George Monbiot
Célèbre journaliste d’investigation et éditorialiste au quotidien anglais The Guardian. George Monbiot est conseiller auprès de la BBC Wildlife magazine. Il est également l'auteur de best sellers tels que the Age of Consent ( Flamingo / Harper Perennial, 2004) et Captive State (Pan Books, 2001) et récemment Heat, How to Stop the Planet Burning (Penguin Books, 2006). En 1995, il a reçu des mains de Nelson Mandela le prix des Nations unies pour l’Environnement et le magazine Prospect l’a fait figurer parmi les 500 intellectuels les plus influents de la planète.
États-Unis : la politique sur le changement climatique d'un État à la dérive
03/07/2009 3:22 pm
Le projet de loi Waxman-Markey sur le climat représente ce qu'on peut espérer de mieux de la part des États-Unis tant que le pays ne s'attaquera pas à la corruption du secteur public.
Partout ailleurs, la situation serait ridicule. Pourtant, de l'avis de tout un chacun, le projet de loi Waxman-Markey, qui va sans doute être adopté par le Congrès aujourd'hui ou demain, représente ce qu'on peut espérer de mieux de la part des États-Unis.
Les réductions d'émissions de gaz à effet de serre qui y sont proposées sont bien en deçà de celles que se sont fixées le Royaume-Uni et la plupart des autres pays développés. A l'instar de la loi britannique sur le changement climatique, le projet de loi américain prévoit une réduction des émissions de 80 % d'ici 2050, à ceci près que l'année de référence est cette fois 2005 et non pas 1990. Or dans ce laps de temps, les émissions de dioxyde de carbone issu des combustibles fossiles aux États-Unis ont grimpé de 5,8 à 7 millions de tonnes.
La réduction proposée pour 2020 n'est donc que de 17 %, ce qui signifie qu'elle interviendra principalement peu de temps avant la date butoir et que les émissions cumulatives, soit la seule mesure qui compte, auront fortement augmenté. Pire, le projet de loi est tellement entaché de vides juridiques et de concessions qu'il se pourrait que ces mesures ne suffisent même pas à compenser les émissions liées à l'impression papier du projet. L'efficacité d'une loi américaine peut se mesurer à sa longueur : plus elle est courte, plus elle aura de poids. Or celle-ci fait en gros 1200 pages ; c'est ce qui arrive quand les membres de groupes de pression ont participé au travail.
Il y a des concessions sidérantes faites au secteur des biocarburants, parmi lesquelles la promesse de ne pas mener d'enquête sur leur impact environnemental sur une plus grande échelle. Y figure également une disposition qui autorise l'industrie à utiliser 2 milliards de tonnes de crédits-carbone par an, ce qui inclut des puits de carbone hautement instables tels que les résidus de récoltes présents dans le sol (autre concession obtenue par le puissant lobby agricole). Ces crédits sont tellement généreux que s'ils sont tous utilisés, l'industrie américaine n'aura à procéder à aucune réduction en matière de carbone jusqu'en 2026.
Tout comme le système communautaire d'échange de quotas d'émissions (SCEQE), le projet de loi Waxman-Markey obligerait les entreprises à n'acheter qu'une petite proportion (15 %) de leurs quotas d'émissions, le reste leur étant offert. Cela signifie qu'une ressource qui appartient à tout le monde (le droit de polluer) est récupérée pour des questions d'intérêts industriels sans aucune compensation publique. Plus les entreprises pollueront, plus les allocations gratuites seront importantes : c'est le « pollueur payé ». Cela signifie aussi, si l'on se réfère au SCEQE, que les gros pollueurs pourront faire des bénéfices exceptionnels en répercutant le prix des quotas qu'ils n'ont pas achetés sur les consommateurs.
Dans un certain sens, ce projet de loi affaiblit la législation actuelle en empêchant l'Agence pour la protection de l'environnement de réglementer les centrales au charbon. Si les nouvelles centrales au charbon prévues aux États-Unis sont bel et bien construites, on voit mal comment les objectifs les plus modestes du projet de loi pourraient être atteints et a fortiori ceux fixés par le monde scientifique.
Malgré tout, j'aimerais que ce projet de loi soit adopté, car il a au moins le mérite de fixer un cadre pour de futures améliorations. Mais pourquoi exigeons-nous si peu des États-Unis ? Pourquoi traitons-nous le pays le plus puissant et le plus novateur du monde comme si c'était un État à la dérive, nous félicitant de la moindre proposition qui relève pourtant du simple bon sens ?
Il suffit de lire les commentaires qui suivent cet article pour comprendre. Grâce au travail de lobbying des industries du charbon et du pétrole et aux bataillons d'experts, de consultants en communication et de manipulateurs qu'elles ont sponsorisés, grâce aussi à la prépondérance, sur les ondes, d'animateurs conservateurs et volontairement provocateurs, le débat sur ce genre de sujets est devenu si explosif que la moindre avancée tient du miracle. Au premier rang des Républicains siégeant au comité pour l'énergie et le commerce de la Chambre des représentants figure Joe Barton, l'homme qui, en 2005, a demandé que le Congrès lance une enquête sur trois chercheurs américains dont les travaux avaient révélé les processus du changement climatique à travers l'histoire. Comme c'est le cas pour nombre de ses collègues, il est maintenu sous respiration politique artificielle par des sociétés liées au secteur des combustibles fossiles et de l'électricité. En échange de quoi il clame haut et fort que le changement climatique ne peut en aucun cas être lié aux activités humaines.
Cette combinaison d'argent versé par des sociétés et de médias échappant à tout contrôle fait que les États-Unis en sont encore à l'âge de pierre. Ce projet de loi est ce que l'on peut obtenir de mieux à l'heure actuelle, car le pays ne s'attaque pas au problème de la corruption de la vie publique. Que ce soit pour lancer des réformes relatives à l'environnement ou à la santé ou pour apporter quelque amélioration que ce soit dans la vie de ses concitoyens, c'est là que réside le véritable défi d'Obama.
The Failed State of US Climate Change Policy
Georges Monbiot publié dans le Gurdian du 26 juin 2009
]Vous avez apprécié cet article ?
Inscrivez-vous à notre newsletter Rejoignez notre groupe Facebook Suivez-vous sur Twitter-
Manger mieux -
10:10 Agir rend heureux -
10:10 - Acheter local -
10:10 - Economiser l'eau -
10:10 - Rouler écolo -
Fabrication et diffusion de foyers de cuisson améliorés dans les écoles au Cambodge -
Programme holistique de conservation des forets à Madagascar -
Fertilisation du sol par enfouissement de charbon de bois en Inde -
Agroforesterie au Niger -
Reforestation au Chili
Créé en 1972, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE ou UNEP en anglais) est la plus haute autorité environnementale au sein du système des Nations Unies. Le Programme joue le rôle...

Manana Kochladze est ingénieure au CEE Bankwatch Network, une ONG qui contrôle les institutions financières internationales actives en Europe centrale et de l’est. Elle a reçu le prix Goldman pour...
Créée en 1990 par Nicolas Hulot, la Fondation pour la Nature et l'Homme (FNH) a pour objectif de modifier les comportements individuels et collectifs pour préserver notre planète. Organisation non...
Jean François Mouhot est historien. Il est l'auteur de “Des Esclaves Energétiques. Réflexions sur le changement climatique”. Ses travaux le poussent à se spécialiser dans l'histoire de...
Fondée en 1993 et présente dans 80 pays, Transparency International est une ONG qui lutte contre la corruption.
Yann Arthus-Bertrand est photographe, cinéaste, et écologiste. Il s’est toujours passionné pour le monde animal et les espaces naturels. En 1991, il fonde Altitude, première agence de photographie...
Consultant en environnement et développement, Fred Pearce est journaliste au New Scientist, au Boston Globe, à The Independent et à The Ecologist. Il a contribué à la rédaction de rapports du WWF, de...
George Soros, milliardaire et philanthrope, dirige le Fond de gestion Soros et l’Institut Open Society. Photo : © AFP PHOTO / ERIC PIERMONT
Denis Loyer est conseiller climat à l’Agence française de développement, AFD. L’AFD est la banque de développement de la France. L’AFD et les principaux bailleurs de fonds bilatéraux japonais (JICA)...
Jean-Louis Borloo est le ministre français de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer, en charge des Technologies Vertes et des Négociations sur le Climat depuis 2007. Il...
A l’origine maître d’armes, Nathalie Durand enseigne l’escrime pour les valides et les handisports. Diplômée en management international du sport, elle mène depuis 1996 des études et des actions...
Jeff Goodell est un journaliste américain qui contribue à Rolling Stone, Wired, au Washington Post et au New York Times. Il vient de finir un livre sur la géoingénierie How to Cool the Planet:...
Diplômée de l’École nationale supérieure des techniques avancées de Paris puis de l’École des hautes études en sciences sociales en sciences économiques, Sandrine Mathy débute sa carrière au Centre...
Originaire d’Afrique du Sud, Khadija Sharife est à la fois journaliste, militante et chercheuse. Elle s’intéresse notamment aux questions financières liées à l’aide au développement. Elle participe...
New Scientist est un magazine scientifique international hebdomadaire qui s'intéresse aux développements de la science et de la technologie. Il publie des articles sur les événements récents et les...
Michel Rocard a été Premier Ministre en France de 1988 à 1991. Il a été nommé en 2009 ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique. ...
Joss Garman est un militant écologique britannique. il est chargé de campagne à Greenpeace et a aussi participé à la fondation du mouvement Plane Stupid qui s'oppose à l'extension du trafic aérien....
a été conseiller éditorial de la fondation GoodPlanet.
Figure du militantisme altermondialiste et surtout anticapitaliste depuis la sortie de No Logo en 2000, Naomi Klein est une journaliste engagée. Elle concentre son travail sur les dérives du...
Carl Zimmer travaille comme journaliste spécialiste des questions scientifiques et environnementales. Il a rédigé 6 livres et s’intéresse à des domaines aussi variés que la recherche dans les...
Achim Steiner est le directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Auparavant, il a exercé de hautes fonctions à la Commission mondiale des barrages puis à l'Union...
Pavan Sukhdev est un économiste et banquier indien qui a notamment travaillé pour la banque centrale allemande en Inde. Il a été chargé par la commission européenne de diriger une étude mondiale sur...
Claus Leggewie dirige l’Institute for Advanced Study in the Humanities à Essen (KWI) et est membre du Conseil allemand pour un changement global (WBGU).Photo : Stefan/wikipedia sous licence Creative...
Célèbre journaliste d’investigation et éditorialiste au quotidien anglais The Guardian. George Monbiot est conseiller auprès de la BBC Wildlife magazine. Il est également l'auteur de best sellers...
Olivier BOUYER est Ingénieur du Génie Rural, des Eaux et Forêts. Il a participé à la conférence de Poznan (en 2008) avec la délégation française comme chargé de mission “effet de serre et forêt””...
Médecin, écologiste et militante féministe indienne, elle a fondé “Navdanya,” une association qui protège la biodiversité et les droits des fermiers. Elle dirige également le Research Foundation for...
Martin Wright est l’éditeur de Green Future Magazine, et juge occasionel pour les Ashden Awards pour l’Energie Durable.
Adam Ma’anit est co-éditeur du magazine anglais The New Internationalist. Il est l’auteur engagé d’un grand nombre de publications sur la politique sociale, économique et environnementale en Europe...
