Jean François Mouhot

Jean François Mouhot est historien. Il est l'auteur de “Des Esclaves Energétiques. Réflexions sur le changement climatique”. Ses travaux le poussent à se spécialiser dans l'histoire de l'environnement. Une branche de l’histoire qui s’intéresse à la manière dont les hommes ont modifié leur environnement au cours des siècles, à la manière dont les facteurs environnementaux ont influencé l’histoire humaine, et à la manière dont les hommes ont pensé leur rapport à l’environnement et de la nature au cours de l’histoire.

Cessons de payer les pollueurs
[Connie Hedegaard, 05/04/2013]

Cessons de payer les pollueurs Connie Hedegaard est Commissaire européenne à l'Action pour le climat. Suite
Le dégel du pergélisol aggraverait le réchauffement climatique
[PNUE, 27/11/2012]

Le dégel du pergélisol aggraverait le réchauffement climatique Créé en 1972, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE ou UNEP en anglais) est la plus haute autorité environnementale au sein du système des Nations Unies. Le Programme joue le rôle... Suite
La conférence de Doha renforce la crise climatique
[Réseau Action Climat, 08/12/2012]

La conférence de Doha renforce la crise climatique Le Réseau Action Climat – France (RAC-F) est une association loi de 1901 spécialisée sur le thème des changements climatiques Suite
Les gouvernements doivent revoir leurs ambitions à la hausse sur le climat
[PNUE, 21/11/2012]

Les gouvernements doivent revoir leurs ambitions à la hausse sur le climat Créé en 1972, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE ou UNEP en anglais) est la plus haute autorité environnementale au sein du système des Nations Unies. Le Programme joue le rôle... Suite
Le risque environnemental pour la dette souveraine
[Achim Steiner, 27/10/2012]

Le risque environnemental pour la dette souveraine Achim Steiner est le directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Auparavant, il a exercé de hautes fonctions à la Commission mondiale des barrages puis à l'Union... Suite
Rio+20 : réagir pacifiquement et démocratiquement aux crises à venir
[Hervé Le Treut, 20/06/2012]

Rio+20 : réagir pacifiquement et démocratiquement aux crises à venir Climatologue français Hervé Le Treut dirige l’Institut Pierre-Simon Laplace qui regroupe plusieurs laboratoires de recherche sur l’environnement. Spécialiste du climat, il est membre du Groupe... Suite
Les forêts de montagne menacées
[FAO, 09/12/2011]

Les forêts de montagne menacées L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO, Food and Agriculture Organisation of the United Nations) a été créée en 1945 , son siège est à Rome depuis 1951. Elle... Suite
Durban : l'Union européenne a-t-elle signé la défaite du climat ?
[Maxime Combes, 10/12/2001]

Durban : l'Union européenne a-t-elle signé la défaite du climat ? Economiste de formation, Maxime Combes est membre de l'Aitec et d'Attac et est engagé dans le cadre du projet Echo des Alternatives Suite
Climat : sueurs froides et accords tièdes à Durban
[Fondation pour la Nature et l'Homme, 13/12/2001]

Climat : sueurs froides et accords tièdes à Durban Créée en 1990 par Nicolas Hulot, la Fondation pour la Nature et l'Homme (FNH) a pour objectif de modifier les comportements individuels et collectifs pour préserver notre planète. Organisation non... Suite
Le pétrole fait-il de nous des esclavagistes modernes ?
[Jean François Mouhot, 06/12/2011]

Le pétrole fait-il de nous des esclavagistes modernes ? Jean François Mouhot est historien. Il est l'auteur de “Des Esclaves Energétiques. Réflexions sur le changement climatique”. Ses travaux le poussent à se spécialiser dans l'histoire de... Suite
De l'utilité des données climatiques pour les agriculteurs sénégalais
[Sci-dev.net, 11/08/2011]

De l'utilité des données climatiques pour les agriculteurs sénégalais Le réseau Science et Développement est une organisation à but non lucratif reconnue œuvre de bienfaisance à but éducatif au Royaume-Uni . Sa mission est d’aider les acteurs économiques des pays en... Suite
Les mesures contre le changement climatique doivent être à l’épreuve de la corruption
[Transparency International, 30/04/2011]

Les mesures contre le changement climatique doivent être à l’épreuve de la corruption Fondée en 1993 et présente dans 80 pays, Transparency International est une ONG qui lutte contre la corruption. Suite
Sommet de Cancún : les Nations unies seraient-elles incapables de s’occuper du climat ?
[Fred Pearce, 16/12/2010]

Sommet de Cancún : les Nations unies seraient-elles incapables de s’occuper du climat ? Consultant en environnement et développement, Fred Pearce est journaliste au New Scientist, au Boston Globe, à The Independent et à The Ecologist. Il a contribué à la rédaction de rapports du WWF, de... Suite
Les voyants du changement climatique sont au rouge
[George Soros, 12/12/2010]

Les voyants du changement climatique sont au rouge George Soros, milliardaire et philanthrope, dirige le Fond de gestion Soros et l’Institut Open Society. Photo : © AFP PHOTO / ERIC PIERMONT Suite
Qu’attendre de la conférence sur le climat de Cancun
[Denis Loyer, 24/11/2010]

Qu’attendre de la conférence sur le climat de Cancun Denis Loyer est conseiller climat à l’Agence française de développement, AFD. L’AFD est la banque de développement de la France. L’AFD et les principaux bailleurs de fonds bilatéraux japonais (JICA)... Suite
Agissons tous ensemble le dimanche 10 octobre pour le climat
[Yann Arthus-Bertrand, 08/10/2010]

Agissons tous ensemble le dimanche 10 octobre pour le climat Yann Arthus-Bertrand est photographe, cinéaste, et écologiste. Il s’est toujours passionné pour le monde animal et les espaces naturels. En 1991, il fonde Altitude, première agence de photographie... Suite
Dangers et contributions potentielles de la géoingénierie
[Jeff Goodell, 01/04/2010]

Dangers et contributions potentielles de la géoingénierie Jeff Goodell est un journaliste américain qui contribue à Rolling Stone, Wired, au Washington Post et au New York Times. Il vient de finir un livre sur la géoingénierie How to Cool the Planet:... Suite
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Grenelle : Peut mieux faire… Diplômée de l’École nationale supérieure des techniques avancées de Paris puis de l’École des hautes études en sciences sociales en sciences économiques, Sandrine Mathy débute sa carrière au Centre... Suite
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[Yann Arthus-Bertrand, 03/06/2010]

Agir rend heureux Yann Arthus-Bertrand est photographe, cinéaste, et écologiste. Il s’est toujours passionné pour le monde animal et les espaces naturels. En 1991, il fonde Altitude, première agence de photographie... Suite
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Pourquoi les grandes forêts de l’Ouest américain meurent-elles ? Jim Robbins est un journaliste, il écrit notamment au New York Times. Il rédige actuellement un livre prévu pour 2011 « The Forgotten Forest » (Les forêts oubliés) sur le rôle que les arbres jouent... Suite
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Le double jeu des Etats insulaires Originaire d’Afrique du Sud, Khadija Sharife est à la fois journaliste, militante et chercheuse. Elle s’intéresse notamment aux questions financières liées à l’aide au développement. Elle participe... Suite
Pourquoi les scientifiques doivent être les nouveaux climato-sceptiques
[New Scientist, 04/03/2010]

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[Prem Shankar Jha, 11/02/2010]

La climatologie sous le coup des tabloïdes Prem Shankar Jha est un journaliste indien également auteurs de plusieurs ouvrages d’économie. Il a aussi travaillé pour l’UNDP (Programme des Nations Unies pour le Développement), la Banque... Suite
Comment surmonter l’échec de Copenhague
[Joseph E. Stiglitz, 06/01/2009]

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Copenhague : Demi succès ou catastrophe ? Michel Rocard a été Premier Ministre en France de 1988 à 1991. Il a été nommé en 2009 ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique. ... Suite
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[Joss Garman, 20/12/2009]

Copenhague est un échec historique qui restera marqué du sceau de l'infamie Joss Garman est un militant écologique britannique. il est chargé de campagne à Greenpeace et a aussi participé à la fondation du mouvement Plane Stupid qui s'oppose à l'extension du trafic aérien.... Suite
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[Olivier Milhomme, 21/12/2009]

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[Naomi Klein, 13/11/2009]

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350, une initiative mondiale en faveur du climat Jacques Mirenowicz est co-fondateur et rédacteur en chef de LaRevueDurable, revue franco-suisse de vulgarisation sur tout ce qui touche à l’écologie et au développement durable. Elle offre vise à... Suite
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[Achim Steiner, 01/09/2009]

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L'urgence sur les récifs coralliens et Copenhague
[Pavan Sukhdev, 01/09/2009]

L'urgence sur les récifs coralliens et Copenhague Pavan Sukhdev est un économiste et banquier indien qui a notamment travaillé pour la banque centrale allemande en Inde. Il a été chargé par la commission européenne de diriger une étude mondiale sur... Suite
Mettre en place un budget carbone
[Claus Leggewie, 20/08/2009]

Mettre en place un budget carbone Claus Leggewie dirige l’Institute for Advanced Study in the Humanities à Essen (KWI) et est membre du Conseil allemand pour un changement global (WBGU).Photo : Stefan/wikipedia sous licence Creative... Suite
Interview : Etats-Unis, la bannière étoilée se pare de vert
[New Scientist, 03/08/2009]

Interview : Etats-Unis, la bannière étoilée se pare de vert New Scientist est un magazine scientifique international hebdomadaire qui s'intéresse aux développements de la science et de la technologie. Il publie des articles sur les événements récents et les... Suite
Le méthane : problème majeur et solution pratique pour le climat ?
[New Scientist, 25/06/2009]

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REDD sur l'Amazonie : une victoire pour les populations, les arbres et le climat
[Virgilio Viana, 15/03/2009]

REDD sur l'Amazonie : une victoire pour les populations, les arbres et le climat Celui qui est l'un des meilleurs spécialistes brésiliens de la protection des forêt a exercé des fonctions de secrétaire d'État de l'Environnement et du Développement Durable de l'Etat d'Amazonie. Il... Suite
États-Unis : la politique sur le changement climatique d'un État à la dérive
[George Monbiot, The guardian, 26/06/2009]

États-Unis : la politique sur le changement climatique d'un État à la dérive Célèbre journaliste d’investigation et éditorialiste au quotidien anglais The Guardian. George Monbiot est conseiller auprès de la BBC Wildlife magazine. Il est également l'auteur de best sellers... Suite
Le piège de Kyoto
[Bjørn Lomborg, 25/05/2009]

Le piège de Kyoto Bjørn Lomborg est professeur à la Copenhagen business School. Il est l’auteur de L’environnementaliste sceptique (The skeptical environmentalist: measuring the real state of the world, Cambridge... Suite
Une prophétie qui se réalise
[George Monbiot, The guardian, 16/03/2009]

Une prophétie qui se réalise Célèbre journaliste d’investigation et éditorialiste au quotidien anglais The Guardian. George Monbiot est conseiller auprès de la BBC Wildlife magazine. Il est également l'auteur de best sellers... Suite
Profiteurs du climat : les pays émergents doivent agir
[Fred Pearce, The guardian, 29/01/2009]

Profiteurs du climat : les pays émergents doivent agir Consultant en environnement et développement, Fred Pearce est journaliste au New Scientist, au Boston Globe, à The Independent et à The Ecologist. Il a contribué à la rédaction de rapports du WWF, de... Suite
Parler du changement climatique en Afrique
[Patrick Luganda, 24/01/2007]

Parler du changement climatique en Afrique Patrick Luganda est le président du Réseau des Journalistes spécialisés dans le Climat de la Grande Corne de l'Afrique (Network of Climate Journalists in the Greater Horn of Africa), dont le... Suite
Pourquoi les ministres des finances devraient s'inquiéter du changement climatique ?
[Angel Gurria, 08/12/2008]

Pourquoi les ministres des finances devraient s'inquiéter du changement climatique ? Né le 8 mai 1950 à Tampico, au Mexique, Angel Gurría est Secrétaire général de l’OCDE depuis juin 2006, après avoir été ministre des Affaires étrangères du Mexique, de décembre 1994 à janvier 1998,... Suite
La déforestation au coeur des négociations climat-énergie
[Olivier BOUYER, 31/12/2008]

La déforestation au coeur des négociations climat-énergie Olivier BOUYER est Ingénieur du Génie Rural, des Eaux et Forêts. Il a participé à la conférence de Poznan (en 2008) avec la délégation française comme chargé de mission “effet de serre et forêt””... Suite
Vers un autre débat sur le climat
[Kevin Watkins, 11/11/2007]
 
Kevin Watkins est le directeur du Human Development Report Office (HDRO) du programme de développement des Nations Unis (UNDP). Suite
Climat de peur : les tenants du catastrophisme en matière de réchauffement de la planète réduisent les sceptiques au silence.
[Richard Lindzen, 01/04/2006]
 
Richard Lindzen est professeur de météorologie au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il est connu pour ses travaux en météorologie dynamique, en particulier fondés sur les interactions... Suite
Comment lutter contre le changement climatique
[James Hansen, 26/04/2007]
 
James Hansen est directeur du NASA Goddard Institute for Space Studies et professeur au Department of Earth and Environmental Sciences à l’université de Columbia. Connu pour ses recherches en... Suite
Bjørn Lomborg ou Tintin au pays de l'écologie ?
[Olivier Godard, 01/01/2003]

Bjørn Lomborg ou Tintin au pays de l'écologie ? Olivier Godard est directeur de recherche au CNRS et professeur à l'École polytechnique. Il a publié de nombreux articles sur la prévention des risques majeurs, le principe de précaution et... Suite

Le pétrole fait-il de nous des esclavagistes modernes ?

06/12/2011 8:48 am

L'énergie a remplacé l'esclavage. Il nous fournit des "esclaves énergétiques". Quel rapport la morale, l'énergie, le travail forcé et le changement climatiques peuvent-ils entretenir ? Qu'est-il possible d'apprendre de l'esclavagisme concernant notre attitude envers les énergies ? Ce sont les questions que pose Jean-François Mouhot dans son essai : Des esclaves énergétiques réflexions sur le changement climatique paru en 2011.

La question de l'esclavage est souvent abordée selon la même perspective, fondée sur le présupposé emprunt de positivisme selon lequel nos civilisations modernes seraient moralement bien supérieures aux sociétés esclavagistes ‘barbares’ du passé. Mais considérons un instant ce présupposé pour ce qu’il est, un simple présupposé, et acceptons d’examiner les surprenantes similarités entre notre comportement actuel touchant les combustibles fossiles et le changement climatique d'une part, et l'attitude des propriétaires d'esclaves d'autre part.

Nos sociétés d'aujourd'hui paraissent très différentes des sociétés esclavagistes. Pourtant, en remplaçant l'institution de l'esclavage et les structures sociales qui allaient avec, par un nouvel ensemble de structures basé sur les énergies fossiles, nos sociétés contemporaines se sont rapprochées, par bien des aspects, de ces mêmes sociétés esclavagistes qui nous paraissent aujourd’hui si barbares (ce phénomène n'est d’ailleurs pas limité aux sociétés occidentales).

Par exemple, du fait que nous avons maintenant connaissance des conséquences du changement climatique dans certaines régions du monde, nous devons reconnaître que les émissions de dioxyde de carbone engendrent des souffrances; non pas, certainement, de façon aussi directe que l'esclavage, mais des souffrances néanmoins bien réelles pour ceux qui les endurent. On peut aussi observer de nombreuses ressemblances entre la façon dont on se procure ou dont on fait usage des combustibles fossiles aujourd'hui, et celle dont on utilisait le travail des esclaves par le passé. Ces liens sont si évidents que de nombreux auteurs désignent maintenant couramment les services qui nous sont fournis par des machines par le terme d' « esclaves énergétiques »: ainsi John McNeill écrivait récemment que dans les années 1990 le citoyen mondial moyen « utilisait environ 20 'esclaves énergétiques', soit l'équivalent de 20 personnes travaillant 24 heures par jours, 365 jours par an » (2000: 15). Nous comporterions-nous donc maintenant largement comme des propriétaires d'esclaves ?

Une telle assertion paraîtra certainement outrancière à beaucoup. Toutefois, le but de cet essai n'est pas de blâmer ou (évidemment !) d’aliéner des individus ou des groupes spécifiques. C'est bien plutôt l'inverse: à une époque où la société cherche des coupables, responsables des problèmes environnementaux actuels et futurs, je soutiens que si nous en sommes arrivés à la situation actuelle, c'était – essentiellement - en toute bonne foi, avec la conviction que la modernité libérerait le plus grand nombre des travaux pénibles, et sans aucune possibilité d'anticiper les conséquences qu’allait générer notre consommation d'énergies fossiles. En replaçant les choses dans leur contexte, l'histoire nous permet de nous dégager des jugements moraux trop simplistes, et de mieux comprendre les motivations de ceux qui développèrent les moteurs à énergie fossile – nous installant ainsi, involontairement, dans une nouvelle forme de dépendance. Il est vrai que cet essai met aussi en évidence des ressemblances entre le comportement de nos sociétés et celui des sociétés esclavagistes, et de ce fait, condamne moralement notre attitude. Mais il le fait en insistant sur le caractère quasi universel de l'esclavage - ou du néo-esclavage - en tant qu'institution dans les sociétés humaines, faisant ainsi porter le blâme à l’humanité en général, et non pas à des sociétés ou des institutions particulières. Cela ne diminue pas pour autant notre responsabilité morale, mais cela devrait au moins nous empêcher de transformer trop facilement ‘les autres’ en boucs émissaires, autre tendance universelle parmi les hommes (Girard 1987).

Les esclaves d'hier et nos machines actuelles remplissent des rôles économiques et sociaux similaires à l'intérieur des sociétés dans lesquelles ils vivaient hier ou fonctionnent aujourd'hui. Tout comme les sociétés esclavagistes, les pays développés ‘externalisent’ le travail. Dans le premier cas, le travail était fourni par les esclaves; dans le second, il est effectué par des machines. Mais la dépendance est la même. D'autre part, les esclaves libéraient leurs maîtres des corvées quotidiennes, comme le font aujourd'hui pour nous les machines modernes. Elles nous donnent, comme ils la leur donnaient, la disponibilité pour lire, écrire, produire des œuvres d'art, s'informer ou s'engager en politique. Si nous voulions continuer à bénéficier de notre mode de vie actuel sans recourir aux énergies fossiles, il nous faudrait employer plusieurs douzaines de personnes travaillant à temps plein rien que pour nous. Par ailleurs, l'exploitation humaine et les souffrances résultant (directement) de l'esclavage et (indirectement) de l'exploitation excessive des énergies fossiles sont maintenant moralement comparables, quand bien même les processus à l'œuvre sont différents. Nous savons aujourd’hui pertinemment que lorsque nous brûlons du pétrole ou du gaz au-delà de ce que la planète peut absorber nous infligeons de façon indirecte des souffrances à d'autres êtres humains, aujourd'hui et dans l'avenir. De la même façon, les énergies fossiles à bas prix encouragent l'importation de biens, produits dans des pays quasiment ou totalement dépourvus de protection sociale, et, de ce fait, incitent à délocaliser le travail et à perpétuer des conditions proches de l'esclavage.

Esclavage et combustion d'énergies fossiles diffèrent en premier lieu, je l’ai dit, par la façon dont elles créent des dommages. Dans le cas de l'esclavage, l'oppression opère généralement de façon directe. Les esclaves ont un visage, un nom, une personnalité, et leurs maîtres peuvent être immédiatement témoins du résultat. Dans l'économie des hydrocarbures, en revanche, les souffrances engendrées par les émissions de dioxyde de carbone sont indirectes et souvent non perceptibles par ceux qui les causent. Il n'est pas évident de voir le lien éventuel entre une centrale au charbon crachant du CO2 en Europe et un camp de réfugiés en Afrique et, plus compliqué encore, de réaliser les effets que pourra avoir le changement climatique pour les générations futures. La comparaison, donc, fait fi de l'expérience humaine immédiate qui caractérisait l'esclavage. On ne peut observer les conséquences de notre utilisation actuelle des combustibles fossiles de la même façon que les propriétaires d'esclaves pouvaient percevoir les souffrances infligées à leurs esclaves ; la pleine réalisation de ces conséquences est à la fois retardée chronologiquement et repoussée géographiquement (Hulme 2009: 200-201)

Par ailleurs, lorsque j'utilise les termes ‘machines’ ou ‘esclaves énergétiques’ ou encore ‘esclaves virtuels’, je sous-entends des machines fonctionnant aux énergies fossiles, même si je ne le dis pas toujours explicitement. Cela à la fois pour ne pas alourdir le propos, mais aussi parce que l’immense majorité des machines fonctionnent aujourd'hui directement ou indirectement au pétrole, au gaz ou au charbon. Bien entendu, certaines sont alimentées par de l'électricité hydraulique ou nucléaire, qui ne rejettent (quasiment) pas de carbone. L'immense majorité de l'électricité mondiale est toutefois produite dans des centrales fonctionnant au charbon ou au gaz. Selon les estimations les plus récentes, la production d'électricité par des centrales thermiques représentait 66% du total (environ 40% au charbon, 20% au gaz naturel et 5% au fioul lourd), tandis que les centrales hydroélectriques en produisaient 16%, les centrales nucléaires 14%, et les énergies renouvelables (géothermie, énergies solaire, éolienne ou dérivées du bois et des déchets) seulement 2,2% (AER 2006). Il n'est pas possible d'examiner ici l'énergie nucléaire en détail. Celle-ci – en l’absence d’accidents – ne pose pas le même type de problèmes que les énergies fossiles puisqu’elle ne contribue pas directement à l’effet de serre. En revanche, si accident il y a, le degré de dommages et de souffrances que cette énergie peut créer est potentiellement extrêmement élevé. On ne peut faire abstraction non plus du formidable problème moral posé par les quantités énormes de déchets toxiques laissés aux générations futures ou le risque de prolifération des armes nucléaires (Power 2008). Toutefois, puisque l’on ne vit malheureusement pas dans un monde parfait et que les autres formes d’énergie présentent d’autres dangers ou problèmes peut-être plus graves encore ou ne peuvent pas suffire à se substituer assez rapidement aux énergies fossiles, plusieurs voix se sont élevées récemment des rangs des militants écologistes pour défendre l’idée que le nucléaire est un moindre mal – et que son développement devrait même être sérieusement accéléré, à condition que certaines conditions soient respectées et qu’on entreprenne dans le même temps une remise en cause de l’ensemble du fonctionnement de nos pays pour décarboner les sociétés (Jancovici 2011 ; Monbiot 2006).

La comparaison entre l'esclavage et la consommation excessive d'énergies fossiles que je propose dans les pages suivantes n'est en aucun cas une comparaison parfaite. Je n'essaye pas de démontrer que consommation à outrance d'énergie fossile et esclavage sont équivalents, mais bien plutôt qu'ils présentent des similarités frappantes, malgré d'importantes différences. Mais il n’est pas nécessaire qu’une analogie soit parfaite pour qu’elle suscite des discussions et provoque la réflexion.

(...)

Une seconde différence, cruciale, est qu'il n'y a pas de volonté délibérée de causer du mal ou de faire perdre leur dignité à d'autres en brûlant des énergies fossiles. Au contraire, les raisons derrière l'asservissement d'êtres humains n'étaient, et ne sont en aucun cas limitées à des besoins économiques; il n'était pas rare qu'elles incluent un désir de contrôle, de violence sexuelle, voire même parfois, une part de sadisme. Comme Aristote lui-même l'a reconnu, la domination totale sur d'autres comporte de fortes implications psychologiques, qui sont absentes dans la situation où des machines accomplissent le travail des esclaves. Adam Smith écrivit en 1776 que la principale raison à l'esclavage était de « dominer, dégrader, humilier et contrôler – souvent dans le but de renforcer [les] sentiments de fierté et de supériorité des maîtres ».

Comme l'exprime Davis, « la possession d'esclaves est l'exemple le plus extrême non seulement de domination et d'oppression mais aussi de tentative humaine de déshumaniser d'autres hommes ». Les exemples abondent qui montrent cette caractéristique de l’esclavage : « le pouvoir d’humilier, de déshonorer, de réduire en servitude, et même de tuer (…) donnait à [certains propriétaires d’esclaves] non seulement un sentiment de solidarité mais aussi un sens de supériorité et de transcendance – une impression de pouvoir s’élever au dessus des contraintes matérielles de la vie » (Davis 2006: 2; 3; 29). Dans un certain sens, la possession par exemple d’une Porsche ou d’une Land Rover joue aussi un rôle assez semblable puisqu’il permet à celui qui la conduit de montrer sa richesse, sa réussite, et lui donner un sentiment de supériorité et de domination, voire faciliter les conquêtes féminines (sinon, pourquoi dépenser autant d’argent pour de telles voitures !)

Il existe aussi bien sûr d’autres différences : par exemple, le fait qu’en contribuant au changement climatique, nous nous causons aussi du mal à nous-mêmes, et pas seulement à autrui. Toutefois, comme les pays riches peuvent s’adapter plus facilement que les pays pauvres, brûler des énergies fossiles – ce qui est essentiellement le fait des pays riches – affecte principalement les Etats les plus vulnérables aujourd’hui.