L’élevage de pythons en captivité, une piste pour l’industrie du luxe

Paris (AFP) – L’industrie du luxe, grande consommatrice de peaux de python, pourrait avoir intérêt à développer l’élevage de ce serpent pour « réduire la pression que subissent les populations » sauvages en Asie, selon un rapport présenté lundi à Paris l’initiative du groupe Kering.

La demande pour les peaux de pythons va crescendo depuis 20 ans, note Jean-Christophe Vié, de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Sur 1.600 espèces de serpents, « 12% sont menacées car elles sont sur-utilisées pour la médecine, leur viande ou leur peau », dit-il.

Si le marché officiel des peaux de python est évalué à un milliard de dollars, celui du braconnage pèse à peu près autant, relève John Scanlon, secrétaire général de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES).

Plus de 500.000 peaux de pythons sont vendues chaque année, issues de deux espèces principales d’Asie du Sud-Est, le python birman et le python réticulé. Les peaux, selon leur qualité, se négocient autour d’une trentaine de dollars le mètre, alors qu’un python d’un an mesure environ 3 mètres de long.

Le Vietnam, l’Indonésie et la Malaisie sont les principaux pays fournisseurs. La Chine et la Thaïlande produisent aussi. Ou encore le Cambodge et le Laos, mais dans ces pays la provenance des peaux est jugée opaque.

Les peaux passent à plus de 70% par Singapour, et leurs destinations sont surtout l’Italie, la France et l’Allemagne.

« Le principal résultat de nos recherches, c’est qu’il est effectivement possible d’élever des pythons en captivité pour leurs peaux », a expliqué Daniel Natusch, l’un des auteurs du rapport et membre du Groupe d’experts Boas et Pythons de l’UICN.

Le python birman provient déjà à 99% de fermes d’élevage, contre seulement 25% des peaux de python réticulé.

L’élevage de pythons permet aux populations locales d’asseoir leur subsistance, en faisant vivre des villageois et des fermiers (puis des tanneurs, des exportateurs, etc).

Mais pour les populations et communautés locales, « l’élevage en captivité en cycle fermé génère moins de bénéfices économiques que les autres systèmes de production de python (par exemple, capture dans la nature), à condition que ces derniers soient durables », relève le rapport.

L’élevage ne doit pas « miner les efforts faits pour protéger l’espace de manière responsable, en ce qu’il encouragerait trop peu la protection des pythons sauvages et de leur habitat », relève le rapport.

Dans un monde idéal, il faudrait donc à la fois développer l’élevage de pythons et encourager des pratiques de capture écodurables.

Les questions sont nombreuses, relèvent les experts. On ne connaît pas le nombre de fermes ni leur emplacement. Et il faudrait parvenir à tracer l’origine des peaux.

« On ne sait pas si une partie des pythons vendus en captivité ne sont pas prélevés illégalement dans la nature », indique M. Natusch.

Il faudrait aussi pouvoir contrôler les fermes, ce qui suppose l’engagement des autorités locales. « Et voir si une peau est braconnée n’est pas facile », souligne M. Scanlon.

Ce rapport est la première manifestation concrète du partenariat conclu en novembre entre Kering — dont la marque phare Gucci est l’une des plus grandes consommatrices de peaux de pythons dans le monde –, l’UICN et le Centre du commerce international (ITC), qui dépend l’Organisation mondiale du commerce et des Nations unies.

Ce partenariat vise à « faire évoluer l’ensemble du secteur » vers plus de durabilité, a souligné Marie-Claire Daveu, directrice du développement durable de Kering.

« C’est le début d’une grande aventure. Notre souci est de savoir identifier comment aller de l’avant de manière très pragmatique », indique Mme Daveu, alors que Kering fait figure de pionnier en matière de développement durable dans le luxe.

© AFP

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