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Réchauffement: les risques entrevus pour l’agriculture française

Paris (AFP) – Stagnation des rendements, moindre production laitière, invasions d’indésirables: l’évolution du climat anticipée par les experts de l’ONU se traduira par plus d’inconvénients que d’avantages pour l’agriculture française qui commence déjà à revoir ses pratiques.

Dans son dernier rapport publié lundi à Tokyo, le GIEC, groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, confirme des risques de réduction de la production agricole mondiale, notamment du blé dont la progression des rendements est déjà entravée de 2% par décennie (1% pour celle du maïs) au moment où la demande mondiale augmente.

En France, le thermomètre a gagné 1,5°C en un siècle, conduisant à avancer les dates des semis et des récoltes. Or, pour l’ensemble de l’Europe, les projections annoncent « le renforcement de fréquence et d’intensité des épisodes de sécheresse et de canicules sur une bonne partie du continent », indique Jean-François Soussana, directeur scientifique « Environnement » de l’INRA (Institut national de recherche agronomique) membre du GIEC. Or en 2003, la sécheresse et la canicule avaient provoqué une perte des récoltes de 20 à 30%.

« Il faudra peut-être songer à troquer le maïs pour le sorgho, à condition d’en améliorer la qualité, pour éviter de trop recourir à l’irrigation dont les besoins vont augmenter si on conserve le système actuel », prévient-il, citant la baisse attendue du niveau des nappes phréatiques et de l’étiage des fleuves. Ce qui n’empêche pas le risque accru d’inondations, comme cette année en Angleterre et au Pays de Galles.

Les dates de vendanges ont déjà gagné 3 semaines à un mois par rapport aux dates traditionnelles. Et les chercheurs de l’INRA à Gruissan (Aude), au pied des Corbières, ont constaté que le réchauffement faisait prendre aux raisins un degré d’alcool par décennie – près de 3° en 30 ans: « D’ici la fin du siècle, reprend M. Soussana, certains cépages comme le pinot noir en Bourgogne ne pourront plus être produits dans cette région. Mais si on doit adapter les cépages, il va falloir modifier les cahiers des charges des appellations contrôlées ».

L’élevage aussi devra s’adapter: comme tous les mammifères, une vache produit plus de chaleur quand elle mange donc tend à se restreindre s’il fait chaud, réduisant sa production laitière. « On l’a vu aux Pays-Bas dès 20° sur des animaux très productifs, mais aussi sur des porcs: les gros animaux souffrent dès 21° ». M. Soussana s’inquiète aussi de l’émergence de certaines maladies comme la fièvre catarrhale ovine, véhiculée par le moucheron culicoïde qui s’est répandu en Europe depuis la Méditerranée. Ou la maladie de Lyme transmise par les tiques.

A l’inverse, relève Stéphane Ingrand, spécialiste des systèmes d’élevage à l’INRA de Clermont-Ferrand, « si le réchauffement peut s’avérer pénalisant en régions Méditerranée il serait bénéfique aux fourrages en zones de moyenne montagne ». Quitte à devoir s’adapter à une disponibilité plus précoce et prolongée à l’automne. « Il faudra sans doute adapter le calendrier des vélages pour en profiter », juge M. Ingrand.

Pour les bovins, l’INRA conduit déjà des travaux tendant à montrer que la bonne réponse au réchauffement serait de maintenir la « diversité au sein du troupeau, chaque individu ayant sa propre réponse face au stress » dit-il. Pour les volailles, les chercheurs étudient des variétés plus tolérantes à la chaleur: par exemple, explique Anne Collin à l’INRA de Tours, en favorisant des variétés génétiques à plumes frisées ou cou-nu (sans plumes) à l’instar des Israéliens, qui sont allés jusqu’à des poules sans plumes.

« Une étude a montré qu’à 32°C, la croissance d’un poulet de chair était réduite de 30% et la production d’oeufs de 20% » indique la chercheuse. L’autre piste, poursuit-elle, est de sélectionner les individus capables d’une meilleure autorégulation de leur température interne, déterminée par une surveillance infra-rouge des zones sans plumages comme la  crête, les pattes et la face. Cette option est encore expérimentale, précise la chercheuse.

© AFP

 

5 commentaires

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    • de Failly

    Maintenant il n’est plus temps de discuter sur la qualité ou les méthodes
    des observations scientifiques, mais urgent d’appliquer les mesures de sauvetage préconisées.
    Hélas il y aura encore de ces imbéciles qui vont contredire le rapport et dire que tout va bien.

    Il serait intéressant de faire une étude de l’impact du changement climatique sur le comportement social des gens.

      • therese DELFEL

      Oui, et plus intéressant encore de commencer à repenser notre mode de vie pour ralentir le réchauffement climatique voire le stopper. Ce ne sont pas les scientifiques ni la science qui vont redonner de la vie à la vie, mais tous les habitant(e)s de la Planète, humains autant qu’animaux, retrouvant leur juste place et rôle et cessant de vouloir tout accaparer et avaler. Comme « le voyage de mille lieues commence par un pas » (Lao Tseu) faisons chacun(e) ce pas vers une agriculture LOCALE, BIO, de SAISON et qui commence même dans notre jardin, seul moyen de relocaliser l’agriculture, de la sortir des griffes des consortiums et de la technologiser jusqu’au point d’explosion de l’équilibre planétaire ! Ce n’est pas en produisant du lait en France, en en faisant à coups d’énergie nucléaire de la poudre et en l’expédiant en Chine qu’on résoudra la question de l’agriculture face au réchauffement climatique !

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