Capture et stockage CO2: l'UE contrainte de réduire ses ambitions
BRUXELLES - (AFP) - L'Union européenne va être contrainte d'abandonner plusieurs de ses huit projets de captage et de stockage du CO2, dont le programme Ulcos en France, car elle ne parvient pas à mobiliser suffisament de fonds à cause du faible prix du carbone, ont confié mardi à l'AFP des sources proches du dossier.
Ulcos, projet pilote de captage et de stockage du CO2 porté par un consortium de 48 entreprises de l'UE, doit être mis en oeuvre sur les hauts-fourneaux d'ArcelorMittal à Florange, dans le nord-est de la France, actuellement à l'arrêt.
Mais il figure en huitième et dernière position sur la liste des projets sélectionnés par la Commission européenne comme bénéficiaires du programme spécial de financement NER300.
Le principe de ce programme est de monétariser 300 millions de tonnes de quotas de CO2 prélevés sur une réserve destinée aux nouvelles entreprises dans le système d'échange de quotas instaurés par l'UE pour réduire ses émissions de gaz a effet de serre.
Toutes les études de financement se sont basées sur un prix de la tonne de CO2 oscillant entre 20 et 30 euros. Or les premières ventes de quotas - 140 millions de tonnes de CO2 - ont trouvé preneurs à 8,05 euros la tonne et ont rapporté 1,14 milliard d'euros. Le prix de la tonne de CO2 est aujourd'hui inférieur à 8 euros.
"Si le prix reste inférieur à 8 euros, il sera possible de co-financer 2 ou 3 projets. S'il monte à 15 euros, on pourra en co-financer 4", a-t-on expliqué à la Commission européenne.
Le nombre définitif des projets retenus sera annoncé en octobre. Ulcos semble donc condamné pour 2012, car les trois premiers projets retenus - Don Valley Power au Royaume Uni, Belchatow en Pologne et Green Hydrogen aux Pays Bas, soutenu par le groupe Shell - sont soutenus financièrement par les autorités, a-t-on précisé.
Le programme NER300 co-finance les projets pour 50% de leur coût, le reste étant assuré par les investisseurs privés ou les Etats.
Le dernier espoir est une remontée significative du prix du CO2 pour la seconde tranche du NER300.
La Commissaire en charge du Climat, Connie Hedegaard, préconise de geler un nombre conséquent de quotas afin de le relever, mais sa proposition se heurte à de sérieuses oppositions de la part des industriels, qui savent comment se faire entendre au sein de la Commission, a-t-on confié.
Son porte-parole, Isaac-Valero, a toutefois assuré que Mme Hedegaard avait l'intention de soumettre cette proposition d'ici la fin juillet, "avant la pause de l'été".
L'idée fait toutefois débat au sein même de l'équipe dirigée par José Manuel Barroso. Certains commissaires estiment que la Commission n'a pas à mener d'intervention sur un marché libre. D'autres défendent au contraire cette intervention pour favoriser le développement des énergies renouvelables.
Une fois adoptée, cette proposition devrait être avalisée par les Etats membres, eux mêmes divisés sur l'opportunité de cette action. La Pologne refuse ainsi catégoriquement toute action qui aurait une incidence sur le prix de son énergie, produite à 95% par des centrales au charbon très polluantes.
L'UE produit 12% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit 4 milliards de tonnes d'équivalent CO2 par an. Ses Etats se sont engagés en 2008 à les réduire de 20% pour 2020, ce qui impose à leurs entreprises de réduire de 21% leurs émissions par rapport à leurs niveaux de 2005
© AFP
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