Arnaud Gossement
Arnaud Gossement est avocat au Barreau de Paris en droit de l'environnement et de l'énergie, Docteur en droit, et Maître de conférences à Sciences Po Paris. Il a également été porte-parole de France Nature Environnement jusqu'en janvier 2010 et a participé au Grenelle de l'environnement.
Biodiversité : un accord vert (très) pâle à Nagoya
03/11/2010 9:25 am
L'édition du journal Le Monde parue samedi après-midi annonçait en une la conclusion d'un "accord mondial décisif". En page 4, le titre de l'article consacré au résultat de la 10ème conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique, qui se tenait du 18 au 29 octobre à Nagoya (Japon) parlait - le ton change - d'un "accord limité mais significatif"... Alors : accord historique ou vert pâle ?
Il conviendra bien sûr de procéder à la lecture attentive des décisions prises à l'issue de cette Cop10 pour en déterminer la portée exacte. Toutefois les premières informations disponibles, à commencer par le communiqué de presse du secrétariat de la Convention, permettent de douter de l'existence du caractère historique de l'accord. Ses retombées ne devraient pas être spectaculaires, loin s'en faut.
En réalité, la Conférence de Nagoya n'a suscité aucune mobilisation citoyenne et n'a pas réellement passionné la presse où les décideurs publics comme privés. Aucun responsable politique de haut niveau n'a pas pris la peine de se déplacer alors que ce sommet devait être le point d'orgue de cette année mondiale de la biodiversité.
Le contraste avec la Conférence de Copenhague sur le climat est saisissant : pas de manifestations et trés peu de reportages ou d'articles, pas de Chefs d'Etats, pas d'Al Gore, bref, pas d'intérêt réel pour un sommet de 193 Etats sur un sujet pourtant essentiel comme le rappelle sans cesse l'UICN. Dans ces circonstances, il est difficile de penser que cet évènement a pu lancer une quelconque dynamique...
Sur le fond, trois décisions ont été adoptées :
• "un nouveau Plan stratégique de dix ans pour guider les efforts internationaux et nationaux pour sauver la biodiversité par l’action accrue afin de rencontrer les objectifs de la Convention sur la diversité biologique,"
• "une stratégie de mobilisation des ressources fournissant une voie pour l’avenir afin d’augmenter de façon substantielle les niveaux actuels d’aide publique au développement en soutien à la biodiversité"
• "un nouveau protocole international sur l’accès et le partage des avantages issus de l’utilisation des ressources génétiques de la planète".
Problème, ces décisions sont essentiellement constituées d'objectifs et sont juridiquement non contraignantes. Certes, il ne faut pas sacraliser le caractère "juridiquement contraignant" d'un texte. Une règle peut rester totalement inappliquée quand bien même des sanctions seraient prévues pour en assurer le respect. Reste que les choses sont encore plus compliquées lorsqu'un règle de droit international s'apparente à une déclaration d'ordre politique dont personne ne parle.
En réalité, le vrai problème de la Conférence de Nagoya tient à ce qu'elle est organisée dans le cadre d'une convention - la Convention sur la diversité biologique - non ratifiée par les Etats-Unis et qui représente une méthode de protection de l'environnement assez fragile pour ne pas dire dépassée. En effet, la protection de l'environnement ne peut plus se concevoir de manière isolée, déconnectée d'une réflexion globale sur notre système économique ou des autres branches du droit comme la fiscalité ou le droit de la propriété intellectuelle.
Ainsi, j'ai beaucoup de mal à penser que la signature d'"un nouveau protocole international sur l’accès et le partage des avantages issus de l’utilisation des ressources génétiques de la planète" aura un quelconque impact à défaut d'une réforme profonde des droits nationaux et international des brevets..
De même il est difficile de s'enthousiasmer sur l'objectif de cesser les subventions aux activités polluantes lorsque l'on voit l'absence de droit fiscal international voire même européen. Difficile aussi de croire à l'intérêt des engagements financiers affichés, sans réflexion sur leur utilité et leur conditions de réalisation.
Par ailleurs, il n'est plus certain que la politique de désignation de quelques aires protégées sur une surface trés limitée du globe soit d'actualité. Le concept de trame verte et bleue fondé sur l'idée que le vivant vit partout et pas seulement sous cloche dans quelques endroits me paraît bien plus utile et ambitieux. Remettre l'Homme dans la nature et la nature là où vit l'Homme est sans doute plus prometteur.
Grâce à la conférence de Nagoya, l'ONU évite de perdre la face à la veille du sommet sur le climat de Cancun qui s'annonce peu exaltant. Reste qu'à mon sens, Nagoya est surtout le résultat d'un système de négociations et de pensée assez passéiste.
Je ne verse pas pour autant dans la sinistrose que j'apprécie si peu ! La Bioversité est certainement le carbone de demain. Son rôle, sa place dans l'économie et la vie des affaires sont mieux connus grâce aux travaux de Bernard Chevassus au Louis ou Pavan Sukdhev. Les débats sur la financiarisation de la nature, la compensation de la biodiversité, l'indemnisation du préjudice écologique sont absolument fondamentaux pour notre avenir. Bref, la Biodiversité devient un sujet sérieux. Si Nagoya y a un tout petit peu contribué, tant mieux
Biodiversité : un accord vert (très) pâle à Nagoya
par Arnaud Gossement
Texte courtoisie de l'auteur
]Vous avez apprécié cet article ?
Inscrivez-vous à notre newsletter Rejoignez notre groupe Facebook Suivez-vous sur Twitter| Bregeat |
Merci Merci pour cette tribune réellement argumentée et à mon sens objective, qui tranche avec les bravos hourra et l'auto-satisfaction ambiants... |
-
Du liège pour la Sagrada Familia -
Iroise : le premier parc naturel marin -
Une litière biodégradable -
Ne pas rapporter de cadeaux empoisonnés de ses voyages -
Réaliser son compost -
Les carrières d’exploitation peuvent favoriser la biodiversité -
Banque de graines mondiales en Norvège -
Éduquer pour protéger -
Rendre justice à la terre -
Paul Watson, le guerrier des mers
Rémy Marion est documentariste, il s'est fait une spécialité dans l'observation des ours polaires qu'il filme depuis des années.

Auteur du Livre noir de la chasse Massacres & abus de pouvoir, Pierre Athanaze est à la base forestier. Il a été administrateur à l'Office national de la chasse et de la faune (ONCFS) durant 10...
Yann Arthus-Bertrand est photographe, cinéaste, et écologiste. Il s’est toujours passionné pour le monde animal et les espaces naturels. En 1991, il fonde Altitude, première agence de photographie...
Neha Sinha travaille avec le Bombay Natural History Society.Elle rédige aussi des éditos et des chroniques sur l'environnement dans des journaux indiens.
Sandra Bessudo se bat depuis des années pour la protection de Malpelo, une île du Pacifique à 500 kilomètres des côtes colombiennes. Elle a créé la fondation Malpelo, qui vise à protéger l'île et ses...
Professeur, Philippe Bouchet est chargé de mission "Grandes expéditions" au Museum d'histoire naturelle. Ce spécialiste des mollusques, examine un échantillon dans un laboraboratoire de l'Institut de...
Photographe sous-marin, biologiste et réalisateur, Rob Stewart est un passionné de requins. En 2007, il a réalisé le film Sharwater (Les seigneurs de la mer) afin de déconstruire le mythe du requin...
Jean-Marie Ouary est l'un des fondateurs de l'association Mille traces, basée dans le Vercors. C'est l'un des spécialistes français du retour du loup en France.
IUCN: Fondée en 1948, l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), aussi appelée Union mondiale pour la nature, réunit 81 États, 120 agences gouvernementales, plus de 800 ONG et...
Julia Marton-Lefèvre est la directrice générale de l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (UICN). L'UICN publie la liste rouge des espèces menacées dans le monde. Photo: IUCN/Group...
Philippe J Dubois est ornithologue et écologue. Il est l’auteur de la Grande Amnésie Ecologique.
Xavier Pastor est Directeur Exécutif d'Oceana en Europe. Biologiste marin, il a commencé sa carrière professionnelle à l'Institut Océanographique Espagnol et plus tard a fondé Greenpeace Espagne en...
L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO, Food and Agriculture Organisation of the United Nations) a été créée en 1945 , son siège est à Rome depuis 1951. Elle...
Claire Nouvian est une environnementaliste qui voue sa carrière à sensibiliser le public et les autorités aux problèmes posés par l’exploitation des océans profonds et des espèces très vulnérables...
Anada Tiéga est le Secrétaire général de la Convention de Ramsar sur les zones humides. Auparavant, il a notamment été coordinateur régional de l'UICN en Afrique de l'ouest et a également été chargé...
Peter Singer enseigne la bioéthique à l’université de Princeton. Il est aussi Professeur Laureate à l’université de Melvourne. Ses ouvrages récents : Animal Liberation (La libération animale),...
Créé en 1972, le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE ou UNEP en anglais) est la plus haute autorité environnementale au sein du système des Nations Unies. Le Programme joue le rôle...
Arnaud Gossement est avocat au Barreau de Paris en droit de l'environnement et de l'énergie, Docteur en droit, et Maître de conférences à Sciences Po Paris. Il a également été porte-parole de France...
Achim Steiner est le directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Auparavant, il a exercé de hautes fonctions à la Commission mondiale des barrages puis à l'Union...
Antoine F. Goetschel est un avocat, spécialisé notamment dans le droit des animaux. Son dernier livre, « The Attorney for Animals », devrait sortir en 2011 et vise à pour informer et sensibiliser le...
Avant de rejoindre l’ONG Pew Trusts, Alistair Gammell a passé 40 ans à la RSPB - Royal Society of Protection of Birds (la Société Royale pour la Protection des Oiseaux), en tant que directeur...
Le docteur Ahmed Djoghlaf est le secrétaire exécutif de la Convention sur la diversité biologique établie par les Nations Unies. Avant de rejoindre l’ONU, Ahmed Djoghlaf a exercé des fonctions...
Célèbre journaliste d’investigation et éditorialiste au quotidien anglais The Guardian. George Monbiot est conseiller auprès de la BBC Wildlife magazine. Il est également l'auteur de best sellers...
Susan Lieberman représente le Pew Environment Group (dont elle est directrice adjointe) à la CITES,
Le rédacteur en chef du site GoodPlanet Info a créé la page écologie de Courrier International et participé à la création de l'émission Vu du Ciel sur France2.
Consultant en environnement et développement, Fred Pearce est journaliste au New Scientist, au Boston Globe, à The Independent et à The Ecologist. Il a contribué à la rédaction de rapports du WWF, de...
Carl Zimmer travaille comme journaliste spécialiste des questions scientifiques et environnementales. Il a rédigé 6 livres et s’intéresse à des domaines aussi variés que la recherche dans les...
Silvia Ribeiro et Kathy Jo Wetter travaillent toutes deux en tant que chercheuses pour l'Action Group on Erosion, Technology and Concentration (ETC Group).
New Scientist est un magazine scientifique international hebdomadaire qui s'intéresse aux développements de la science et de la technologie. Il publie des articles sur les événements récents et les...
Brendan Moyle est néo-zélandais et se préoccupe de défense de l'environnement. Il y a longtemps de ça, en tant que zoologiste, il étudiait de minuscules pseudoscorpions. Il a passé un doctorat en...
Jean-Michel Severino est, depuis 2001, Directeur général de l’Agence Française de Développement (AFD). Diplômé de l’École Nationale d’Administration et de l’Institut d’Études Politiques de Paris,...
La Convention de Ramsar est un traité international pour la conservation et l'utilisation durable des zones humides visant à enrayer la dégradation et la perte de zones humides, aujourd'hui et...
Ingénieur agronome, docteur ès sciences, François Ramade est professeur émérite de l'université Paris-Sud (Orsay). Il est ancien président de la Société nationale de protection de la nature,...
Solenn Honorine est diplômée de Sciences Po (Bordeaux), de l’University of Los Angeles, California (UCLA), et de l’École Supérieure de Journalisme de Lille, S. Honorine est journaliste française...
Directrice de recherche au Earth Policy Institute ou elle travaille avec LesterBrown, elle détient un diplôme en Systèmes Terrestres, obtenu à l’Université de Stanford. Ancienne chercheuse au...
