Rendement ne rime pas avec environnement


Champs de thé - Kenya © Yann Arthus-Bertrand

10/07/2008 4:51 pm

L'activité agricole occupe désormais 40% des terres de la planète et fait travailler 43% de l'humanité. Parallèlement, les impacts environnementaux de la modernisation et de l'intensification de l'agriculture sont bien connus : dégradation des écosystèmes, diminution de la biodiversité, émissions de gaz à effet de serre, appauvrissement des sols, pollution aux engrais et aux insecticides... Face à l'agriculture industrielle et son optique de productivité, l'agriculture biologique se développe, surtout dans les pays riches, mais ne représente encore que 2% du marché mondial.


Les cultures et les pâturages s’étendent sur près de 40% de la surface terrestre (5 milliards d’hectares environ), dont 70% sont destinées à l’élevage, complétées par les espaces forestiers et des terres boisées plus ou moins exploitées. Agriculteurs et éleveurs sont les principaux gestionnaires de ressources naturelles du monde. Ils représentent 43% de la population active mondiale, 6% dans les pays riches et 53% dans les pays en développement. En partie responsable de la dégradation des écosystèmes, l’agriculture en subit aussi pleinement les conséquences.

Les pratiques agricoles sont très variées. Les pays industrialisés pratiquent une agriculture intensive, largement mécanisée et subventionnée. Dans les pays émergeants et les pays industrialisés du groupe de Cairns, c’est aussi une agriculture intensive et mécanisée, mais elle n’est pas subventionnée et a recours de façon très variable aux intrants (pesticides, engrais). Dans les pays en développement, elle est peu à très peu mécanisée, utilise peu d’intrants, et peut être subventionnée, comme en Inde. Elle est, pour les productions majeures (blé, riz, café, etc.), fortement dépendante des fluctuations des prix mondiaux. En zone de montage et en zone semi-aride, l’élevage, conduit avec de bonnes pratiques, a de nombreux avantages: valorisation d’une biomasse pauvre, inutilisable pour d'autres activités, par la production de produits de haute qualité, gestion du paysage, fourniture d'emplois et de revenu.

Convention de Ramsar

La Convention sur les zones humides, signée à Ramsar, en Iran, en 1971, est un traité intergouvernemental qui sert de cadre à l'action nationale et à la coopération internationale pour la conservation et l'utilisation rationnelle des zones humides et de leurs ressources. La Convention a, actuellement, 158 Parties contractantes qui ont inscrit 1755 zones humides, pour une superficie totale de 161 millions d'hectares, sur la Liste de Ramsar des zones humides d'importance internationale.

L'agriculture biologique

Les bénéfices de l’agriculture biologique sont multiples. Parmi les plus couramment cités, il y a

- Baisse de la consommation d’énergie

- Une réduction du recours aux intrants dérivés de combustibles fossiles

- Une capacité de rétention d’eau des sols améliorée

- Des sols plus riches en matières organiques

- D'avantage de carbone piégé dans les sols et donc une réduction des émissions de CO2

- Une protection de la biodiversité, des bactéries aux mammifères en passant par les plantes, les vers de terre, les insectes et les oiseaux.

Agriculture et économie

L'agriculture des pays développés s'insère dans un secteur très large, l'agro-industrie, qui inclue les entreprises placées en amont (banques, machinisme agricole, semenciers, industries agrochimiques pour les engrais et pesticides) et en aval (industrie agroalimentaire, grande distribution). À l’opposé, l’agriculture dans les pays en développement demeure plus ancrée aux marchés locaux de produits alimentaires sauf dans les régions où les cultures d’exportation des produits tropicaux sont très présentes (cacao, café, coton, fleurs, etc.). Cependant, les exportations de produits agricoles de ces pays, qui représentaient 50% de leur production au début des années 60, se situent à moins de 7 % depuis 2000. Les Philippines par exemple produisait jusqu'en 1994 l'alimentation nécessaire à sa consommation nationale et pouvait même en exporter une partie. Depuis 1995, le pays doit importer de la nourriture. Dans tous les cas, l’agriculture reste un moyen de subsistance et de développement pour les trois quarts des habitants pauvres qui sont des ruraux.

En Afrique sub-saharienne, l’agriculture emploie 65% de la population active et génère 32% du PIB. Et d’ici 2025, selon les Nations Unies, les deux tiers des terres cultivables africaines pourraient ne plus être productives suite à la dégradation des sols. On estime à 200 millions le nombre de personnes pour lesquelles le pâturage est la seule source de moyens d’existence possible.

Au cours des 15 dernières années, la production nette agricole a enregistré une croissance annuelle de 2,2%, avec 3,4% pour les pays en développement et 0,2% pour les pays développés. En 2006, la production animale a représenté près de 40% de la valeur totale de cette production. La part de l’agriculture dans le commerce mondial des marchandises est passée de 25% dans les années 1960 à 7% en 2007 et de 8% à 4% du produit intérieur brut mondial.

Agriculture et environnement

Les profonds changements qui ont bouleversé l’agriculture au cours du XXe siècle, qualifiés de «révolution verte», s’ils se sont accompagnés d’une considérable augmentation des rendements et de la productivité du travail, ont aussi eu d'importantes conséquences sur l’environnement. Le secteur agricole est responsable de 20 à 30% au moins des émissions de gaz à effet de serre, principalement dues à l’élevage des ruminants et aux rizières. Il représente l’une des principales causes de pollution des eaux et de dégradation des sols.

L’expansion des terres agricoles se fait au détriment de la forêt. Dans les années 90, 70% de la déforestation a été causée par une conversion en terres agricoles. Chaque année, 15 millions d’hectares sont détruits, essentiellement des surfaces de forêts équatoriales et tropicales remplacées par de l’élevage ou des plantations de palmiers et de soja. De même, l’expansion des terres agricoles est le principal facteur d’appauvrissement de la biodiversité, par la destruction des habitats, les pollutions, etc.

Les pratiques de sélection des espèces domestiques visant à créer des races très productives ont conduit à une érosion génétique: 75% de la diversité des espèces végétales cultivées et des variétés ont disparu des champs au XXe siècle; 90% de la production agricole se concentre aujourd’hui sur 30 espèces végétales et 14 espèces animales, une menace pour la sécurité alimentaire.

Agriculture et eau

Le secteur agricole emploie plus d’individus, occupe plus d’espace et utilise plus d’eau que tout autre activité humaine. Il consomme entre 70 et 80% des ressources mondiales en eau (nappes, eau de surface stockée), principalement pour l’irrigation. L’agriculture pluviale reste cependant majoritaire, les pluies pouvant apporter chaque année aux cultures l’équivalent de 5000 km3 d’eau, l’apport de l’irrigation représentant environ 1800 km3 par an. Les surfaces irriguées ont augmenté de 65% au cours des trente dernières années pour atteindre 20% des terres cultivées. En Afrique subsaharienne, seulement 4% des superficies exploitées sont irriguées, contre 42% en Asie. La faible maîtrise du drainage associée à de mauvaises pratiques d’irrigation ont provoqué la salinisation d’environ 10% des terres irriguées dans le monde.

Au cours de la même période, la consommation mondiale d'engrais a plus que doublé, avec de grandes disparités: 200 kg à l'hectare en Europe, en Chine et au Japon, 10 à 20 kg dans les pays de l’Afrique sub-saharienne et de l’ex-URSS.

Agriculture biologique

En 2006, l’agriculture biologique était pratiquée sur 31 millions d’hectares de cultures et de pâturages certifiés, dans 120 pays. Elle représentait un marché de 40 milliards de dollars, soit 2% des ventes mondiales de produits alimentaires. La production de produits certifiés en bio provient aussi de prélèvements dans des espaces naturels que la FAO estime à plus de 60 millions d’hectares. La demande des consommateurs pour les produits biologiques est en hausse, surtout aux Etats-Unis et en Europe, mais aussi en Chine, Inde et Brésil. En Chine, les surfaces en bio sont passées de 340.000 hectares en 2003 à un million en 2005.

Vos commentaires
Tony Meuter Exigences concurrentielles

L'article est très intéressant. J'ai trouvé la contribution de Claire de Bretagne bien plus intéressante encore, en particulier concernant les thèmes de la relocalisation des achats, du bétonnage croissant des surfaces cultivables et ses exemples pratiques. J'approuve entièrement les propositions faites, et les exemples pratiques cités, comme celui de 6000 ha qui peuvent représenter jusqu'à 3000 maraîchers bio. Globalement j'aboutis aux mêmes conclusions, en partant de nombreuses observations faites depuis longtemps, tant du milieu rural dont je suis originaire que de ma pratique professionnelle de commerçant et de logisticien. L'homme n'a pas encore su intégrer et contrebalancer au niveau socio-économique les effets négatifs de la concentration des ressources et des techniques de production sur notre environnement et notre qualité de vie. Je crois qu'il est vital de protéger les petites exploitations contre des pressions concurrentielles quand ces dernières s'avèrent destructrices. Il est également nécessaire que les politiques nous défendent à cet égard. Félicitations Claire, vous êtes sur la bonne voie.

Chantal Agriculture

En réponse à Claire de Bretagne, je répondrai que le cultivateur de notre AMAP, enlève les mauvaises herbes à la binette. Oui, il y a des gens consciencieux, qui font du bon travail. Je suis entièrement d'accord avec vous en ce qui concerne tout ce bétonnage, d'autant plus que nous nous battons actuellement contre les J.O. de 2018 dans notre belle ville d'Annecy, J. O. qui devrait faire disparaitre de nombreux champs cultivés.....mais EEELV voit des jeux "écologiques"......alors que nous voyons la réalité.

Magna Fortunata da Silva Interesting post about the impacts of agriculture on the natural environment.

The article is very good. Is important know about the practises human e os seus impactos na natureza. Nobody can deny that agriculture is necessary but it certainly produces impacts on the environment. Congratulations

Claire de Bretagne Agriculture

"Les pratiques agricoles sont très variées. Les pays industrialisés pratiquent une agriculture intensive, largement mécanisée et subventionnée..." Bonsoir, je vous croyais depuis peu un peu moins catégorique et schématique dans vos jugements ! Je commencais même à vous apprécier à la TV...mais, là, je suis décue. 1/On en oublierait presque que l'agriculture nommée "intensive subventionnée" fournit de la nourriture pour un prix dérisoire à des européens qui préferent mettre leur budget dans des gadgets ou dans leur voiture (budget "bouffe" des ménages francais: moins de 15% de leur budget...) cout de l'aliment d'un repas à la cantine (moins de 20 % soit moins de 1euro50) part du blé-matière première dans le pain: moins de 5% c'est à dire moins que la TVA... les "subventions" accordées à la mise en place de la PAC ont simplement fait baissées le prix des matières premières payées aux producteurs... 2/cataloguer Toute l'agriculture européenne du même tonneau! non, il y a des nuances, des reflexions, des économies, des projets... 3/Dire que l'agriculture bio est moins productrice de gaz à effet de serre ? pourquoi ? Comment faites-vous un desherbage mécanique (pour ne pas utiliser d'herbicides)? à la binette ? qui le fait ? qui paye pour ? 4/même si je suis tout à fait pour une Relocalisation des achats (je constate malheureusement que le parking de mon AMAP n' a que 10 voitures pendant que celui des hypermarchés affichent complets tous les jours). Les gens disent mais ne transforment pas leurs dires en achats locaux... A par nous paysans conventionnels, lucides sur la valeur du travail et des biens alimentaires, Qui est pret à payer le juste prix des produits alimentaires locaux en Europe ? Qui est prêt à sacrifier son écran plat fabriqué en Chine ? 5/ah, j'oubliais, l'agriculture occupe x % des terres mondiales au détriment de la forêt! oublierait-on que l'agriculture est l'activité de base de la Terre depuis des millénaires: nourrir les hommes ? c'est bizarre, on ne parle jamais de toutes ces superbes terres agricoles du bassin parisien, des plaines fertiles qui sont bétonnées, goudronnées pour faire des routes, des centres commerciaux, des lotissements, des pistes d'hélicoptères ? Un exemple, chez nous, en Morbihan, 6000 ha sont bétonnées chaque année et définitivement perdues pour l'agriculture...6000 ha, cà représente 3000 maraichers bios qui auraient pu s'installer au bord des villes donc proches des centres de consommation.... Vous connaissez un conseil municipal qui au lieu d'accorder un permis de construire à une GMS a acheté le terrain pour installer un maraicher bio ?