Dominique Marchal, agriculteur devenu porte-parole des victimes des pesticides

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Dominique Marchal, agriculteur dont le cancer a été reconnu maladie professionnelle provoquée par les pesticides, dans sa ferme, le 18 février 2016 à Serres (Meurthe-et-Moselle) © AFP JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

Serres (France) (AFP) – A 58 ans, dont 40 comme agriculteur, Dominique Marchal est devenu un visage du combat contre les pesticides. Premier exploitant dont le cancer a été reconnu maladie professionnelle, il se bat depuis plus de 10 ans pour que soient aussi reconnues les fautes des fabricants.

Jeudi, le dossier de l’agriculteur installé à Serres, en Meurthe-et-Moselle, se retrouvera devant la cour d’appel de Metz, après le tribunal d’Epinal, la cour d’appel de Nancy et la Cour de cassation.

Sur son exploitation – 500 ha de céréales et 110 vaches -, ses lunettes cerclées de noir sur le nez, pantalon et col roulé noir bientôt cachés sous sa combinaison verte et jaune, Dominique Marchal évoque ce « parcours du combattant », entamé en 2002 quand sa maladie –  un syndrome myéloprolifératif – a été diagnostiquée. Cette maladie est caractérisée par une production anormale, d’allure cancéreuse, de certains types de cellules sanguines dans la moelle osseuse.

Ce « combat pour toutes les victimes des pesticides », Dominique Marchal ne l’aurait jamais entamé sans sa femme. « Sans elle, je n’aurais rien fait », lâche-t-il.

« Il n’acceptait pas sa maladie. Alors c’est moi qui ai fait la demande de reconnaissance de maladie professionnelle, pour lui prouver que ce n’était pas de sa faute s’il était malade », explique Catherine Marchal.

Dès les premières analyses sanguines, elle est persuadée que les produits utilisés à la ferme ont quelque chose à voir là-dedans.

« Je ne supportais plus l’odeur des produits. Je sentais physiquement qu’il en était imbibé », raconte cette petite-fille d’agriculteurs.

Il leur a d’abord fallu quatre années pour faire reconnaître la maladie professionnelle devant le tribunal des affaires sociales d’Epinal. Et prouver que le cancer était lié à du benzène contenu dans des produits utilisés à la ferme, sans qu’il en soit fait mention sur l’étiquette.

Quatre ans plus tard, en 2010, les Marchal rencontrent, lors d’un week-end en Charente, Paul François, un céréalier lui aussi malade, d’autres agriculteurs avec lesquels il créera l’association Phytovictimes, dont il est aujourd’hui vice-président, et François Lafforgue, qui deviendra leur avocat.

L’un d’eux avait la même maladie que lui, murmure presque Dominique Marchal. Il est décédé dans l’année.

« Cette démarche a fédéré toutes les souffrances, a redonné envie de se battre à tout le monde », explique Jean-Marie Desdions, agriculteur dans le Centre, atteint d’un myélome et en procès contre la firme agroalimentaire Monsanto.

Dominique Marchal décide de se tourner vers la Commission d’indemnisation des victimes d’infraction (Civi): attaquer tous les fabricants semblait impossible, et l’Etat peut se retourner contre eux s’il est reconnu coupable par la Civi.

Ce sera chose faite en 2012. Une première, se réjouit alors son avocat.

Selon les juges, « les fabricants de produits phytopharmacologiques ne pouvaient ignorer que leurs produits contenant du benzène exposaient leurs utilisateurs au risque grave de contracter ce type de maladie ».

Confirmée en appel à Nancy un an plus tard, la décision a finalement été cassée en 2015 par la Cour de cassation qui a renvoyé tout le monde à Metz.

Entre-temps, la maladie s’aggrave. Aujourd’hui, Dominique Marchal passe un vendredi sur trois en chimiothérapie, accuse la fatigue, mais n’a pas encore totalement renoncé aux pesticides. Le bio ? Trop cher, trop compliqué pour son type d’exploitation selon lui. Il préfère rallonger la rotation des cultures, et faire de la luzerne, un peu de tournesol, plus reposants pour les sols: « Pour baisser le volume de pesticides ».

Le « prochain combat » avec son association sera financier: au titre de ses 30% d’invalidité reconnus, il touche 186 euros par mois. Pour un exploitant reconnu invalide à 100%, c’est 1.000 euros, maximum. Alors beaucoup de collègues ne veulent pas faire reconnaître leurs maladies comme professionnelles. « Ils ont regardé, ils n’ont rien à y gagner », explique Dominique Marchal.

En attendant, jeudi, « on cherchera surtout à savoir qui peut indemniser un tel préjudice. Ce n’est pas une histoire d’argent, c’est une histoire de ‘qui doit réparer' ».

Quant aux fabricants, Dominique Marchal leur en veut « parce que malgré cette prise de conscience les choses ne vont pas plus vite. Pour eux ce qui compte, c’est le profit ».

© AFP

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