New Scientist
New Scientist est un magazine scientifique international hebdomadaire qui s'intéresse aux développements de la science et de la technologie. Il publie des articles sur les événements récents et les nouvelles issues de la communauté scientifique, ainsi que des articles de prospective qui peuvent être tout aussi bien techniques que philosophiques.
Fondé en 1956, le magazine est publié par Reed Business Information, une filiale de Reed Elsevier. Il est basé à Londres et possède une édition britannique, américaine et australienne.
New Scientist n'est pas une revue à comité de lecture, mais il est beaucoup lu à la fois par des scientifiques et des non-scientifiques qui peuvent ainsi prendre connaissance des développements de la science hors de leurs propres domaines d'intérêt. Un grand nombre des articles scientifiques qui paraissent dans la presse généraliste sont basés sur des contenus publiés dans le magazine.
Les « défauts » de la Liste rouge mettent certaines espèces en danger
23/04/2009 11:26 am
C'est sans doute le baromètre du risque d'extinction le plus influent, et pourtant la Liste rouge n'est pas scientifique et souvent erronée. C'est en tout cas ce qu'affirme un nombre croissant de chercheurs spécialisés dans la conservation de l'environnement, dont plusieurs participent à la rédaction de ladite liste. Si personne ne veut voir disparaître cette Liste rouge, qui regroupe 45 000 espèces, beaucoup craignent qu'on ne minimise les méthodes parfois douteuses employées lors du processus de classification : du temps, de l'argent et des efforts seraient en fait consacrés à la sauvegarde d'espèces « hors de danger » tandis que d'autres glisseraient lentement vers l'extinction.
La Liste rouge, fleuron de l'Union mondiale pour la nature (UICN), ne se contente pas d'éveiller les consciences ni de collecter des millions de dollars pour la conservation ; elle fournit aussi des données pour les études d'impact environnemental et sert de levier pour mettre en place de nouvelles politiques et pousser les États à respecter les accords internationaux. Son influence ne cesse de s'étendre. L'année prochaine, la Convention sur la diversité biologique s'en servira comme référence pour estimer si elle est proche ou non de son objectif qui est de réduire la perte de biodiversité.
Pourtant, beaucoup remettent actuellement sa qualité en question. « Ça se veut hautement fiable, scientifique et transparent, mais ça ne l'est pas » affirme Matthew Godfrey, de la North Carolina Wildlife Ressources Commission, située à Beaufort et qui fait partie d'un des groupes de spécialistes qui rédigent la Liste. Et les critiques se sont récemment multipliées à travers une série d'articles publiés dans la revue Endangered Species Research.
Les informations destinées à la Liste rouge sont compulsées par quelque 7500 volontaires généralement issus d'organismes ou d'universités impliqués dans la défense de l'environnement, et tout est exploité, depuis les cartes des musées jusqu'aux relevés de vente des produits dérivés en lien avec les animaux. A partir de là , le risque d'extinction est calculé selon les critères de l'UICN : on regarde par exemple si le taux de déclin d'une population particulière a dépassé un certain seuil.
Ces critères peuvent donner des résultats saugrenus. La tortue verte, par exemple, est ainsi classée dans la catégorie « en danger » alors qu'il en existe plus de 2 millions dans le monde. Selon Brendan Godley, de l'université d'Exeter, au Royaume-Uni, et du Marine Turtle Specialist Group, « la tortue verte n'est pas menacée d'extinction ». Ça ne veut pas dire pour autant qu'il ne faut pas s'en occuper, car certaines populations sont gravement menacées par l'exploitation de leurs oeufs. « Mais il ne s'agit pas du même niveau de risque qu'une population de 50 perroquets vivant sur une petite île victime de la déforestation. »
Des doutes du même ordre planent sur de nombreuses autres espèces, dont le cachalot et cinq autres espèces de tortues marines, qui sont considérées comme en danger d'extinction. Leur évaluation s'appuie sur des critères de « déclin » et pourtant, s'il est possible que le nombre total d'individus ait chuté, la population mondiale reste élevée et viable.
C'est un énorme point faible de la Liste rouge pour Grahame Webb, de l'université Charles Darwin située à Darwin, en Australie. Il suggère que la catégorie « en déclin critique » soit créée pour servir de signal d'alarme sans pour autant émettre de jugement sur le risque d'extinction.
Un autre problème tient au fait que les critères de la Liste rouge sont difficilement applicables à certaines espèces. « Les seuils sont fixés relativement aux mammifères », affirme Atte Komonen, de l'Université suédoise des sciences agricoles d'Uppsala. « Mille éléphants, ça peut être tout à fait viable, alors qu'il est très peu probable que mille scarabées le soient, notamment parce qu'ils sont susceptibles de tous occuper un seul et même arbre et que celui-ci peut partir en fumée. » Komonen suggère donc d'adapter le risque à des groupes taxonomiques spécifiques, ce qui reviendrait en l'occurrence à évaluer le nombre d'arbres occupés plutôt que le nombre de scarabées.
Sur ces points, l'UICN campe néanmoins sur ses positions. « Nous sommes conscients que certains problèmes sont sans solution pour l'instant, mais ça s'explique par le fait que nous sommes à la pointe de la science de la protection environnementale », déclare Craig Hilton-Taylor, de l'unité Liste rouge UICN de Cambridge, au Royaume-Uni. « Personne n'a réussi à mettre au point un système qui s'applique à tous les groupes taxonomiques », fait-il remarquer. Et si l'on adaptait les méthodes à chaque espèce, il deviendrait difficile de comparer les risques relatifs d'extinction.
Mais les problèmes pourraient être plus profonds que ça. Plusieurs chercheurs déplorent une certaine tendance à se plier au « principe de précaution », qui fait partie des principes directeurs de la Liste rouge. Or cela pousse des groupes de spécialistes à exiger des niveaux de preuves plus élevés pour une augmentation de population que pour une baisse, ce qui, au final, amplifie les risques d'extinction. « Il y a tiraillement entre les principes scientifiques et le principe de précaution en matière de conservation », déclare Grahame Webb.
Il peut aussi être difficile d'obtenir des données de terrain fiables, et la liste étant « bricolée » par des volontaires, ça ne fait qu'accentuer le problème, selon Adrian Newton, du Centre for Conservation Ecology and Environmental Change de l'université de Bournemouth, à Poole, au Royaume-Uni. Pour de nombreuses espèces, un manque de données signifie une absence d'évaluation ou une relégation dans la catégorie « données insuffisantes ». Ainsi, le dauphin de l'Amazone est-il récemment passé de la catégorie « vulnérable » à « données insuffisantes ». L'UICN souligne que cela ne veut pas dire qu'une espèce est hors de danger, mais l'utilité de la Liste s'en trouve néanmoins réduite. « Les espèces classées « données insuffisantes » tendent à être négligées en termes de gestion de la conservation » reconnaît Steven Garnett, membre, lui aussi, de l'université Charles Darwin.
Pour un grand nombre d'espèces, les lacunes sont comblées de différentes façons, parmi lesquelles l'extrapolation et les estimations à vue de nez. Prenons l'éléphant d'Afrique, qui a été retiré de la catégorie à haut risque l'année dernière. Bien que ce soit un animal très étudié et qu'on dispose d'infiniment plus d'informations concernant le risque d'extinction qu'il court que pour la plupart des autres espèces, une grande partie des données le concernant sont de piètre qualité. Pourtant, si seules les données fiables avaient été retenues, « nous aurions enregistré une augmentation considérable et suspecte », selon Julian Blanc, ancien responsable de la base de données sur l'éléphant d'Afrique, installé à Nairobi, au Kenya. Au lieu de ça, ses collègues et lui ont opté pour la mise en commun de toutes les données dont ils disposaient, douteuses ou pas.
Les personnes qui ont aidé à la conception de la Liste rouge et celles qui s'en occupent aujourd'hui ne voient pas où est le problème, soulignant le fait que le système est avant tout conçu pour que le risque d'extinction puisse être rapidement évalué. « Les gens ont le sentiment que beaucoup d'estimations se font à vue de nez. C'est peut-être le cas, mais ça n'a rien d'absurde », affirme Georgina Mace, de l'Imperial College de Londres, qui a défini la méthodologie avec Russell Lande, de l'Imperial College comme elle. Cette liste « a la même fonction qu'une infirmière au tri médical : elle cherche les symptômes d'un problème. L'étape suivante consiste à décider s'il faut ou non faire quelque chose. »
En réalité, « le mieux pour une espèce est d'être répertoriée. Elle devient l'objet d'attention et ne s'en porte que mieux » déclare Jon Paul Rodriguez, de l'Institut vénézuélien d'investigations scientifiques, à Caracas, également vice-président de la Commission de la sauvegarde des espèces de l'UICN.
Même si l'Union mondiale pour la nature rappelle fréquemment que la Liste rouge ne doit pas être le seul outil de détermination des priorités en matière de conservation, c'est pourtant souvent ce qui se passe et cela a pour conséquence que de l'argent qui aurait pu être plus judicieusement dépensé ailleurs est gaspillé sur certaines espèces. « La Liste rouge fournit un cadre pour faire la meilleure estimation possible. Le processus est censé rendre compte de la part d'incertitude, mais celle-ci n'est pas transmise lorsque les résultats sont publiés ou lorsqu'ils servent à orienter une politique », explique Adrian Newton. Il soutient que la Liste rouge ne devrait pas être utilisée l'année prochaine par la Convention sur la diversité biologique pour juger si elle a ou non atteint son objectif.
« La Liste rouge est un outil de conservation novateur et formidablement puissant qui fascine le monde entier », déclare Grahame Webb. « Mais il doit encore être amélioré pour gagner en rigueur. »
La réponse de l'UICN à ces critiques
'Flawed' Red List putting species at risk
11 mars 2009 par Rachel Nowak
© New Scientist - Magazine n°2699
]Vous avez apprécié cet article ?
Inscrivez-vous à notre newsletter Rejoignez notre groupe Facebook Suivez-vous sur Twitter-
Du liège pour la Sagrada Familia -
Iroise : le premier parc naturel marin -
Une litière biodégradable -
Ne pas rapporter de cadeaux empoisonnés de ses voyages -
Réaliser son compost -
Les carrières d’exploitation peuvent favoriser la biodiversité -
Banque de graines mondiales en Norvège -
Éduquer pour protéger -
Rendre justice à la terre -
Paul Watson, le guerrier des mers
Créé en 1972, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE ou UNEP en anglais) est la plus haute autorité environnementale au sein du système des Nations Unies. Le Programme joue le rôle...

Rémy Marion est documentariste, il s'est fait une spécialité dans l'observation des ours polaires qu'il filme depuis des années.
Auteur du Livre noir de la chasse Massacres & abus de pouvoir, Pierre Athanaze est à la base forestier. Il a été administrateur à l'Office national de la chasse et de la faune (ONCFS) durant 10...
Yann Arthus-Bertrand est photographe, cinéaste, et écologiste. Il s’est toujours passionné pour le monde animal et les espaces naturels. En 1991, il fonde Altitude, première agence de photographie...
Neha Sinha travaille avec le Bombay Natural History Society.Elle rédige aussi des éditos et des chroniques sur l'environnement dans des journaux indiens.
Sandra Bessudo se bat depuis des années pour la protection de Malpelo, une île du Pacifique à 500 kilomètres des côtes colombiennes. Elle a créé la fondation Malpelo, qui vise à protéger l'île et ses...
Professeur, Philippe Bouchet est chargé de mission "Grandes expéditions" au Museum d'histoire naturelle. Ce spécialiste des mollusques, examine un échantillon dans un laboraboratoire de l'Institut de...
Photographe sous-marin, biologiste et réalisateur, Rob Stewart est un passionné de requins. En 2007, il a réalisé le film Sharwater (Les seigneurs de la mer) afin de déconstruire le mythe du requin...
Jean-Marie Ouary est l'un des fondateurs de l'association Mille traces, basée dans le Vercors. C'est l'un des spécialistes français du retour du loup en France.
IUCN: Fondée en 1948, l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), aussi appelée Union mondiale pour la nature, réunit 81 États, 120 agences gouvernementales, plus de 800 ONG et...
Julia Marton-Lefèvre est la directrice générale de l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). L'UICN publie la liste rouge des espèces menacées dans le monde. Photo: IUCN/Group...
Philippe J Dubois est ornithologue et écologue. Il est l’auteur de la Grande Amnésie Ecologique.
Xavier Pastor est Directeur Exécutif d'Oceana en Europe. Biologiste marin, il a commencé sa carrière professionnelle à l'Institut Océanographique Espagnol et plus tard a fondé Greenpeace Espagne en...
L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO, Food and Agriculture Organisation of the United Nations) a été créée en 1945 , son siège est à Rome depuis 1951. Elle...
Claire Nouvian est une environnementaliste qui voue sa carrière à sensibiliser le public et les autorités aux problèmes posés par l’exploitation des océans profonds et des espèces très vulnérables...
Anada Tiéga est le Secrétaire général de la Convention de Ramsar sur les zones humides. Auparavant, il a notamment été coordinateur régional de l'UICN en Afrique de l'ouest et a également été chargé...
Peter Singer enseigne la bioéthique à l’université de Princeton. Il est aussi Professeur Laureate à l’université de Melvourne. Ses ouvrages récents : Animal Liberation (La libération animale),...
Arnaud Gossement est avocat au Barreau de Paris en droit de l'environnement et de l'énergie, Docteur en droit, et Maître de conférences à Sciences Po Paris. Il a également été porte-parole de France...
Achim Steiner est le directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Auparavant, il a exercé de hautes fonctions à la Commission mondiale des barrages puis à l'Union...
Antoine F. Goetschel est un avocat, spécialisé notamment dans le droit des animaux. Son dernier livre, « The Attorney for Animals », devrait sortir en 2011 et vise à pour informer et sensibiliser le...
Avant de rejoindre l’ONG Pew Trusts, Alistair Gammell a passé 40 ans à la RSPB - Royal Society of Protection of Birds (la Société Royale pour la Protection des Oiseaux), en tant que directeur...
Le docteur Ahmed Djoghlaf est le secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique établie par les Nations Unies. Avant de rejoindre l’ONU, Ahmed Djoghlaf a exercé des fonctions...
Célèbre journaliste d’investigation et éditorialiste au quotidien anglais The Guardian. George Monbiot est conseiller auprès de la BBC Wildlife magazine. Il est également l'auteur de best sellers...
Susan Lieberman représente le Pew Environment Group (dont elle est directrice adjointe) à la CITES,
Le rédacteur en chef du site GoodPlanet Info a créé la page écologie de Courrier International et participé à la création de l'émission Vu du Ciel sur France2.
Consultant en environnement et développement, Fred Pearce est journaliste au New Scientist, au Boston Globe, à The Independent et à The Ecologist. Il a contribué à la rédaction de rapports du WWF, de...
Carl Zimmer travaille comme journaliste spécialiste des questions scientifiques et environnementales. Il a rédigé 6 livres et s’intéresse à des domaines aussi variés que la recherche dans les...
Silvia Ribeiro et Kathy Jo Wetter travaillent toutes deux en tant que chercheuses pour l'Action Group on Erosion, Technology and Concentration (ETC Group).
New Scientist est un magazine scientifique international hebdomadaire qui s'intéresse aux développements de la science et de la technologie. Il publie des articles sur les événements récents et les...
Brendan Moyle est néo-zélandais et se préoccupe de défense de l'environnement. Il y a longtemps de ça, en tant que zoologiste, il étudiait de minuscules pseudoscorpions. Il a passé un doctorat en...
Jean-Michel Severino est, depuis 2001, Directeur général de l’Agence Française de Développement (AFD). Diplômé de l’École Nationale d’Administration et de l’Institut d’Études Politiques de Paris,...
La Convention de Ramsar est un traité international pour la conservation et l'utilisation durable des zones humides visant à enrayer la dégradation et la perte de zones humides, aujourd'hui et...
Ingénieur agronome, docteur ès sciences, François Ramade est professeur émérite de l'université Paris-Sud (Orsay). Il est ancien président de la Société nationale de protection de la nature,...
Solenn Honorine est diplômée de Sciences Po (Bordeaux), de l’University of Los Angeles, California (UCLA), et de l’École Supérieure de Journalisme de Lille, S. Honorine est journaliste française...
Directrice de recherche au Earth Policy Institute ou elle travaille avec LesterBrown, elle détient un diplôme en Systèmes Terrestres, obtenu à l’Université de Stanford. Ancienne chercheuse au...