Martin Wright
Martin Wright est l’éditeur de Green Future Magazine, et juge occasionel pour les Ashden Awards pour l’Energie Durable.
Les compensations carbone agissent là où il le faut
11/09/2008 5:51 pm
Selon Martin Wright, les réactions négatives concernant les compensations carbones pourraient anéantir les financements de projets d’avant-garde en Asie et en Afrique. Il a déclaré dans l’émission britannique The Green Room de cette semaine que critiquer des projets permettant aux gens de compenser leurs émissions de carbone empêchait d’avoir une vue globale.
Vous souvenez-vous du temps où les compensations étaient de mode ? Du temps où tous, de Coldplay à la Fifa, clamaient haut et fort leur soutien à la neutralité carbone ?
Aujourd’hui, il est difficile de les mentionner sans susciter des moqueries. Pratiquement du jour au lendemain la compensation carbone est passée du statut de solution rêvée à celui de symbole de toutes les actions futiles.
Les éditorialistes les comparent avec dérision aux traitements de faveur que l’on accordait aux coupables du Moyen Âge, qui consistaient à les fouetter pour réduire leur peine au purgatoire (l’auteur de cette métaphore maladroite, qui qu’il soit, devrait demander des redevances pour le nombre de citation ces derniers temps).
Tout le monde, militants comme amateurs, apporte sa pierre à l’édifice. Achetez une compensation, disent-ils, vous ne faites qu’acheter votre bonne conscience, un ticket de déculpabilisation pour continuer comme si de rien n’était.
Dans une certaine mesure, tout cela est plutôt inévitable. Des années durant, les compensations carbone avaient bénéficié d’un battage publicitaire énorme. Certaines d’entre elles, les foresteries en particulier, ont toujours été taxées de « légères ».
La morale écologique.
Bien sûr, il est toujours plus efficace de réduire les émissions à la source plutôt que de les repousser dans le temps ou l’espace. Mais remuer le couteau dans la plaie avec autant de délectation, juste au moment où les compensations commençaient à devenir une pratique courante, est tout simplement pervers.
La plupart des personnes ne rongent pas leur frein pour changer radicalement leur façon de vivre, du moins, pas autant que le souhaiteraient les activistes… Mais ils ne demandent pas mieux que de payer un peu en échange d’une dose de bien-être.
Pour eux, il est peu important de savoir si cela permet ou non de neutraliser entièrement le carbone. Ils veulent juste apporter quelque chose d’utile.
Mettre à la poubelle toute compensation au nom d’une morale écologique est le parfait exemple du pire cynisme britannique.
Pourquoi ? Car plutôt que de stopper les compensations en prenant le train, beaucoup prétexteront les réactions négatives pour ne rien faire du tout. Comme par exemple ceux qui refusent d’un air suffisant de donner de l’argent à Oxfam car ils « ne savent pas vraiment où part leur argent ». Ils auront l’excuse parfaite pour ne pas agir.
Imaginez le conducteur moyen d’une Land-Rover, discrètement satisfait que ses kilomètres soient compensés grâce à un marché conclu avec une société de compensation, Climate Care, découvrant que tout ceci n’est qu’une escroquerie. Il se met à penser : « Attendez, ce n’est pas ce qu’on dit à propos des compensations, il faut que je fasse plus, beaucoup plus » et donc il ouvre les yeux. Il abandonne sa voiture, monte sur son vélo et ne prend plus l’avion pour se rendre dans sa résidence secondaire au bord de la Méditerranée.
Soyez réalistes, ça n’arrivera jamais.
Contrairement aux arguments des militants, les personnes qui compensent leur kilomètres aériens ne vont généralement pas voyager plus loin, forts de savoir qu’ils ont expié leurs péchés. Au pire, leurs impacts resteront les mêmes bien que la plupart du temps, ils les réduisent.
Pour tous les autres qui ne se sentent pas concernés par l’environnement, les compensations peuvent faire l’objet d’un pas indolore vers des actions plus importantes plutôt que des portes sur lesquelles il est inscrit : « que quiconque entre ici abandonne sa voiture ».
C’est du moins ce que semblent montrer les sondages. Il est vrai qu’actuellement, les seuls qui soient disponibles sont ceux réalisés par les sociétés de compensation elles-mêmes (qui soutiennent ce point de vu bien entendu). Il y a donc un besoin urgent de faire des recherches indépendantes, afin de savoir si les compensations ont des retombées et, le cas échéant, à quel point.
Le comptage du carbone
Pendant ce temps, piqués au vif par les accusations de futilité, les gouvernements ont annoncé qu’ils allaient imposer une nouvelle règle d’or pour que la comptabilisation des projets de compensations carbone soit plus rigoureuse. Tout cela est bien beau, mais les premiers indices montrent que « rigoureux » serait interprété comme un dérivé du système plutôt bureaucratique adopté par le Mécanisme de développement propre des Nations unies.
Il serait en effet dommage que de tels projets soient stigmatisés comme étant de seconde main ou tachés par un battement médiatique.
En pratique, cela signifie que vos compensations « en or » financeraient un millionième des coûts de nettoyage d’une des centaines de centrales au charbon chinoises. C’est peut-être logique, mais c’est bien peu attirant. Selon la rumeur actuelle, le gouvernement reconsidèrerait la question, et à juste titre. Il y a un besoin de rigueur, certes, mais il serait dommage qu’elle intervienne au détriment de la motivation.
Une motivation issue du fait de savoir que vous avez aidé une femme au Népal à obtenir une cuisinière marchant au gaz bio, que vous lui économisez trois heures de marche pour aller chercher du bois et qu’en plus vous lui épargnez de passer chaque moment de sa journée dans une cuisine remplie d’assez d’émanation du bois pour qu’elle et ses enfants souffrent de maladies pulmonaires chroniques.
Une motivation issue du fait que l’on sait que l’on a permis à une famille du Bangladesh de pouvoir échanger sa faible et salissante lampe à kérosène en faveur de la lumière du jour. Ou encore d’apprendre que vous avez aidé à installer une simple pompe à pédale qui permet aux modestes agriculteurs indiens de cultiver même pendant la saison des sécheresses. Par conséquent, cela leur évite de déraciner leurs familles, déscolarisant leurs enfants, en quête d’un emploi sporadique comme ouvriers journaliers sur les sites de construction dans des villes loin de leurs foyers.
Ce sont les genres de projets, financés par des compensations volontaires à petite échelle, qui peuvent faire la différence au niveau du taux de carbone comme de la qualité de vie des personnes les plus pauvres du monde, qui ne se préoccupent pas de savoir s’ils ont compensé vos émissions ou non.
Tous comptent parmi les gagnants du prix Ashden pour l’Énergie Durable, qui se concentre sur des projets abordant simultanément le changement climatique et la pauvreté. Ce serait dommage que de tels projets soient stigmatisés comme étant secondaires ou passés de mode par des retombées climatiques.
Avec le temps, on verra peut-être apparaître un véritable marché du carbone, où les transactions se feront intégralement, où les émissions carbone seront réduites car leur prix sera augmenté.
En attendant, il est sûrement mieux de remplacer une simple lampe à pétrole par un panneau solaire que de rester assis, ses principes intouchés, à maudire l’obscurité.
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