Des éleveurs opposé à la réintroduction des ours dans les pyrénées manifestent sur le trajet de l'étape Foix-Loudenvielle du Tour de France, le 22 juillet 2007 à Tarascon-sur-Ariège © AFP/Archives Lionel Bonaventure


La guerre de l'ours rallumée dans les Pyrénées à la veille des régionales

13/03/2010 5:32 pm

TOULOUSE (AFP) - La guerre des pro et anti ours dans les Pyrénées s'enflamme à nouveau à la veille des élections régionales avec une manifestation prévue samedi à Tarbes (Hautes-Pyrénées) à l'appel des opposants, qui "refusent une confiscation des Pyrénées" par le plantigrade.

"Refusons la confiscation des Pyrénées, marchons pour une montagne vivante et préservée, contre le plan ours 2010", demandent les organisateurs de la "Grande marche des Pyrénées", dont l'Association pour le développement durable de l'identité des Pyrénées (Addip) et la Fédération régionale des syndicats d'exploitants agricoles (FRSEA).

La secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, Chantal Jouanno, surnommée "nouvelle ministre des ours" par les "anti", a mis le feu aux poudres en janvier en annonçant qu'il y aurait de nouvelles "réintroductions, parce que sinon la population n'est pas viable".

Une décision sera annoncée "après les régionales", avait-elle ajouté, d'où une mobilisation accrue des opposants à l'ours à la veille des élections régionales pour revenir sur la présence du plantigrade dans les Pyrénées, qui remonte à 600.000 ans.

Au début du XXe siècle, quelque 150 ours se trouvaient encore dans le massif. En 1954 il n'en restait plus que 70, et 7 ou 8 en 1990.

Dès la fin des années 1990, un programme de restauration de la population était engagé, avec la réintroduction de trois ours bruns de Slovénie. En 2006, enfin, 4 femelles et un mâle, également slovènes, venaient faire remonter l'effectif à près de 20 individus.

Aujourd'hui est attendu le "plan ours 2010", qui devrait prévoir de nouveaux lâchers, craignent les "anti ours". Une directive européenne souligne que l'ours brun figure sur la liste des espèces prioritaires au niveau communautaire.

"Je ne suis pas la ministre qui renoncera aux engagements internationaux de la France", a souligné Mme Jouanno.

D'où la mobilisation de samedi qui, "pour la première fois, va fédérer tout ce qui représente la société civile pyrénéenne : des chasseurs, des responsables du tourisme..., et bien sûr le monde agricole", a indiqué à l'AFP Philippe Lacube, président de l'Addip.

"Cette manifestation montre que les gens veulent vivre, veulent avoir une économie, une montagne pas ensauvagée, où il y aura de l'avenir pour l'économie", a-t-il dit.

"L'ours est un bouc-émissaire, on lui met tout sur le dos", répond le directeur de l'association "Pays de l'Ours-Adet", Alain Reynes, partisan des réintroductions. La question de l'ours, estime-t-il, "détourne l'attention des vrais problèmes de l'agriculture de montagne" et sa disparition "ne résoudra pas la crise" traversée par ce secteur.

Les dommages causés aux troupeaux d'ovins par le plantigrade baissent depuis deux ans. "C'est vrai, rétorque M. Lacube, mais qu'en sera-t-il quand on aura ce qui est considéré comme une population viable, c'est-à-dire de 100 à 150 ?".

"Si l'on voulait les réintroduire durablement il faudrait 150 à 200 individus", insiste également Henri Nayrou, président de l'Association nationale des élus de la montagne.

Ce chiffre, pour Alain Reynes, est "un chiffon rouge agité pour faire peur". Selon lui, avec une cinquantaine d'ours, il serait possible de maintenir en vie la colonie.

Actuellement, sur les 3 noyaux de population, deux sont uniquement peuplés de mâles (Pyrénées occidentales et orientales). Seul celui des Pyrénées centrales se reproduit, mais avec toutefois un fort risque de consanguinité, selon les experts.

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