Quant aux 50 réacteurs japonais à l’arrêt, les inclure dans le nombre total est pitoyable, deux étant totalement détruits à Fukushima et le gouvernement japonais lui-même n’envisageant même pas d’en faire redémarrer une vingtaine seulement, et, en dépit de ses annonces depuis plus d’un an, aucun ne redémarre, tant l’opposition des populations japonaises à cette technologie apocalyptique y atteint des sommets.Même à Taîwan, cette année, un réacteur terminé, n’est pas mis en « sévices » compte tenu de l’opposition résolue des populations et le gouvernement de Taîwan a annoncé publiquement y renoncer définitivement.
    Les ambitions chinoises tout comme indiennes dans cette technologie dépassée demeurent très limitées, les nouvelles commandes, même aux industriels de leurs pays respectifs se font attendre. Pour la Chine la production électrique nucléaire n’atteint même pas 5% de sa production totale d’électricité et les 29 réacteurs en construction, nombre qui ne bouge plus depuis plus de cinq ans, et dont l’achèvement n’est même pas garanti, n’y changeront rien en pourcentage, tant la croissance de sa production électrique par ailleurs, spécialement dans les renouvelables, s’y développe. Le Brésil n’a que des projets, le nucléaire russe patine au point que le pays, pour conserver son industrie est obligé d’offrir gratuitement la construction de ses réacteurs à l’exportation, situation qui sera très vite intenable, surtout compte tenu de la situation financière calamiteuse du rouble. En tout état de cause la Russie n’a même pas encore réussi à placer ainsi 5 réacteurs qu’elle donne, même le VietNam a « différé » sa décision sur deux réacteurs russes ainsi offerts de plusieurs années, ce qui équivaut à un renvoi aux calendes grecques..
    Le photovoltaïque est même en train de dépasser l’éolien en installations nouvelles chaque année, tant ses prix, sa simplicité et sa rapidité d’installation séduisent. Une usine de panneaux nucléaires se monte en six mois seulement et l’arrivée du couple, du tandem, panneaux solaires + accumulateurs de stockage performants et bon marché achèvera de ruiner le nucléaire ou plutôt l’électronucléaire, dans les cinq ans puisque le coût du stockage d’un kilowattheure, avec les percées dans les batteries pour véhicules électriques, permettra dès la fin de la décennie en cours d’en ramener le coût, à un niveau inférieur à celui du transport par un réseau électrique,de ce même kilowattheure, réseau au demeurant impossible à installer et à faire surveiller par une police contre les vols et destructions liées à divers troubles, dans la majorité des pays en développement.

    • Oskar Lafontaine

    C’est bien la fin pour l’électronucléaire, ce salon mondial de la dernière chance est un échec complet, il y a même plus de protestataires que de visiteurs. Quelques journalistes, des professionnels… et des dizaines de flics en civil pour traquer d’éventuels manifestants. Quelle pitié !
    Depuis 1998 l’installation de panneaux photovoltaïques croît de 35% par an dans le monde, à ce rythme le nucléaire sera dépassé avant trois ans ou moins de quatre ans.
    De plus un successeur au silicium, pour les cellules solaires, semble se frayer un chemin crédible : la pérovskite. En laboratoire elle atteint déjà 20 % de rendement et sa fabrication, très simple, revient de 5 à 7 fois moins cher que celle de cellules en silicium monocristallin. Déjà que les cellules actuelles produisent l’électricité pour moins cher que le nucléaire type EPR, qui se traîne lamentablement a plus de 110 € le mégawattheure, alors qu’aucun EPR n’a encore seulement pu être démarré à ne serait-ce que 1% de sa puissance théorique !!!! De là à envisager sérieusement que l’EPR soit un futur mort-né….il n’y a pas loin.