
17/07/2008 5:55 pm
Les mangroves représentent une des principales sources de nourriture et de matières premières pour les populations côtières des pays tropicaux. Elles génèrent ainsi près de 186 milliards de dollars en biens chaque année. Mais à cause de l'activité humaine, ces écosystèmes riches en biodiversité ont déjà perdu un quart de leur superficie mondiale en moins de vingt ans.Les forêts de mangrove composent l’un des écosystèmes les plus productifs de la planète. Elles tapissent les littoraux de pays tropicaux et subtropicaux, entre le 32e et le 38e degré Sud, l’Asie accueillant 40% environ des surfaces. Les mangroves offrent de multiples services: réservoirs de nourriture, fournitures de matières premières très variées, protection des côtes contre les tempêtes, filtration des polluants, limitant ainsi leurs déversements dans la mer… Soumises à rude épreuve par l’activité humaine – aquaculture, marais salants et surexploitation des ressources en tête – ces viviers sont en péril. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, les surfaces couvertes par les mangroves sont passées de 19,8 millions d’hectares en 1980 à 15,2 millions en 2005. Cependant, le rythme de déforestation a diminué, passant de 1,7% par an (187.000 ha par an) au cours de la période 1980-1990 à 0,66% (102.000 ha par) an entre 2000 et 2005. Les biens générés annuellement par la mangrove sont estimés à 186 millions de dollars. Gérées de façon soutenable, elles gagneraient en productivité et permettaient de garantir un revenu permanent aux populations côtières.
Les mangroves sont de curieuses formations végétales côtières friandes de vase, de sel, et d’humidité, qui se développent dans des zones intertidales. Le palétuvier, emblématique, aux racines denses, en échasses, lui permettant de s’ancrer dans un sol meuble, et aériennes ou utilisant d’autres stratégies pour subsister dans un milieu pauvre en oxygène, est l’arbre prédominant de cet écosystème. Les autres espèces végétales sont peu nombreuses dans cette zone de balancement des marées: le milieu est anoxique, le terrain instable et la forte salinité néfaste pour les plantes terrestres.
Elles bordent les côtes de 96 pays. Les plus grandes surfaces se situent en Indonésie (30.620 km2 en 2003), Australie (14.510 en 2005), Brésil (10.100 km2 en 2000), Nigéria (9.970 km2 en 2000) et Mexique (8.820 km2 en 2002), ces cinq pays représentant 48% du total des forêts de mangrove.
Les mangroves protègent les côtes
Les mangroves ont un rôle de protection du littoral contre l’érosion due au vent, aux vagues et aux courants, atténuant les effets des tempêtes et des cyclones. Les régions où les mangroves ont été sacrifiées ou endommagées par les activités humaines (constructions, tourisme, agriculture) font partie des plus touchées par le tsunami qui a atteint les côtes de Thaïlande en décembre 2004 (étude IUCN des zones touristiques de Phuket, Phang Nga et Krabi). Le réseau dense de racines empêche les sédiments charriés par ruissellement depuis les terres en amont de se déverser en masse dans la mer, ce qui a pour effet de stabiliser la berge, protéger les coraux contre l’étouffement, réduire la turbidité, filtrer et retenir les polluants. À l'interface entre la mer et la terre, elles jouent un rôle fondamental en modérant les crues des moussons.
Les mangroves dans l’économie locale
- Les écosystèmes de mangroves fonctionnent comme des réservoirs de nutriment et hébergent une kyrielle de poissons, crabes, crevettes et mollusques, dont diverses espèces commerciales. Elles abritent également mammifères, reptiles, amphibies et oiseaux, dont certaines menacées d'extinction. Elles sont une source de protéines majeure pour des milliers de communautés côtières, notamment des pays en développement.
- Le bois issu des mangroves est réputé comme étant imputrescible et résiste aux insectes, ce qui en fait un matériau de construction privilégié. Il est aussi utilisé comme combustible.
- Les mangroves fournissent d’autres produits et services: extraction de tanins, fibres pour l’industrie textile (rayonne), plantes médicinales, écorce utilisée comme condiments, charbon de bois, fourrage, paille, miel, etc.
Un écosystème tropical sur le fil du rasoir
Longtemps perçues comme des marécages malodorants, inhospitaliers et peu productifs, les mangroves ont été sacrifiées à la compétition pour les terres: développement urbain, tourisme, agriculture, aquaculture. En particulier, la cause des pertes importantes au cours des années 1980 en Asie, Caraïbes et Amérique latine a été la conversion à grande échelle de ces espaces pour l’aquaculture et les infrastructures touristiques. Au plan régional, l’Asie a subi les plus fortes pertes: plus de 1,9 millions d’hectares depuis 1980, l’Amérique du nord et l’Amérique centrale, environ 690.000 ha, l’Afrique 510.000 ha. Cette aquaculture est essentiellement celle de la crevette, dont la production est en partie destinée à l’exportation. C’est la première cause du recul des forêts de mangrove en Thaïlande.
L’équilibre de cet écosystème peut aussi être menacé par d’autres facteurs:
- pesticides et engrais chimiques transportés par les cours d’eaux qui les alimentent;
- élévation du niveau de la mer;
- construction de barrages, détournement de rivières conduisant à une augmentation de la salinité du milieu, à des assèchements et, à terme, à la mort de la mangrove;
- déforestation massive de zones en amont de mangrove entraînant une érosion des sols, les sédiments s’accumulent au niveau de la mangrove qui perd ses capacités de filtration.