William Bourdon
William Bourdon exerce la profession d'avocat. Sa spécialité : la défense des droits de l'homme. Il a créé en 2001 l'association SHERPA qui défend les victimes de crimes commis par des opérateurs économiques. SHERPA regroupe des juristes qui offrent une assistance juridique, élaborent des plaidoyers et luttent contre les flux financiers illégaux.
Les défis de la société civile pour 2011
05/01/2011 12:26 pm
Différents évènements ont été commentés ces dernières semaines dans la grande presse nationale et internationale. Des articles publiés notamment dans le Monde se sont interrogés sur la difficulté d’établir le lien de causalité entre le fameux médicament MEDIATOR et des décès aujourd’hui évalués à plusieurs centaines. Un autre s’est fait l’écho des recherches qui établiraient que ce qui est ingurgité par nos jeunes bambins quotidiennement serait parsemé de produits cancérigènes. Dans d’autres articles, des représentants d’ONG et des économistes inlassablement s’interrogent sur le fait de savoir si le concept de finance est recevable et crédible. D’aucuns se demandent même s’il ne s’agit pas d’un oxymore.
Il y a quelques semaines, une conférence internationale s’est tenue à Saint-Petersbourg pour essayer de sauver le tigre menacé gravement de disparition. La mobilisation de dizaines de millions de dollars est envisagée.
Chaque jour, c’est un florilège d’informations contradictoires qu’il nous faut déchiffrer, décoder. Notre exigence de professionnalisme et de lucidité n’est pas toujours suffisante pour éviter le piège de l’instrumentalisation et de la manipulation.
Les défis sont d’autant plus difficiles à relever tant les problèmes posés sont complexes, alors même que leur analyse est polluée par l’anxiété qu’ils génèrent. L’ensemble conduit à des simplifications catastrophiques pour l’esprit critique et la mobilisation citoyenne.
Pour mieux comprendre les enjeux, il faut rappeler quelques évidences.
On ne s’en souvient pas, mais jusque dans les années 1980, personne n’avait jamais demandé, ni osé demander, à une entreprise de s’occuper de l’intérêt général et des biens publics.
Aujourd’hui, fleurissent sur des sites internet des fleurons du CAC 40 ainsi que du stock-exchange, mais aussi à Frankfort et à Londres, mille engagements en faveur de la biodiversité et du développement durable…
Des grands opérateurs d’eau apparaissent parfois maintenant comme les meilleurs promoteurs d’un concept qui risque ainsi de se galvauder, celui de biens communs de l’humanité. Les éléments de langage de cette nouvelle propagande se sophistiquent. Ils sont de plus en plus séduisants et bien entendu il est tout aussi imbécile de les diaboliser que de les prendre pour argent comptant.
Un exemple : au moment même où des groupes pétroliers peuvent nous convaincre – il suffit de naviguer sur leur site internet –de leurs efforts sincères pour apparaître en quelque sorte – c’est à peine caricatural – comme des bienfaiteurs de l’humanité, on apprend que certains de ces mêmes groupes ont dépensé des dizaines de millions de dollars pour essayer de discréditer les climatologues qui n’ont eu de cesse ces dernières années de tirer la sonnette d’alarme face à la menace que fait peser sur la planète et les futures générations l’aggravation de l’effet de serre.
Le monde sera sauvé, chacun peut en convenir, par le fait que de plus en plus d’acteurs économiques et parmi eux les plus puissants intégreront dans leur stratégie industrielle, économique et financière, le fait que c’est en étant de plus en plus vertueux que l’on est de plus en plus rentable.
La vertu, aux 19 et 20ème siècles, pour une entreprise, c’était faire preuve de paternalisme, de construire un orphelinat ou une salle de sport.
Aujourd’hui, la vertu, c’est d’adapter sa stratégie de façon durable et sincère aux menaces qui pèsent sur la planète, menaces qui nous renvoient à notre propre fragilité. La vertu, c’est de façon authentique pour un acteur industriel ou financier de renoncer parfois à une profitabilité et à une rentabilité immédiate en assumant pleinement les conséquences de la co-responsabilité, que revendiquent ceux qui prétendent être les nouveaux sauveurs de la biodiversité. Il y a une contradiction intrinsèque entre la logique du capitalisme financier qui est de rechercher des retours sur investissement à court terme avec ce qu’implique le fait de prétendre être les nouveaux protecteurs de l’intérêt général, c’est-à-dire de renoncer à la tyrannie du retour à court terme sur investissement.
La difficulté pour les ONG, c’est de trouver un point équidistant intelligent face à une très grande hétérogénéité de comportements et d’agendas des acteurs industriels et a fortiori financiers.
Je suis de ceux qui considèrent que la recherche du dialogue et parfois du partenariat doit être explorée inlassablement et obstinément,sans fanatisme ni angélisme. Si, pour modifier le comportement de certaines entreprises, il faut accepter de prendre le risque de l’œuf et de la poule, l’important pour rester dans les images de gallinacées est de ne pas être trop souvent le dindon de la farce.
Les partenariats d’ONG-Entreprises ou les partenariats publics-privés sont l'illustration spectaculaire de cette difficile dialectique. L’expérience des juristes de l’association Sherpa nous enseigne que le pire et le meilleur se côtoient. Là où la voie est la moins escarpée, c’est évidemment en direction des entreprises du secteur tertiaire, c’est-à-dire celles qui ne fabriquent pas de marchandises et qui encore moins n’exploitent les ressources naturelles.
Plus on se rapproche des entreprises qui exploitent des ressources dans des Etats dénués de juges ou lorsqu’ils existent sont corrompus, plus la logique du dialogue et encore plus de partenariat est périlleuse, même si elle deviendra de plus en plus possible et souhaitable. Nous sommes nombreux à croire qu’il faut multiplier les partenariats pour faire en sorte que les ateliers du Bangladesh et d’Indonésie cessent le travail des enfants dans des conditions indignes, alors même que des ballons et des vêtements pour nos enfants.y sont fabriqués
Les entreprises du secteur textile, qui multiplient les engagements volontaires, doivent assumer ces engagements autrement qui en les psalmodiant, lors des assemblées générales annuelles, mais tout au long de la chaîne fournisseur, mais également en veillant à ce qu’ils soient respectés par leurs filiales et sous-filiales. Nous le savons, un autre obstacle se présente. Plus les acteurs économiques seront sous la tutelle des 500 acteurs financiers les plus puissants au monde, tels les HedgeFunds, moins leur réactivité éthique sera grande.
Si Total, Gap, Véolia, sont de plus en plus sensibles à leur image publique, Goldman Sachs et JP Morgan sont loin d’avoir aujourd’hui cette sensibilité. A nous, acteurs de la société civile, de concilier technicité, intégrité, humilité dans l’ambition, de naviguer dans cette pluralité. Nous serons d’autant plus crédibles et inattaquables dans nos compromis, voire dans nos concessions, que nous resterons fermes sur le cœur nucléaire de nos convictions.
Les défis de la société civile pour 2011 par William Bourdon,
président de Sherpa
Texte - courtoisie de l'auteur
]
Le rédacteur en chef du site GoodPlanet Info a créé la page écologie de Courrier International et participé à la création de l'émission Vu du Ciel sur France2. Photo Marianne Rozier.

Michel Rocard a été Premier Ministre en France de 1988 à 1991. Il a été nommé en 2009 ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique. ...
Après des études d’expertise comptable, Emmanuel a passé 17 années sur le terrain du développement dans 6 pays africains en tant que volontaire, coordinateur puis responsable de programmes pour...
Patricia Espinosa Cantellano est ministre des Affaires étrangères du Mexique.
Manana Kochladze est ingénieure au CEE Bankwatch Network, une ONG qui contrôle les institutions financières internationales actives en Europe centrale et de l’est. Elle a reçu le prix Goldman pour...
Economiste de formation, Maxime Combes est membre de l'Aitec et d'Attac et est engagé dans le cadre du projet Echo des Alternatives
Arnaud Gossement est avocat au Barreau de Paris en droit de l'environnement et de l'énergie, Docteur en droit, et Maître de conférences à Sciences Po Paris. Il a également été porte-parole de France...
George Soros, milliardaire et philanthrope, dirige le Fond de gestion Soros et l’Institut Open Society. Photo : © AFP PHOTO / ERIC PIERMONT
Fondée en 1993 et présente dans 80 pays, Transparency International est une ONG qui lutte contre la corruption.
Yuliya Tymoshenko a été à deux reprises Premier ministre de l’Ukraine. Elle est à l'heure actuelle la chef de file de l'opposition.© AFP PHOTO /POOL
Journaliste et éditorialliste au Monde, Hervé Kempf écrit sur les enjeux écologiques. Hervé Kempf vient de publier L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie (Seuil), qui prolonge sur le plan de...
Yann Arthus-Bertrand est photographe, cinéaste, et écologiste. Il s’est toujours passionné pour le monde animal et les espaces naturels. En 1991, il fonde Altitude, première agence de photographie...
Benjamin K. Sovacool, professeur à l’école Lee Kuan Yew d’administration publique de l’université de Singapour, est l’auteur de Contesting the Future of Nuclear Power (Remettre en cause l’avenir de...
William Bourdon exerce la profession d'avocat. Sa spécialité : la défense des droits de l'homme. Il a créé en 2001 l'association SHERPA qui défend les victimes de crimes commis par des opérateurs...
Environmental Justice Foundation est une ONG britannique fondée en 2000. Elle milite pour une plus grande justice écologiste car de l'état de l'environnement dépend la vie de millions de personnes....
Laurent Neyret est maître de conférences en droit à l’Université de Versailles Saint-Quentin.
Yevgenia Albats est professeure de science politique à l’Université d’État de Moscou et rédactrice en chef du magazine The New Times (Novoie Vremia).
Professeur à l'Université de Gand, où il enseigne les cours de droit des médias, de droit d’auteur et de déontologie journalistique. Il dispense également le cours de droit des médias à l’Université...
Antoine F. Goetschel est un avocat, spécialisé notamment dans le droit des animaux. Son dernier livre, « The Attorney for Animals », devrait sortir en 2011 et vise à pour informer et sensibiliser le...
Diplômée de l’École nationale supérieure des techniques avancées de Paris puis de l’École des hautes études en sciences sociales en sciences économiques, Sandrine Mathy débute sa carrière au Centre...
Serge Orru est le directeur général du WWF France.Photo : © AFP PHOTO FRANK PERRY
Consultant en environnement et développement, Fred Pearce est journaliste au New Scientist, au Boston Globe, à The Independent et à The Ecologist. Il a contribué à la rédaction de rapports du WWF, de...
Originaire d’Afrique du Sud, Khadija Sharife est à la fois journaliste, militante et chercheuse. Elle s’intéresse notamment aux questions financières liées à l’aide au développement. Elle participe...
Figure du militantisme altermondialiste et surtout anticapitaliste depuis la sortie de No Logo en 2000, Naomi Klein est une journaliste engagée. Elle concentre son travail sur les dérives du...
Daniel Goleman est un psychologue américain né en 1946, Diplômé de Harvard en psychologie clinique et développement personnel, il a publié en 2009 aux Etats-Unis Ecological Intelligence: How Knowing...
Célèbre journaliste d’investigation et éditorialiste au quotidien anglais The Guardian. George Monbiot est conseiller auprès de la BBC Wildlife magazine. Il est également l'auteur de best sellers...
Edgar Morin est un sociologue et philosophe français. Il a écrit, entre autres, “Pour entrer dans le XXIe” (Seuil, 2004)
Michael Johnston est professeur de Sciences Politiques et ancien directeur de la division des sciences sociales à l'université Colgate, à Hamilton, dans l'état de New York. Il a étudié la corruption...
L'Institut de recherche pour le développement (IRD) est un établissement public français dépendant des ministères de la Recherche et de la Coopération. Il a pour mission de développer des projets...
Daniel Kaufmann est le directeur des Programmes Mondiaux (Global Program) à l'Institut de la Banque Mondiale où il supervise les programmes liés à la gouvernance. Considéré comme un des premiers...