Susan Lieberman
Susan Lieberman représente le Pew Environment Group (dont elle est directrice adjointe) à la CITES,
Pourquoi la conférence de la CITES à Doha a été un tel échec ?
01/04/2010 4:26 pm
La conférence de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), à laquelle participaient 175 pays et qui se tenait à Doha, au Qatar, a duré deux semaines et s’est achevée le 25 mars dernier sans que les gouvernements parviennent à faire adopter plusieurs propositions visant à protéger des espèces en danger telles que l’ours polaire, le thon rouge, les coraux et différents types de requins. Et pourtant le nombre de thons rouges a chuté de 80 % depuis 1970 du fait d’une très forte demande de la part des pays asiatiques et la demande d’ailerons de requin à travers le monde conduit à la capture de 73 millions de ces animaux par an.Bien que certains succès aient été enregistrés, comme la protection des rhinocéros au Kenya et le maintien des restrictions sur le commerce de l’ivoire des éléphants en Zambie et en Tanzanie, pour la majorité des ONG environnementales cependant, la conférence n’a fait que mettre en évidence de façon décourageante la supériorité des intérêts commerciaux sur les efforts de conservation.
Susan Lieberman, directrice adjointe du Pew Environment Group et représentante de la délégation du Pew à la CITES, nous donne son opinion sur les enjeux politiques qui se cachent derrière ces échecs de la conférence de la CITES à Doha.
Selon vous, étant donné les nombreux échecs qui ont marqué la 15e conférence de la CITES à Doha, dont la mission est de protéger des espèces à la fois terrestres et marines, cette convention représente-t-elle toujours le cadre le plus approprié pour faire passer des mesures de protection des espèces en danger ?
« Il ne s’agit pas d’un échec de la CITES, mais de certains gouvernements qui en font partie et qui n’ont pas protégé les espèces en danger. Ainsi, les votes étaient majoritairement favorables à des propositions visant à protéger différentes espèces de requins, mais ces propositions ont été rejetées de peu. En effet, le Japon, soutenu en cela par la Chine et ses homologues asiatiques, a malheureusement orchestré une redoutable campagne afin de constituer une minorité de blocage, or il faut une majorité des deux tiers lors du vote à bulletins secrets pour qu’une proposition soit acceptée. »
En face de vous, comment le Japon et la Chine ont-ils justifié le fait de ne pas apporter leur soutien aux différentes interdictions, et ce malgré les données scientifiques qui indiquent clairement que les populations marines diminuent à une vitesse alarmante ?
« L’un des arguments officiels avancés par le Japon est que les quotas de pêche ne doivent pas être fixés au sein de la CITES. Il propose au contraire que cela soit du ressort des organismes de pêche régionaux. Les Chinois, de leur côté, ont justifié leur refus des restrictions en prétendant qu’il est trop difficile de faire la distinction entre les ailerons des différentes espèces de requins, alors que les États-Unis leur avaient proposé leur aide à ce sujet. Ces pays ne remettent pas en question les données scientifiques, mais ils ne veulent pas non plus que la CITES dispose de quelque pouvoir que ce soit qui nuirait à leurs intérêts commerciaux dans un secteur hautement lucratif. Au Japon comme en Chine, le gouvernement est soumis à une intense pression de la part des professionnels qui veulent s’assurer qu’aucune réglementation ne viendra limiter le commerce des ailerons de requin ni celui du thon rouge.
L’inscription sur la liste de l’Annexe II de la CITES a été demandée pour de nombreuses espèces marines nécessitant une protection, ce qui impliquait simplement de la part des différents pays qu’ils s’assurent que le commerce international soit légal et ne menace pas la survie de ces espèces. Ainsi, même les propositions visant à promouvoir des pratiques soutenables n’ont pas reçu le soutien requis à cause du travail de lobbying du Japon. Mais nous ne pouvons pas continuer à vider les océans, nous devons au moins réduire nos prises et c’est ce qui a été proposé. »
Comment le Japon est-il parvenu à influencer les autres délégations ?
« Le Japon a entamé sa campagne bien avant la conférence et l’a menée au sein des plus hautes sphères grâce à son ministère de la pêche. Il a fortement incité les pays en développement auxquels il apporte son aide à suivre ses consignes de vote, même si des pays comme l’Argentine ont quand même soutenu la protection des requins, car ils savent que leur avenir économique dépend de pratiques durables en matière de pêche. »
D’un point de vue conservation, quelles leçons peut-on tirer de la conférence de Doha pour faire avancer la cause des espèces les plus menacées d’ici la prochaine session de la CoP qui se tiendra en Thaïlande, en 2013 ?
« Les gens aiment à croire que les gouvernements prennent des décisions sur la base de données scientifiques, mais cette conférence de la CITES a montré que ce n’est pas le cas. Les intérêts économiques à court terme l’ont emporté sur les intérêts économiques à plus long terme. Il faut désormais changer de stratégie et travailler directement avec les différents gouvernements. Les pays de l’UE, certains pays sensibles à la protection de l’environnement, ainsi que de nombreux pays en développement sont aujourd’hui conscients que les pratiques de pêche doivent être durables et c’est là -dessus que nous devons nous appuyer. Suite aux résultats de cette conférence de la CITES, le Pew Environment Group a annoncé le lancement d’une nouvelle campagne de protection des populations de thon rouge en phase de reproduction dans le golfe du Mexique qui est à l’heure actuelle le seul lieu de reproduction connu de cette espèce dans l’Atlantique ouest. Nous avons l’intention de travailler au côté des États-Unis afin de réduire la pêche à la palangre dans cette zone, car les pêcheurs, en voulant attraper des thons albacores, capturent et tuent aussi des thons rouges.
Comble de l’ironie quand on sait le rôle qu’a joué le Japon durant cette conférence, c’est ce pays qui accueillera le sommet organisé à Nagoya, en octobre, pour célébrer l’Année internationale de la biodiversité. Ce sera l’occasion rêvée d’attirer l’attention sur le Japon et de lancer une campagne sur le rôle de ce pays vis-à -vis de la biodiversité marine pour que ses habitants comprennent les conséquences de leur consommation de sushis. Je suis intimement convaincue que si les Japonais savaient ce qu’ils font, ils ne consommeraient plus de thon rouge. Et pourtant le gouvernement japonais s’exprime à ce sujet dans les médias. C’est pour cela qu’il est absolument essentiel de mettre l’accent sur la prise de conscience au sein du grand public et des scientifiques japonais. Les faits sont là : 70 % des pêcheries dans le monde sont en voie d’extinction, nous pillons littéralement les océans. Il faut absolument qu’il y ait des endroits sur terre où les poissons soient protégés. »
Propos recueillis par Neila Columbo
]Vous avez apprécié cet article ?
Inscrivez-vous à notre newsletter Rejoignez notre groupe Facebook Suivez-vous sur Twitter-
Du liège pour la Sagrada Familia -
Iroise : le premier parc naturel marin -
Une litière biodégradable -
Ne pas rapporter de cadeaux empoisonnés de ses voyages -
Réaliser son compost -
Les carrières d’exploitation peuvent favoriser la biodiversité -
Banque de graines mondiales en Norvège -
Éduquer pour protéger -
Rendre justice à la terre -
Paul Watson, le guerrier des mers
Rémy Marion est documentariste, il s'est fait une spécialité dans l'observation des ours polaires qu'il filme depuis des années.

Auteur du Livre noir de la chasse Massacres & abus de pouvoir, Pierre Athanaze est à la base forestier. Il a été administrateur à l'Office national de la chasse et de la faune (ONCFS) durant 10...
Yann Arthus-Bertrand est photographe, cinéaste, et écologiste. Il s’est toujours passionné pour le monde animal et les espaces naturels. En 1991, il fonde Altitude, première agence de photographie...
Neha Sinha travaille avec le Bombay Natural History Society.Elle rédige aussi des éditos et des chroniques sur l'environnement dans des journaux indiens.
Sandra Bessudo se bat depuis des années pour la protection de Malpelo, une île du Pacifique à 500 kilomètres des côtes colombiennes. Elle a créé la fondation Malpelo, qui vise à protéger l'île et ses...
Professeur, Philippe Bouchet est chargé de mission "Grandes expéditions" au Museum d'histoire naturelle. Ce spécialiste des mollusques, examine un échantillon dans un laboraboratoire de l'Institut de...
Photographe sous-marin, biologiste et réalisateur, Rob Stewart est un passionné de requins. En 2007, il a réalisé le film Sharwater (Les seigneurs de la mer) afin de déconstruire le mythe du requin...
Jean-Marie Ouary est l'un des fondateurs de l'association Mille traces, basée dans le Vercors. C'est l'un des spécialistes français du retour du loup en France.
IUCN: Fondée en 1948, l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), aussi appelée Union mondiale pour la nature, réunit 81 États, 120 agences gouvernementales, plus de 800 ONG et...
Julia Marton-Lefèvre est la directrice générale de l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). L'UICN publie la liste rouge des espèces menacées dans le monde. Photo: IUCN/Group...
Philippe J Dubois est ornithologue et écologue. Il est l’auteur de la Grande Amnésie Ecologique.
Xavier Pastor est Directeur Exécutif d'Oceana en Europe. Biologiste marin, il a commencé sa carrière professionnelle à l'Institut Océanographique Espagnol et plus tard a fondé Greenpeace Espagne en...
L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO, Food and Agriculture Organisation of the United Nations) a été créée en 1945 , son siège est à Rome depuis 1951. Elle...
Claire Nouvian est une environnementaliste qui voue sa carrière à sensibiliser le public et les autorités aux problèmes posés par l’exploitation des océans profonds et des espèces très vulnérables...
Anada Tiéga est le Secrétaire général de la Convention de Ramsar sur les zones humides. Auparavant, il a notamment été coordinateur régional de l'UICN en Afrique de l'ouest et a également été chargé...
Peter Singer enseigne la bioéthique à l’université de Princeton. Il est aussi Professeur Laureate à l’université de Melvourne. Ses ouvrages récents : Animal Liberation (La libération animale),...
Créé en 1972, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE ou UNEP en anglais) est la plus haute autorité environnementale au sein du système des Nations Unies. Le Programme joue le rôle...
Arnaud Gossement est avocat au Barreau de Paris en droit de l'environnement et de l'énergie, Docteur en droit, et Maître de conférences à Sciences Po Paris. Il a également été porte-parole de France...
Achim Steiner est le directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Auparavant, il a exercé de hautes fonctions à la Commission mondiale des barrages puis à l'Union...
Antoine F. Goetschel est un avocat, spécialisé notamment dans le droit des animaux. Son dernier livre, « The Attorney for Animals », devrait sortir en 2011 et vise à pour informer et sensibiliser le...
Avant de rejoindre l’ONG Pew Trusts, Alistair Gammell a passé 40 ans à la RSPB - Royal Society of Protection of Birds (la Société Royale pour la Protection des Oiseaux), en tant que directeur...
Le docteur Ahmed Djoghlaf est le secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique établie par les Nations Unies. Avant de rejoindre l’ONU, Ahmed Djoghlaf a exercé des fonctions...
Célèbre journaliste d’investigation et éditorialiste au quotidien anglais The Guardian. George Monbiot est conseiller auprès de la BBC Wildlife magazine. Il est également l'auteur de best sellers...
Susan Lieberman représente le Pew Environment Group (dont elle est directrice adjointe) à la CITES,
Le rédacteur en chef du site GoodPlanet Info a créé la page écologie de Courrier International et participé à la création de l'émission Vu du Ciel sur France2.
Consultant en environnement et développement, Fred Pearce est journaliste au New Scientist, au Boston Globe, à The Independent et à The Ecologist. Il a contribué à la rédaction de rapports du WWF, de...
Carl Zimmer travaille comme journaliste spécialiste des questions scientifiques et environnementales. Il a rédigé 6 livres et s’intéresse à des domaines aussi variés que la recherche dans les...
Silvia Ribeiro et Kathy Jo Wetter travaillent toutes deux en tant que chercheuses pour l'Action Group on Erosion, Technology and Concentration (ETC Group).
New Scientist est un magazine scientifique international hebdomadaire qui s'intéresse aux développements de la science et de la technologie. Il publie des articles sur les événements récents et les...
Brendan Moyle est néo-zélandais et se préoccupe de défense de l'environnement. Il y a longtemps de ça, en tant que zoologiste, il étudiait de minuscules pseudoscorpions. Il a passé un doctorat en...
Jean-Michel Severino est, depuis 2001, Directeur général de l’Agence Française de Développement (AFD). Diplômé de l’École Nationale d’Administration et de l’Institut d’Études Politiques de Paris,...
La Convention de Ramsar est un traité international pour la conservation et l'utilisation durable des zones humides visant à enrayer la dégradation et la perte de zones humides, aujourd'hui et...
Ingénieur agronome, docteur ès sciences, François Ramade est professeur émérite de l'université Paris-Sud (Orsay). Il est ancien président de la Société nationale de protection de la nature,...
Solenn Honorine est diplômée de Sciences Po (Bordeaux), de l’University of Los Angeles, California (UCLA), et de l’École Supérieure de Journalisme de Lille, S. Honorine est journaliste française...
Directrice de recherche au Earth Policy Institute ou elle travaille avec LesterBrown, elle détient un diplôme en Systèmes Terrestres, obtenu à l’Université de Stanford. Ancienne chercheuse au...