L’Allemagne entérine le remaniement de sa transition énergétique

Berlin (AFP) – Les subventions aux énergies renouvelables vont baisser en Allemagne en vertu d’une loi adoptée vendredi, destinée à remettre sur les rails une transition énergétique victime de son succès et très critiquée.

C’est, aux côtés du salaire minimum, le premier gros projet du gouvernement Merkel III, entré en fonction fin 2013. Présenté en janvier par le ministre de l’Economie et de l’Energie Sigmar Gabriel, le texte a fait l’objet d’un intense marchandage, en Allemagne et avec Bruxelles.

L’enjeu est ni plus ni moins de donner un nouveau souffle à la transition énergétique, « tâche herculéenne » comme l’a rappelé mercredi Angela Merkel, mais qui suscite « de plus en plus de scepticisme dans le reste du monde », a reconnu le même jour M. Gabriel.

L’Allemagne a pris à la fin des années 90 le tournant des renouvelables en instaurant un généreux régime de subvention des énergies vertes. Un mécanisme qui a porté ses fruits – 27% de l’électricité consommée dans le pays au premier trimestre était issue de renouvelables – mais coûte cher. Les consommateurs financent le système par une taxe imposée à chaque kilowatt-heure produit et consommé, soit un surcoût de plus de 20 milliards d’euros par an.

La nouvelle loi réduit de manière substantielle les subsides accordés aux énergies propres, et prévoit que, graduellement, le courant produit par vent et soleil, qui doit représenter à l’horizon 2050 80% de la consommation totale, se soumette aux mécanismes du marché. Pour le moment il est prioritaire dans l’approvisionnement du réseau et n’entre pas en concurrence avec le charbon ou l’atome.

« Nous réduisons les coûts, c’est absolument nécessaire », s’est justifié M. Gabriel devant les députés.
« Premier pas dans la bonne direction » pour la fédération BDEW, qui représente essentiellement les producteurs conventionnels, la réforme signe l’arrêt de mort des renouvelables aux yeux de ses critiques, Verts et associations d’énergies propres et de protection de l’environnement.

Le député vert Oliver Krischer a qualifié M. Gabriel de « boule de démolition » des énergies renouvelables lors du débat parlementaire vendredi.

En attendant que les renouvelables montent davantage en puissance, et, alors que l’Allemagne éteint un à un ses réacteurs nucléaires, le charbon a la part belle (45,5% en 2013) dans la production de courant. Ce qui s’est traduit ces deux dernières années par une hausse des émissions de dioxyde de carbone du pays et écorne son image de pionnier de la protection de l’environnement.

« Pour nous, il est difficile d’imaginer comment vous allez remplir vos engagements de réduction d’émissions de CO2 », faisait remarquer cette semaine à Berlin le patron du norvégien Statoil, Helge Lund.

« On ne peut pas sortir en même temps du charbon et du nucléaire », rétorque M. Gabriel, alors que les résistances notamment à l’exploitation à ciel ouvert du lignite se font très fortes en Allemagne.

L’énergie est aussi une grosse pomme de discorde au niveau européen.

La loi votée vendredi sera sans doute immédiatement contestée par Bruxelles puisque, malgré des mois de négociations, un point important fait toujours débat: pour la Commission, l’application de cette taxe de soutien aux renouvelables sur le courant importé, y compris le courant vert, est une forme de barrière douanière, incompatible avec le marché libre.

La détérioration des relations avec Bruxelles sur ces dossiers est d’autant plus regrettable que Berlin a encore du pain sur la planche en la matière.

« Sur une course de 100 mètres, nous n’avons fait que les 10 premiers », a reconnu M. Gabriel, dont les services doivent maintenant se pencher sur un mécanisme de capacité, la question des réseaux, ou encore la coordination européenne d’une transition énergétique pour le moment très unilatérale. Autant de « questions systémiques (qui) ont été complètement laissées de côté », reconnaît M. Gabriel qui admet que l’Allemagne a « totalement sous-estimé » la complexité du projet.

© AFP

2 commentaires

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  • […] Les subventions aux énergies renouvelables vont baisser en Allemagne en vertu d'une loi adoptée vendredi, destinée à remettre sur les rails une transition énergétique victime de son succès et très critiquée.  […]

    • Oskar Lafontaine

    Nul ne sait encore si cette loi sera approuvée par Bruxelles dans tous ses aspects, mais en l’état c’est déjà une excellente chose puisque solaire et éolien vont enfin se retrouver sur un pied d’égalité avec les énergies traditionnelles, charbon et gaz, essentiellement en Allemagne, et ce sera l’épreuve de vérité.
    En réalité nulle inquiétude à avoir, les coûts de production de l’électricité photovoltaïque notamment, ont tellement baissé, qu’ils sont devenus, au moins en Allemagne du sud, concurrentiels avec l’atome évidemment, mais surtout avec le gaz. Notamment la priorité d’acheminement par le réseau de l’électricité solaire et éolienne va se poursuivre puisque le coût marginal de production d’électricité par ces deux renouvelables est maintenant meilleur marché que celui du gaz ou du charbon, le nucléaire étant totalement largué, en raison notamment du coût des déchets radioactifs et des démantèlement, actuellement évalués en Allemagne, à 100 milliards d’euros.
    Enfin et surtout cette baisse des subventions au solaire ne peut que pousser encore plus de foyers allemands comme d’entreprises à recourir à l’autoconsommation, c’est-à-dire à la consommation individuelle hors réseau, déjà bien lancée Outre-Rhin où elle représentait 10% de la consommation à fin 2013, contre presque rien en France. Enfin les renouvelables ont représenté 27% de la production électrique en Allemagne au second trimestre de cette année.