Ne laisser que des traces de pas, ne garder que des souvenirs


Montgolfières dans le Masaï Mara - Kenya © Yann Arthus-Bertrand

17/07/2008 3:31 pm

Face aux excès du tourisme de masse, un autre modèle existe : le tourisme responsable. Il connaît une progression d’environ 20% par an, mais ne représente encore qu’une partie infime du marché. Le concept reste assez flou et la filière manque de garde-fous ou de repères.

Les enjeux de cette nouvelle forme de tourisme

Tourisme équitable, durable, solidaire, écologique, éthique, alternatif, etc., les appellations sont nombreuses. Ce concept s’oppose au tourisme de masse et à ses conséquences néfastes ; il renvoit à la responsabilité du voyageur face à l’environnement et aux populations visitées.[1]

Tourisme durable ou tourisme responsable sont les deux termes généraux qui englobent les autres. [2] L’écotourisme est plus orienté vers l’environnement ; le tourisme équitable ou solidaire est davantage orienté vers la question sociale. [3]

Ethique

Les questions éthiques et la protection de l’environnement préoccupent de plus en plus les consommateurs et les professionnels de ce secteur. En 1999, l’OMT (Organisation Mondiale du Tourisme) adopte le premier code d’éthique du tourisme. En décembre 2001, l’Assemblée générale des Nations unies reconnaît le Code mondial d'éthique du tourisme (dont les principes seront redéfinis et actualisés en 2004).

En Europe, des chartes pour les voyagistes sont établies : l’Association Italienne pour le Tourisme Responsable, la Coopérative pour le développement du tourisme durable (DANTE) en Autriche, Allemagne et Suisse. En France, l’UNAT (Union Nationale des Associations de Tourisme) regroupe plus de 500 associations de tourisme, dont une vingtaine d’acteurs de tourisme solidaire.

Au niveau international, vingt grands tours opérateurs ont signé une déclaration d’engagement pour le développement durable de leurs activités professionnelles en partenariat avec le PNUE (Tour Operators Initiative).

Opinion

D’après l’étude TNS-SOFRES menée en 2008 en France, concernant le tourisme responsable, près de 9 voyageurs sur 10 sont intéressés par le concept, principalement en raison du respect de la nature et du développement local (72% des sondés). La notion de tourisme responsable est mieux comprise, avec des attentes toujours aussi importantes en termes de contenu d’information (78% des Français se déclarent mal informés). Quelques idées reçues persistent : 42% des Français pensent qu’il s’agit d’un voyage plus cher à niveau de prestations identiques et 44% d’entre eux pensent encore qu’il s’agit encore d’un voyage au confort rudimentaire.

Même pour le seul écotourisme, il existe de nombreuses définitions. Celle de la Société internationale de l'écotourisme est la suivante : "un tourisme responsable en milieux naturels qui préserve l'environnement et participe au bien-être des populations locales"

Le tourisme responsable connaît une progression de 20% par an dans le monde.[4] Mais en France comme dans de nombreux autres pays, il ne représente qu’une partie infime du marché (1% environ du marché des voyages en 2003 en France).

Origines et destinations des « écotouristes »

Le tourisme responsable se pratique partout dans le monde, que ce soit dans les pays occidentaux (écogîtes rural, ferme biologique, découverte de la faune locale…) ou dans les pays en voie de développement.[5]

Les écotouristes ne sont pas tous des hippies : d’après une étude de l’Organisation mondiale du travail, 34% des écotouristes américains se situent parmi les 18-34 ans et 24% ont plus de 55 ans.[6] Contrairement à certaines idées reçues, cette pratique n’est pas non plus réservée aux routards : de nombreuses options de séjours en famille existent.

Concernant les tarifs, on considère souvent qu’un voyage solidaire est plus cher qu’une formule du tourisme de masse à destination et à catégorie d'hébergement égales, mais ce n’est pas toujours le cas.[7]

Impact

La Banque mondiale estime que 55% des dépenses touristiques dans les pays en développement est captée par les pays du Nord, via les compagnies aériennes internationales, les chaînes hôtelières, les agences de voyage ou les biens de consommation importés. Certains avancent même des chiffres supérieurs. Mais avec le tourisme responsable, les proportions s’inversent et c’est –dans les meilleurs cas, jusque 80% de l’argent des touristes qui reste dans l’économie locale. [8]

Pour de nombreux pays comme le Kenya, l’Equateur, le Népal, le Costa Rica ou encore Madagascar, l'écotourisme est donc un secteur essentiel de l’économie. Au Costa Rica, pays pionnier en la matière, c’est la première source de devises : le secteur a rapporté 1,3 milliards de dollars en 2001 et on estime que plus de 140 000 familles en vivent directement.[9]

L’écotourisme est devenu une dimension importante de la survie économique de nombreuses initatives de protection de l’environnement, de parcs ou de réserves. Grâce aux billets d’entrée, aux restaurants, aux lodges et aux campings, les parc nationaux sud-africains (SanParks) sont ainsi bénéficiaires. Le plus grand d’entre eux, le parc Kruger, peut protéger à lui seul 12 000 éléphants, 1500 lions et 3000 hippopotames, …[10]

Limites et abus

Une première difficulté de l’écotourisme vient en contrepartie de son succès. Certaines démarches individuelles perdent en effet leur sens à plus grande échelle. La capacité de charge de certaines zones est dépassée, ce qui se traduit par des dégradations de l’environnement naturel. A titre d’exemple, le minuscule Parc National Manuel Antonio, au Costa Rica, a accueilli jusqu’à 150 000 personnes par an, alors que son directeur affirmait qu’il ne pouvait en recevoir dans de bonnes conditions que 300 par jour. [11] [voir débat]

Deuxième difficulté, l’empreinte écologique d’un voyage à l’autre bout du monde est très lourde si le transport se fait par avion. Voyager responsable c’est donc au moins compenser ses émissions lorsqu’on prend l’avion. Mieux encore, c’est partir plus près de chez soi. [12]

Enfin, une dernière difficulté consiste à identifier des vacances qui soient vraiment responsables. Or, il est difficile de s’y repérer et il existe, comme dans de nombreux autres domaines, des escrocs. [voir débat]

Un label international

Aujourd’hui, selon l’ONG Tourism Concern, il y aurait plus 400 types de certifications pour l’éco-tourisme dans le monde et une bonne partie d’entre eux sont tout juste des appellations marketing.[13] Pour mieux s’y repérer, plusieurs groupes ont donc tenté de mettre en place un label international.

Une première certification accordée par l’AFAQ/AFNOR a vu le jour en France en mars 2008, celle de l’association ATR (Agir pour un tourisme Responsable).[14] Cependant, cette certification ne concerne que les pratiques des opérateurs en France.

Certains remettent en cause le principe même d’une certification. Ils considèrent que de nombreux acteurs locaux, particulièrement les guides ruraux et indigènes, sont menacés car ils ne possèdent pas les ressources financières pour participer aux programmes de certification. Le processus favoriserait donc les projets les moins authentiques et les moins locaux. Les mêmes critiques font remarquer que les critères de certification sont définis par le Nord, souvent par des organismes qui sont partie prenante, sans concerter les intéressés, que ce soit les touristes ou les acteurs .[15]

Démarche personnelle

En l’absence de repères ou de normes, il peut être utile de rappeler que le tourisme durable est avant tout une question de démarche, que chacun peut mettre en œuvre à titre individuel. Ne pas polluer, ne pas perturber les écosystèmes, « ne laisser que des traces de pas, ne garder que des souvenirs » en résumé. Plusieurs sites ou ouvrages rassemblent les conseils les plus élémentaires.[16]

Vos commentaires
Manuel Miroglio, consultant-formateur, expert en tourisme responsable et solidaire Le tourisme équitable et solidaire

A noter que l'ATES (Association pour le Tourisme Equitable et Solidaire), née en 2006 pour regrouper les associations organisatrices de ces voyages montés en partenariat avec les populations locales, a fait voyager plus de 6000 personnes en 2008 et a permis de dégager 200 000 euros pour financer des projets de développement dans les pays du Sud, destinés à améliorer les conditions de vie des habitants. Elle a mis en place une grille de 10 critères qui doivent être respectés par ses membres, garants d'une démarche sincère en faveur du tourisme équitable et solidaire : 1. Les populations locales sont au cœur du processus d’accueil et l’opérateur organise ses séjours en partenariats avec elles 2. L’opérateur choisit des partenaires organisés autour de projets de développement bénéficiant à la collectivité 3. L’opérateur organise ses voyages de manière à maximiser l’impact sur l’économie locale des territoires d’accueil 4. L’opérateur organise ses voyages en veillant à respecter les équilibres économiques, sociaux et environnementaux 5. L’opérateur favorise la rencontre et l’échange dans la conception de ses voyages 6. L’opérateur milite pour le tourisme équitable et solidaire et le respect de ses principes et s’engage à promouvoir l’ATES 7. L’opérateur met à disposition du voyageur la répartition du prix du voyage 8. L’opérateur informe sur les opérations de développement et préservation de l’environnement mises en place grâce aux bénéfices de l’activité touristique 9. L’opérateur informe et sensibilise ses voyageurs sur chaque destination (situation économique, sociale et culturelle, règles de savoir-vivre, situation environnementale) 10. L’opérateur organise son fonctionnement et fixe le prix de ses voyages de manière à dégager une marge affectée à un fonds de développement. Ce fonds est alloué aux populations d’accueil de ses destinations Aujourd'hui les membres de l'ATES proposent toutes formules de voyages sur plus de 50 destinations : www.tourismesolidaire.org

Jean-Pierre Lamic Pour complément d'information

Bonjour, Merci pour cet article. Pour complément d'information, voir le blog de l'association des Voyageurs et Voyagistes éco-responsables et "Tourisme durable, utopie ou réalité?" Editions L'Harmattan, avril 2008. Cordialement Jean-Pierre Lamic