Des poux sur un saumon de Norvège. © AFP/Seafood Erling Svensen


Alerte aux poux pour le saumon de Norvège
21/12/2009 9:53 am

OSLO (AFP) - Incontournable aux réveillons de fin d'année, le saumon de Norvège est assailli par les poux qui prolifèrent parmi les poissons d'élevage mais qui menacent aussi et surtout leurs cousins sauvages.

Cet automne, le Lepeophtheirus salmonis, un petit crustacé de 8 à 12 mm qui se nourrit de la peau, du sang et du mucus des poissons, a été signalé dans des proportions trois fois plus importantes que l'an dernier, selon les pisciculteurs.

Présent en mer à l'état naturel, le pou ne rend pas le saumon impropre à la consommation: il lâche généralement prise pendant le transport ou le traitement du poisson, les saumons endommagés sur le plan esthétique étant débités en filets plutôt que vendus entiers.

Mais sa prolifération dans les fermes piscicoles qui sont légion dans les fjords norvégiens est source d'inquiétude.

"Aujourd'hui, le pou constitue la principale menace contre l'élevage écologiquement viable en Norvège, tant pour ses effets sur le poisson d'élevage que pour son impact sur le saumon sauvage", selon Ole Fjetland, haut responsable des Autorités norvégiennes de contrôle alimentaire.

Du fait des concentrations de poissons dans les grandes cages immergées des fermes piscicoles, le parasite trouve une multitude d'hôtes.

"Nos saumons peuvent supporter ces poux sans problème", assure Ketil Rykhus, coordinateur de la lutte anti-poux au sein de la Fédération norvégienne des produits de la mer, qui représente les professionnels.

"Mais ce qu'on redoute c'est qu'une infection de poux peut déboucher sur d'autres maladies", ajoute-t-il.

Plus préoccupant, à la faveur des courants ou des évasions de spécimens d'élevage, le pou contamine aussi les saumons sauvages, notamment les plus jeunes, encore très fragiles lorsqu'ils passent à proximité des fermes pour migrer des rivières vers la mer au printemps.

Dans certains fjords, entre 15 et 20% des jeunes saumons succombent au parasite, selon des estimations fournies par la Direction de la nature.

Or, la population du saumon d'Atlantique sauvage est déjà très fragile, ayant chuté de moitié environ depuis 1970, selon le Conseil international pour l'exploration de la mer.

Les causes ne sont pas claires mais plusieurs facteurs sont soupçonnés: pollution, acidification de l'eau, barrages hydroélectriques et interactions avec le saumon d'élevage qui, en plus d'être un nid à poux, affaiblit le patrimoine génétique du saumon sauvage lorsqu'il réussit à s'évader.

Soucieux de préserver l'image d'un secteur qui a exporté pour 2,5 milliards d'euros l'an dernier, les pisciculteurs ont dépensé près de 60 millions d'euros cette année pour lutter contre le pou et pourraient doubler la mise l'an prochain.

En attendant d'y voir plus clair, le gouvernement a quant à lui décidé de différer sa décision sur une éventuelle hausse de 5% de la production de saumons envisagée pour 2010.

Pour "épouiller" leurs stocks, les professionnels recourent soit aux produits chimiques, soit à de petits poissons prédateurs, les labridés, qui gobent le pou.

Une nouvelle campagne anti-poux est prévue début 2010, avant la grande migration des jeunes saumons, selon M. Jensen.

"Le problème, c'est qu'avec les fermes, il y a trop de poissons porteurs potentiels et cela, tout au long de l'année", affirme Karoline Andaur, biologiste de la branche norvégienne du Fonds mondial pour la nature (WWF).

"Le pou est devenu résistant aux principaux médicaments et les labridés, eux, tombent en léthargie en hiver quand l'eau est froide", ajoute-t-elle.

Pour protéger le saumon sauvage, WWF prône donc la destruction des élevages les plus infestés. "Pas question, du moins pour l'instant", répond-on à la Fédération des produits de la mer.

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