L’intérêt grandissant des consommateurs des pays occidentaux pour le commerce équitable se traduit aujourd’hui par un fort taux de croissance de ce marché. Il intéresse désormais les acteurs du marché classique de la grande distribution et les multinationales et même les collectivités territoriales. Face à l’élargissement de ces canaux de distribution, le commerce équitable doit relever le double défi de s’adapter à ce nouveau contexte en opérant les mutations nécessaires, tout en restant fidèle à sa vocation initiale d’amélioration des conditions de travail des petits producteurs défavorisés, qui en constitue la raison d’être.
Le débat est aujourd’hui engagé entre les acteurs du commerce équitable afin de mieux cerner l’avenir de ce marché émergent, et déterminer si le commerce équitable peut évoluer vers un commerce de masse. Selon la sociologue Virginie Diaz-Pedregal, ce débat oppose deux grandes tendances qualifiées de « tenants de la labellisation », et de « tenants de la spécialisation ». Tandis que les premiers voient dans l’ouverture au marché de grande consommation l’opportunité de faire bénéficier du commerce équitable un nombre croissant de producteurs du Sud, les deuxièmes s’inquiètent du risque de dérives, de profits et de récupération marketing dus à cette collusion avec les grandes entreprises du commerce dit « classique ».
Christian Jacquiau, auteur de nombreux articles et ouvrages sur ce sujet, est représentatif de ce deuxième courant : Max Havelaar/FLO [Fairtrade Labelling Organizations], principal organisme de labellisation collaborant avec la grande distribution française, est montré du doigt du fait de la caution morale qu’elle apporte à ce marché et qui est contraire à l’esprit du commerce équitable. Selon lui, les acteurs du commerce traditionnel de masse n’ont pas de légitimité pour devenir les nouveaux acteurs du commerce équitable, utilisant ce nouveau marché comme argument publicitaire, sans adapter leurs pratiques aux exigences éthiques et financières de ce commerce. Par exemple, les prix plus élevés des produits du commerce équitable, acceptés par le consommateur, permettent d’augmenter les marges du distributeur sans nécessairement en faire bénéficier les petits producteurs.
Au contraire, pour Tristan Lecomte, le fondateur d’Alter Eco, l’arrivée des produits issus du commerce équitable dans les circuits de la grande distribution est stimulée par une dynamique de développement des ventes dont la grande distribution a l’expérience et ainsi permet d’augmenter « la visibilité du commerce équitable » et sa distribution à un plus large public de consommateurs.
Une autre question souvent posée porte sur la protection des petits producteurs. Le commerce équitable est-il suffisamment réglementé aujourd’hui pour les protéger efficacement ? Le commerce équitable a pour vocation principalement d’améliorer les conditions de travail des producteurs défavorisés dans les pays en développement. Le passage de circuits alternatifs et militants (guidés par une logique de développement) à une distribution de masse (sous-tendue par une logique économique) rend nécessaire la réglementation et le contrôle des pratiques et des labels, afin de garantir que les petits producteurs restent les principaux bénéficiaires du commerce équitable. Le système dit de “labellisation” issu du domaine associatif, et en particulier le FLO (Fairtrade Labelling Organizations représenté par le label Max Havelaar dans de nombreux pays), est aujourd’hui très controversé. Dans la revue « Imagine », le père Francisco Van Der Hoff, qui co-fonda Max Havelaar en 1988 et qui vit actuellement au Mexique parmi des petits producteurs mexicains de café, dénonce l’inefficacité de ce système, notamment pour fixer les marges des distributeurs. Il appelle à la création d’un nouveau système de certification indépendant de type ISO. Il n’existe pas aujourd’hui de cadre réglementaire international bien établi et, sur le plan national, les rares expériences de réglementation semblent avoir été inefficaces. Précurseur dans ce domaine, la loi française de 2005 a suscité de nombreuses critiques, et parmi elles celle de Laurent Levrard, président de la Fédération Artisans du Monde. Dans un article paru dans la revue Internet Novethic en mai 2006, il indique que la « marge d’interprétation » est suffisante pour permettre à des acteurs économiques peu scrupuleux de s’aligner sur les critères les moins exigeants, sans bénéfice pour les petits producteurs.
Le débat est ouvert aujourd’hui pour chercher des solutions innovantes (nouvelles normes ISO ; réforme du système existant ou autres).
Des produits cosmétiques équitable sont photographiées dans une grande surface, en mai 2007 à Rots - France © AFP
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Christian Jacquiau est actuellement Commissaire aux comptes en France, il est également spécialisé en économie et en création et transmission d'entreprises. Ses ouvrages les plus connus sont: Les...
Virginie Diaz-Pedregal est docteur en sociologie (Université Paris V-Sorbonne) et auteur de nombreux textes (livres, articles) sur le commerce équitable. Elle réalise actuellement un post-doctorat....