Dans les forêts suédoises, Vaexjoe, la « ville la plus verte d’Europe »

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Un bus à Vaexjoe, Suède, le 13 janvier 2014 © AFP Erik Martensson

Un bus à Vaexjoe, Suède, le 13 janvier 2014
© AFP Erik Martensson

Vaxjo (Suède) (AFP) – La ville suédoise de Vaexjoe, qui se veut la plus verte d’Europe, se chauffe grâce à la mousse et aux pommes de pin de ses forêts et ses autobus roulent grâce aux déchets alimentaires recyclés. Mais son objectif d’être neutre en CO2 pourrait être menacé par l’attachement à la voiture.

Nichée entre lacs et forêts de pins dans le Sud du pays, Vaexjoe a poussé si loin les principes d’énergies renouvelables, de transports propres et d’économies d’électricité qu’elle se revendique « ville la plus verte d’Europe ».

« On a commencé très tôt », rappelle à l’AFP le responsable environnement de la municipalité, Henrik Johansson.

« Nos élus ont réalisé dans les années 60 que si la ville devait connaître un essor, il fallait nettoyer les lacs. Ils avaient été pollués par l’industrie drapière au XVIIIe siècle, puis par l’expansion de la ville », ajoute-t-il.

La réhabilitation du plus pollué d’entre eux, le lac Trummen, connu dès le XVIIIe pour sa pestilence, a servi de catalyseur pour des projets environnementaux plus ambitieux.

« Quand j’étais enfant, on n’aurait jamais rêvé de nager dedans, mais aujourd’hui on le peut », se félicite le fonctionnaire territorial de 39 ans. « C’est quelque chose qui s’est imprimé dans l’esprit des gens: si on veut vraiment quelque chose, on le peut ».

Dès les années 1990, alors que le grand public ne s’intéressait guère au changement climatique, le conseil municipal se donne des objectifs ambitieux: abandonner les carburants fossiles avant 2030 et diviser par deux les émissions de CO2 en moins de 20 ans.

Le résultat? Aujourd’hui, les émissions de gaz carbonique sont réduites de moitié par rapport à 1993. Elles sont parmi les plus faibles d’Europe, à 2,7 tonnes par habitant et par an, et de moitié inférieures à la moyenne suédoise, qui est déjà basse.

Comment? La ville a remplacé les hydrocarbures qui servaient au chauffage par la biomasse.

La ville avait mis en place dans les années 70 un réseau urbain qui chauffe et fournit de l’eau chaude pour toute la ville à partir d’une chaudière centrale.

Et elle a été pionnière en faisant le choix de l’alimenter avec les déchets de son industrie forestière.

À cette centrale en périphérie de la ville, son directeur Björn Wolgast ramasse une poignée de brindilles enchevêtrées avec de la mousse et de l’écorce, puis inhale son odeur âcre de pin, tandis qu’une pelleteuse dépose une pile de ce matériau sur un tapis roulant.

« C’est une énergie totalement renouvelable. Les forêts suédoises en produisent plus que nous n’en prenons », précise-t-il. « Et nous renvoyons la cendre pour fertiliser la forêt ».

La centrale chauffe les logements et l’eau de 90% des 60.000 habitants de la ville, et fournit 40% de l’électricité. Grâce à des filtres, les émissions sont quasi négligeables, 20 fois inférieures à la limite autorisée.

Dépendance aux voitures

La ville encourage la conversion de terres agricoles en culture biologique et la réduction de la consommation de papier.

Quand la mairie a lancé la collecte des déchets organiques, deux tiers des ménages se sont portés volontaires (en échange d’une facture de ramassage des ordures réduite). Aujourd’hui, tous les bus municipaux roulent au biogaz d’origine locale, produit en recyclant les déchets alimentaires et des égouts.

« Il est difficile de comparer des villes de tailles différentes mais je dirais que c’est une des plus vertes d’Europe. Ils sont très avancés et ambitieux », estime Cristina Garzillo, du Conseil international pour les initiatives écologiques locales (ICLEI), qui regroupe un millier de villes.

Ryan Provencher, un ingénieur de 39 ans originaire du Texas, un Etat qui a bâti sa fortune sur le pétrole, s’est installé à Vaexjoe il y a 10 ans et s’est converti à l’écologie.

« On recycle à peu près tout. Je n’utilise ma voiture qu’environ deux fois par semaine et j’ai tendance à aller au travail en courant ou à vélo », dit l’Américain.

Il vit avec sa femme et leurs trois enfants dans une « maison positive » qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme, grâce à des panneaux solaires et une panoplie de gadgets permettant d’économiser l’électricité.

Par rapport à Waco (Texas), où vivent ses parents, c’est « le jour et la nuit ». « L’essence est si bon marché là-bas que personne n’hésite à prendre le volant ».

Vaexjoe n’est pas Waco, mais 60% des habitants tiennent à leur véhicule, ce qui rend difficilement atteignable l’objectif de la ville de se passer complètement des énergies fossiles.

« Nous sommes dépendants des changements à l’échelle nationale et des groupes automobiles et énergétiques pour trouver des alternatives. On ne peut pas obliger les gens à laisser tomber leur voiture », concède M. Johansson.

« Mais nous rendons de plus en plus attrayants les vélos et les bus, et de plus en plus compliqués les petits trajets en voiture. Et c’est assez simple de faire des améliorations rapides: les stations-essence versent déjà des biocarburants dans le sans plomb pour que tout le monde commence à abaisser ses émissions de CO2″, indique-t-il.

« En 2030, je pense que nous aurons atteint notre objectif à 80%. Et cela ne sera pas si mal! », estime M. Johansson.

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