Décrit par Kofi Annan, dans son rapport du Millénaire, comme l’"accord international le plus réussi à ce jour", le protocole de Montréal a pour objectif d'interdire notamment l’utilisation de chlorofluocarbures (ou CFC) et d’hydrochlorofluorocarbures (ou HCFC). Ces molécules contenant du chlore et fréquemment utilisées comme isolants et réfrigérants et que des scientifiques ont qualifié de "gaz à fort effet de serre" ont grandement contribué à détruire une partie de la couche d'ozone. Leur réduction, favorisée par les mesures strictes qui ont résulté des négociations menées par les signataires du protocole, a eu un effet très positif par rapport au changement climatique. Des chercheurs américains ont estimé ces réductions à 8 milliards de tonnes d'équivalent de dioxyde de carbone (étude parue en mars 2007 dans les PNAS, la revue de l'Académie américaine des sciences et rapportée par Le Monde de septembre 2007).
Malgré ces avancées positives, les scientifiques évoquent l’apparition de nouveaux périls. L’Antarctic Sun rapporte que le problème de la couche d'ozone subsiste et s'aggrave encore. Selon le magazine américain, le trou de la couche d'ozone a atteint 29,5 millions de km2 en 2006, une surface supérieure à celle de toute la région Antarctique.
D’autres constats ont été récemment publiés dans la presse, tels que ceux du magazine scientifique américain Nature, qui révèle que des nouvelles pertes d’ozone sont relevées aux pôles, issues d’interactions chimiques de molécules que les scientifiques n’avaient pas anticipées dans leurs exercices de modélisation.
Parmi les conséquences de ces transformations, Emma Young, dans le New Scientist, attire l'attention des lecteurs sur le problème de la réduction du phytoplancton du fait des impacts plus forts d’UV à travers l’atmosphère. La disparition de cette espèce cruciale qui sert d’alimentation à un bon nombre d’espèces marines est très inquiétante dans cette région du monde.
Le protocole de Montréal a prouvé que la communauté internationale était capable d’apporter des réponses urgentes à des problèmes environnementaux. Les progrès scientifiques semblent toutefois montrer qu’il est encore précoce de penser que le problème du trou de la couche d’ozone est enfin résolu et que son cortège de conséquences pèse déjà lourd sur les écosystèmes.
Antarctique - cette photo montre un iceberg sculpté dans la North Bay à Rothera Point. © AFP - photo Pete Bucktrout.
Michel Rocard a été Premier Ministre en France de 1988 à 1991. Il a été nommé en 2009 ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique....

David Fahey est physicien au sein du Groupe de Chimie Météorologique de la National Oceanic and Atmospheric Administration (Agence américaine responsable de l'étude de l'océan et de l'atmosphère), à...
Emma Young est journaliste scientifique et écrivain. Déjà primée au cours de sa carrière, elle est actuellement rédactrice en chef du magazine New Scientist à Sydney. Anciennement journaliste au...
Quirin Schiermeier est diplômé de géographie, économie et statistique de l'Université de Munich. Après avoir exercé le métier de cartographe, Quirin a rejoint l'équipe de journalistes scientifiques...