Jeffrey David Sachs
Jeffrey David Sachs est un éminent économiste américain. Il est Directeur de l'Earth Institute, professeur de développement durable, et professeur de politique et de gestion de la santé à l'Université de Columbia. Il est également conseiller spécial des Nations Unies pour le Secrétaire général Ban Ki-moon. De 2002 à 2006, il a été Directeur du Projet du Millénaire des Nations Unies et Conseiller spécial auprès du Secrétaire général Kofi Annan sur les Objectifs de développement du Millénaire. Sachs est également Président et co-fondateur de Millenium Promise Alliance, un organisme à but non lucratif, visant à mettre fin à l'extrême pauvreté dans le monde.
Repenser le système d’aides au développement agricole
31/07/2009 10:56 am
Et si l’aide agricole pouvait être mieux utilisée ? Les petits paysans sont paradoxalement les premiers à souffrir de sous-nutrition dans le monde. En laissant aux agriculteurs le soin de disposer des méthodes modernes et en réduisant toute la bureaucratie présente derrière l’aide internationale, il serait possible de sortir des millions de personnes de la misère.
L’initiative proposée lors de la dernière rencontre du G8 à L’Aquila en Italie de consacrer 20 milliards de dollars américains aux petits exploitants agricoles est une percée quasi inédite dans la lutte contre la faim et l’extrême pauvreté. Habilement gérée, cette somme fera monter en flèche la production alimentaire africaine. En effet, cette nouvelle initiative, associée à celles relevant des domaines de la santé, de l’éducation et des infrastructures, pourrait être la plus grande avancée vers la réalisation des « Objectifs du millénaire pour le développement », l’action internationale visant à réduire de moitié l'extrême pauvreté, la faim et les maladies d’ici à 2015 .
J’ai piloté le projet du millénaire des Nations Unies visant à atteindre les objectifs du millénaire pour le développement de 2002 à 2006 pour le secrétaire général de l’époque Kofi Annan. Les « petits exploitants agricoles » formaient l’une des pierres angulaires du projet. Cette expression fait référence aux familles de paysans d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Asie, dont l’exploitation ne dépasse pas un hectare (soit 2,5 acres). Ils comptent parmi les foyers les plus pauvres au monde. Et, comble de l’ironie, malgré leur production alimentaire, ils sont aussi les plus affamés.
Ils ont faim car ils n'ont pas les moyens d'acheter des semences à haut rendement, de l’engrais, des appareils d’irrigation ou d’autres outils nécessaires à l’augmentation de leur productivité. Par conséquent, leur production est maigre et ne suffit pas à leur subsistance. Leur pauvreté entraîne une faible productivité agricole et cette faible productivité agricole renforce leur pauvreté. Ce cercle vicieux est aussi connu sous le terme de « piège de la pauvreté ».
Le groupe de travail onusien Hunger Task Force , dirigé par deux éminents scientifiques, M. S. Swaminathan et Pedro Sanchez, s’est penché sur la façon dont rompre ce cercle vicieux. Le Hunger Task Force a montré que l’Afrique pouvait augmenter sa production alimentaire de manière substantielle si les petits exploitants étaient soutenus sur le plan agricole. Le projet « Millénaire » recommandait aussi à cet effet d’augmenter considérablement l’enveloppe mondiale. Sur la base de ce travail et d’autres découvertes scientifiques connexes, Annan a lancé un appel en 2004 pour une révolution verte africaine, fondée sur un partenariat élargi entre l’Afrique et les pays donateurs.
Nombre d’entre nous ont travaillé dur dans cette direction, notamment le secrétaire général actuel de l’ONU Ban Ki-moon, qui n’a de cesse d’insister sur l’urgence si spéciale suscitée par les crises alimentaire, financière et énergétique des deux dernières années. L’annonce faite au G8 est le reflet de ces années d’effort, sans oublier bien sûr l’impulsion donnée par le président Barack Obama, le premier ministre espagnol Jose Luis Zapatero, le premier ministre australien Kevin Rudd, le président de la Banque mondiale Robert Zoellick, le commissaire européen Louis Michel, le parlementaire Thijs Berman et tant d’autres.
La clé du succès réside désormais dans la concrétisation de ces efforts. L’histoire nous l’a clairement montré. Fournir des semences et de l’engrais aux petits exploitants à un prix très avantageux (voire gratuit dans certains cas) a un effet durable. Non seulement le rendement augmente à court terme, mais les exploitants sont ensuite en mesure d’utiliser leurs revenus en hausse et leur meilleure santé pour cumuler davantage d’atouts : encaisse, nutriments pour le sol, fermes d’animaux et enfants en bonne santé et éduqués.
Cette abondance d’atouts permet ensuite d'instaurer des marchés de crédit locaux, comme la micro-finance. Les agriculteurs peuvent acheter des ressources, de leur propres liquidités ou en empruntant sur la base de leur capacité à rembourser qui s’est alors améliorée.
Malgré le consensus désormais atteint sur le fait qu’il fait aider les petits exploitants, des obstacles demeurent. Le risque principal réside dans le fait que nombre d’institutions s’enlisent et piétinent dans la bureaucratie. Elles se démènent tant pour trouver ces 20 milliards de dollars que la majeure partie de la somme se retrouve consacrée aux réunions, consultations d’experts, frais généraux, rapports et autres meetings. Les partenariats entre les donateurs s’avèrent très coûteux et retardent l’action véritable.
Pour un résultat probant, les gouvernements donateurs devraient prendre l'argent des mains d'une trentaine ou plus d'institutions d'aide et le concentrer dans un ou deux endroits seulement, en toute logique à la Banque mondiale à Washington et au Fonds international de développement agricole (FIDA) à Rome. Le compte de l’une de ces agences, ou les deux, serait alors crédité de quelques milliards de dollars.
Le gouvernement des régions touchées par la famine, notamment en Afrique, pourrait ensuite soumettre un plan d’action détaillant la manière dont il utiliserait les fonds pour obtenir des semences à haut rendement, de l'engrais, de l'équipement, des silos et des conseils adaptés aux exploitants locaux appauvris. Un expert indépendant passerait en revue les divers plans nationaux pour vérifier leur cohérence scientifique et gestionnaire. Si les propositions sont acceptables, de l’argent serait débloqué rapidement à cet effet. Tout programme national serait surveillé, audité et évalué après coup.
Cette méthode est directe, efficace, fiable et saine sur le plan scientifique. Deux initiatives qui y ont recours sont déjà couronnées de succès : l’Alliance mondiale pour les vaccins et l’immunisation, qui réussit à fournir des vaccins aux jeunes enfants et le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme qui soutient des plans d’action nationaux pour combattre ces maladies mortelles. Tous deux ont sauvé des millions de vies aux cours des dix dernières années et mis en lumière une nouvelle méthode d'aide au développement très scientifique et d’autant plus efficace.
Pas étonnant que les agences de l’ONU et celles des pays riches combattent cette méthode. Car à l’origine du différend se trouve bien trop souvent une question d’influence plutôt que la manière d’aider les pauvres le plus rapidement possible. Obama, Rudd, Zapatero et d’autres dirigeants clairvoyants peuvent donc changer le cours des choses s’ils tiennent leur promesse faite au G8 et insistent pour que l’aide au développement soit efficace. Il faut dépasser la bureaucratie pour porter assistance là où c’est nécessaire : dans le sol cultivé par les paysans les plus pauvres du monde.
Belle opportunité pour petits agriculteurs
Jeffrey D. Sachs
Copyright: Project Syndicate, 2009.
www.project-syndicate.org
Traduit de l’anglais par Aude Fondard
Vous avez apprécié cet article ?
Inscrivez-vous à notre newsletter Rejoignez notre groupe Facebook Suivez-vous sur Twitter| Maya |
Super idée..... Bravo, belle idée que d'offrir des "semences à haut rendement et des systèmes d"irrigation". Comme ça, on met totalement fin à la biodiversité et on endette les petits paysans jusqu'au cou (parceque presque gratuit, ce n'est pas gratuit, tout de même). Et pourquoi ne pas se pencher sur les causes de cette pauvreté? Déjà, avant de penser "machines agricoles et systèmes d'irrigation", on pourrait se rendre compte que la plupart de ces paysans n'ont même pas de traction animale, un animal pour les aider à labourer. Ensuite, pourquoi est ce qu'ils ne retirent pas assez d'argent de leurs cultures? Et bien parcequ'ils sont obligés de les vendre au cours international, qui est totalement faussé par les aides qu'on trouve dans ce qu'on appelle "les pays développés". A quand une réflexion en profondeur et la fin de la spécialisation des pays? Il serait temps que les paysans qui souffrent justement de famine cultivent des plantes vivrières, celles qui sont adaptées à leur terre et non pas nos "OGM à haut rendement", parceque c'est quand même un peu de ça dont il est question... (d'ailleurs, qui va payer le Roudup?) C'est la première fois que je vais sur votre site. Et franchement, quelle déception! |
-
Fabrication et diffusion de cuiseurs solaires dans les pays andins -
Non aux avortements sélectifs ! -
Vive la rosée ! -
Vachement utile ! -
Reforestation à Bornéo -
Des arbres contre le désert -
Lutter contre le paludisme -
Sortir les femmes de la pauvreté -
Lumière sur les campagnes burkinabées -
Location de panneaux solaires en zone rurale
Peter Singer enseigne la bioéthique à l’université de Princeton. Il est aussi Professeur Laureate à l’université de Melvourne. Ses ouvrages récents : Animal Liberation (La libération animale),...

Ancien fondateur de Microsoft, Bill Gates dirige désormais une fondation dont l'une des missions est d'aider au développement humain.Crédit photo : © AFP PHOTO DANIEL JANIN
Créé en 1972, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE ou UNEP en anglais) est la plus haute autorité environnementale au sein du système des Nations Unies. Le Programme joue le rôle...
Joseph Eugene Stiglitz a reçu le prix Nobel d’économie en 2003. Il a travaillé pendant des années à la Banque mondiale. Il est aussi connu pour ses ouvragest : Quand le capitalisme perd la tête et La...
L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO, Food and Agriculture Organisation of the United Nations) a été créée en 1945 , son siège est à Rome depuis 1951. Elle...
Créée en 1986 par Danielle Mitterrand afin de construire un monde plus juste et plus solidaire dans lequel chacun puisse exercer sa liberté dans le respect de l’autre, la Fondation France Libertés a...
Carl Pope est l'ancien directeur du Sierra Club, l'une des plus anciennes associations écologistes des Etats-Unis. Il a notamment oeuvré en faveur d'une meilleure qualité de l'air aux Etats-Unis. ...
Hervé Gouyet est président d’Electriciens sans frontières. Depuis 1986, cette association humanitaire intervient pour fournir de l’électricité à ceux qui n’en ont pas dans les pays en voie de...
Manana Kochladze est ingénieure au CEE Bankwatch Network, une ONG qui contrôle les institutions financières internationales actives en Europe centrale et de l’est. Elle a reçu le prix Goldman pour...
Yann Arthus-Bertrand est photographe, cinéaste, et écologiste. Il s’est toujours passionné pour le monde animal et les espaces naturels. En 1991, il fonde Altitude, première agence de photographie...
Mahmoud Mohieldin est directeur exécutif au World Bank Group, et ancien ministre égyptien de l’investissement.
Tarun Khanna est directeur de l’École pour l’Initiative Asie du Sud à l’Université de Harvard, professeur à l’École de Commerce de Harvard, et membre du conseil d’administration de SKS Microfinance....
Rakesh Mani, ancien banquier d’investissement, est membre du programme d’enseignement Teach for India.
Henry I. Miller est intervenant en Sciences Politiques et en Politique publique auprès de l’Institution Hoover de l’Université de Stanford, et a travaillé pour l’Institut National de Santé américain...
Jeffrey David Sachs est un éminent économiste américain. Il est Directeur de l'Earth Institute, professeur de développement durable, et professeur de politique et de gestion de la santé à...
Susanne Lundin est professeure en ethnologie à l’Université de Lund en Suède.
George Soros, milliardaire et philanthrope, dirige le Fond de gestion Soros et l’Institut Open Society. Photo : © AFP PHOTO / ERIC PIERMONT
La journaliste Priya Shetty est spécialiste des questions du monde en développement, notamment la santé, les changements climatiques et les droits de l'Homme. Elle tient un blog, Science Safari, sur...
Le réseau Science et Développement est une organisation à but non lucratif reconnue œuvre de bienfaisance à but éducatif au Royaume-Uni . Sa mission est d’aider les acteurs économiques des pays en...
Juriste de formation, Derek Bok a d'abord enseigné le droit à l'Université d'Harvard avant d'être élu président de l’université de 1971 à 1991 puis de 2006 à 2007. Il a écrit plusieurs livres, dont...
Le Réseau Sciences et Développement, aussi appelé SciDev.Net, existe depuis le début des années 2000. Au travers d'un site Internet gratuit, son objectif est d'offrir un forum d'échange sur la...
Environmental Justice Foundation est une ONG britannique fondée en 2000. Elle milite pour une plus grande justice écologiste car de l'état de l'environnement dépend la vie de millions de personnes....
Ancien président américain, Jimmy Carter est désormais à la tête d'une fondation qui participe à l'aide au développement en Afrique et à la lutte contre les maladies négligées.
Marc Ona Essangui est né au Gabon. Atteint d’une poliomyélite depuis son enfance, il se déplace en fauteuil roulant, un handicap qui l’a contraint à renoncer à devenir avocat car les locaux de la...
L’International Institute for Environment and Development (iied) a été fondé en 1971. Cette organisation internationale non-lucrative conduit des activités de recherches et de lobbying sur les grands...
A l’origine maître d’armes, Nathalie Durand enseigne l’escrime pour les valides et les handisports. Diplômée en management international du sport, elle mène depuis 1996 des études et des actions...
David Molyneux est professeur à l'école de médecine tropicale de Liverpool.
Consultant en environnement et développement, Fred Pearce est journaliste au New Scientist, au Boston Globe, à The Independent et à The Ecologist. Il a contribué à la rédaction de rapports du WWF, de...
Docteur d'Etat en Sciences économiques, Jacques Attali est diplômé de l'Ecole Polytechnique ; de l'Ecole des Mines ; de l'Institut d'Etudes Politiques et de l'Ecole Nationale de l'Administration....
Le directeur du New Economic Foundation (NEF) dirige le programme du Changement Climatique au Centre for Global Interdependence. Il a travaillé pour plusieurs organismes de Développement et...
Juliet Torome est auteur de livres et réalisatrice de documentaires. Elle a été la première récipiendaire du prix annuel Flaherty pour le meilleur documentaire, attribué par le magazine Ciné-source. ...
Survival est une organisation mondiale soutenant les peuples indigènes. Elle fut fondée en 1969 à la suite d'un article de Norman Lewis, dans le journal britannique Sunday Times dénonçant les...
Médecin, écologiste et militante féministe indienne, elle a fondé “Navdanya,” une association qui protège la biodiversité et les droits des fermiers. Elle dirige également le Research Foundation for...
Professeur émérite d'économie à l'Université de Lille 1, il est membre du CNIS (Conseil National de l'Information Statistique) et de la Commission Stiglitz, chargée de proposer de nouveaux...
Jean-Michel Severino est, depuis 2001, Directeur général de l’Agence Française de Développement (AFD). Diplômé de l’École Nationale d’Administration et de l’Institut d’Études Politiques de Paris,...
Analyste environnemental de reconnaissance mondiale, il a écrit une vingtaine d’ouvrages, traduits dans environ 40 langues qui traitent de sujets d’économie et d’environnement global. Il est le...